Animation : Gabriel Dulaquais (UBO), Frédéric Le Moigne (CNRS)
La PBC regroupe l’export par sédimentation, le piégeage par convection de matière organique dissoute et particulaire, le flux actif par migration nycthémérale du zooplancton, ainsi que la formation d’un matériel dissous réfractaire à la minéralisation biologique. Pour quantifier son efficacité et sa variabilité spatio-temporelle, il est nécessaire d’identifier l’ensemble des acteurs clés (autotrophes, mixotrophes et hétérotrophes, eucaryotes et procaryotes) et des processus abiotiques et biotiques à l’origine de la production, du temps de résidence et de la dégradation de la matière organique le long de la colonne d’eau. L’objectif de cet AR est donc d’obtenir une représentation synoptique des processus biogéochimiques qui génèrent en surface de la matière organique à fort potentiel d’export, affectent l’efficacité de l’export, du piégeage et de l’enfouissement de cette matière et altèrent cette matière en zones mésopélagique et bathypélagique. Notre équipe se focalisera plus précisément sur le devenir de la matière organique dissoute, sur la dynamique des particules, sur les processus de reminéralisation et sur la modélisation intégrée, via des études in situ et en laboratoire ainsi que des modèles régionaux et globaux qui seront combinés dans le cadre de projets nationaux à l’initiative des membres de CHIBIDO en cours ou à venir (ANR APERO, ANR BIOPSIS, LEFE-PARTY, LEFE-BioDOMPO, Politique de site FeLINE) et internationaux avec des projets tels que CUSTARD (NERC), FRODO (DFG), TONGA, GEOTRACES-USGP15. L’utilisation des outils de la biologie moléculaire est par ailleurs considérée grâce à des collaborations avec le consortium TARA et l’université de Nantes en modélisation.
Processus de production et nature de la matière organique en zone euphotique
Les processus de production de particules, tels que l’agrégation de cellules phytoplanctonique et de divers détritus, la défécation du zooplancton et la production de composés organiques dissous (exsudation directe, production par lyse cellulaire) et leur entraînement vertical (via la subduction des eaux de surface) constituent des voies d’export qui garantissent le transport du C hors de la couche de surface. Notre objectif est d’établir la contribution relative des différentes voies d’export et les facteurs la contrôlant afin de comprendre la variabilité spatio temporelle de l’export (coll. équipe 1 et SB Roscoff). Cette répartition est étroitement liée à la composition de la communauté de surface (virus, structure de la communauté planctonique, complexité de la chaîne trophique) et à la dynamique de petites échelles (tourbillon, filament). Atteindre cet objectif nécessite d’utiliser une approche résolument pluridisciplinaire et une combinaison d’outils (capteurs, acoustique, expérimentation, observation, modélisation, etc.).
Efficacité de l’export, du piégeage et de l’enfouissement de C
Une fois la matière organique exportée hors de la couche de surface, son devenir dépend de sa composition chimique en C et en minéraux (opale, calcite..) ainsi que de sa morphologie (structure et géométrie 3D).
Ces paramètres affectent la vitesse de chute des particules et par conséquent leur temps d’exposition aux transformations potentielles subies dans la zone mésopélagique, fortement couplées à l’activité hétérotrophe (bactéries, zooplancton, etc.) et donc à l’efficacité avec laquelle le carbone est piégé et/ou enfoui dans les sédiments. L’entraînement physique (downwelling), ainsi que le relargage de matière organique dissoute lors de l’altération des particules qui sédimentent, participent également à l’export de carbone. L’efficacité de cet export est étroitement liée à la nature de cette matière, en particulier de son caractère labile ou réfractaire vis-à-vis de la dégradation bactérienne. Les membres de CHIBIDO prévoient donc de faire le lien de manière innovante entre la composition, la structure des particules, les interactions trophiques et leur vitesse de chute et de reminéralisation.
Modification de la matière organique en zones mésopélagique et bathypélagique
Les particules et le carbone organique dissous sont altérés et transformés en zone mésopélagique (100-1000 m) par fragmentation ou par l’activité de la pompe microbienne de carbone (MCP) sur laquelle de larges incertitudes persistent. Notre objectif est d’identifier les processus conduisant à la fragmentation des particules (turbulence vs broutage) et le rôle des organismes attachés aux différentes particules sur la MCP.
Nous quantifierons la contribution de la matière organique facilement biodégradable (LDOM) et de la matière organique réfractaire (RDOM) résultant de la PBC qui contrôle l’efficacité du piégeage dans l’océan profond.
Enfin, nous identifierons le rôle des particules minérales (poussières atmosphériques, oxyhydroxydes de fer) dans le piégeage de carbone via l’adsorption de matière organique dissoute à leur surface.