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Mieux connaître les petites pêches européennes

Malgré leur rôle économique et social dans beaucoup de régions côtières, les petites pêches européennes ont longtemps été ignorées et restent très mal connues ; une connaissance fine de leur structure et de leur fonctionnement est pourtant nécessaire à leur gestion durable.

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En Europe, les pêcheries de petite échelle ont longtemps été négligées par les scientifiques et les gestionnaires qui en ont sous-estimé le rôle dans le fonctionnement des socio-écosystèmes côtiers. Si on les définit par la taille des navires (moins de 12 m), elles rassemblent 70.000 navires (84% de la flotte de pêche communautaire) et génèrent environ 100.000 emplois directs.

Ce travail s'est attaché à analyser le statut des petites pêches européennes grâce à une approche comparative de neuf d'entre elles, choisies en fonction de la disponibilité des données et de leur représentativité au sein de la diversité des métiers pratiqués :

  • la pêcherie estonienne de filet fixe ciblant le hareng dans le golfe de Riga (Baltique)
  • la pêcherie grecque de filet et de ligne (merlu et autres espèces) dans le golfe de Patraikos (Méditerranée)
  • la pêcherie corse de langouste et poissons au filet maillant (Méditerranée)
  • la pêcherie portugaise de drague à coquillages de l'Algarve (Atlantique
  • la pêcherie bretonne des ligneurs ciblant le bar et le lieu jaune en mer d'Iroise (Atlantique)
  • la pêcherie bretonne des goémoniers et coquillers en mer d'Iroise (Atlantique)
  • la pêcherie irlandaise de bulots au casier (Atlantique)
  • la pêcherie irlandaise de crabes au casier (Atlantique)
  • la pêcherie martiniquaise de grands pélagiques capturés à la ligne autour des dispositifs de concentration de poissons (Caraïbes)

 

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Retour de pêche à Brest

L'approche développée est multicritère, avec des indicateurs concernant les modes de régulation des pêcheries et les mécanismes de participation des pêcheurs à la gestion, les impacts sur les stocks, les concurrences pour la ressource et l'espace en zone côtière avec les flottes à large rayon d'action et les autres activités maritimes. Les analyses portent également sur la productivité et le rendement socio-économique (valorisation des espèces, emploi, etc.) de ces flottilles pour en caractériser la vulnérabilité. Dans la mesure du possible, les résultats de ces navires ont été comparées avec ceux des navires de plus de 12 m dans les mêmes pays ou ciblant les mêmes espèces, en s'intéressant à leurs caractéristiques techniques, les tailles d’équipage, les engins utilisés, les lieux de pêche, l'effort, le degré de spécialisation, les prix et les marchés, la productivité, les coûts, la concurrence pour les ressources et les espèces, l'impact sur les stocks, les niveaux de gestion et les réglementations. Les conclusions sont également basées sur la compréhension plus complète de la petite pêche en Europe.

 

Caractéristiques moyennes

Navires de
moins de 12 m

Navires de
plus de 12 m

Longueur (m)

8,60

21

Puissance motrice (kW)

66

325

Tonnage (TJB)

6

114

Equipage (hommes)

2,0

5,3

Jours de mer/an

150

190

Nombre d'espèces principales
(≥ 70% de la valeur de la capture

3

6

Chiffre d'affaires annuel (k€)

61

356

Prix de vente du poisson (€/kg)

4,10

2,80

Productivité (k€/homme)

33

67

Productivité (€/kW/jour)

6

6

Productivité (€/kW/heure)

0,9

0,6

Consommation de carburant (litres/an)

~15.000

~150.000

Consommation de carburant (litres/jour de mer)

<100

>700

Part du carburant dans le chiffre d'affaires (%)

9

18

Exemple d'indicateurs économiques calculés pour la comparaison entre pêcheries européennes

 

Les résultats mettent en évidence la forte hétérogénéité de la petite pêche. Au-delà de la diversité des espèces exploitées et des engins de pêche, on peut y trouver des situations très différentes en matière de rayon d'action des navires, d'échelle de marché, de dépendance au carburant, etc. L'approche comparative fait cependant apparaître un certain nombre de traits communs qui les distinguent de la pêche de plus grande échelle, comme l'usage dominant des engins passifs (lignes, filets casiers) ou la polyvalence très répandue qui leur permet de s'adapter aux changements dans la disponibilité des ressources. Enfin, certains traits communs ne leur sont pas propres, comme leur dépendance presque exclusive vis-à-vis de la zone côtière ou le fait que les patrons soient les propriétaires : ces caractéristiques s'appliquent aussi à beaucoup de navires plus grands.

Grâce à une meilleure valorisation des productions et une moindre dépendance au carburant, ces navires sont économiquement moins vulnérables que les navires de plus grande taille. En revanche, leurs droits de pêche ne sont pas toujours sécurisés et la concurrence pour l'accès aux zones côtières peut être forte.

 

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Prix moyen de vente du poisson pour des espèces identiques (groupes de barres) capturées par des pêcheries de petite (bleu) ou de grande (violet) échelle

Les petites pêches sont bien représentées dans les institutions locales et régionales chargées de la gestion halieutique, mais très peu présentes aux niveaux national et européen ; ceci s'explique par l'échelle spatiale des ressources qu'elles exploitent mais aussi par la méconnaissance qu'en ont les niveaux de décision les plus élevés. On estime pourtant que ce secteur génère autant d'emplois que la pêche à grand rayon d'action, sans compter de nombreux emplois indirects qu'il est difficile de distinguer de ceux liés au secteur industriel.

Dans le cadre de la réforme de la Politique commune de la pêche, un cadre de gestion plus efficace pourrait être développé pour ces pêcheries, dans le double contexte de la gestion globale du secteur halieutique et de la gestion de la zone côtière. Leur forte dépendance vis-à-vis des eaux côtières et territoriales plaide pour le renforcement de systèmes basés sur des droits de pêche au sein de cet espace. Les auteurs conseillent d'en renforcer les dispositifs de suivi, de manière à mieux évaluer leur impact dans le cadre d'évaluations intégrées des socio-écosystèmes côtiers.

 

L'article

Guyader O., Berthou P., Koutsikopoulos C., Alban F., Demanèche S., Gaspar M.B., Eschbaum R., Fahy E., Tully O., Reynal L., Curtil O., Frangoudes K., Maynou F., 2013. Small scale fisheries in Europe: A comparative analysis based on a selection of case studies. Fisheries Research 140 : 1-13.
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Les auteurs

Cette étude résulte de la collaboration de chercheurs du laboratoire Amure de l'IUEM et de sept laboratoires européens : Ifremer-Brest, Université de Patras (Grèce), INRB/L-IPIMAR (Olhão, Portugal), Université de Tartu (Estonie), Marine Institute (Oranmore, Irlande), Ifremer-Antilles, Institut de Ciències del Mar (Barcelone, Espagne).

La revue

Créée en 1981, Fisheries Research est une revue internationale publiée par Elsevier dans le domaine des ressources halieutiques et des pêches : biologie et écologie halieutique, technologie des pêches, gestion des pêcheries, aspects socio-économiques. Les articles portent surtout sur les pêches maritimes, mais la revue publie aussi des travaux sur les pêches continentales, estuariennes ou lagunaires.


Pour en savoir plus

Guyader O., Berthou P., Koustikopoulos C., Alban F., Demanèche S., Gaspar M., Eschbaum R., Fahy E., Tully O., Reynal L., Albert A., 2007. Small-Scale Coastal Fisheries in Europe. Final report of the contract no. FISH/2005/10.

 

Contacts

Auteurs : consulter l'annuaire de l'IUEM
Service Communication et médiation scientifique : communication.iuem@univ-brest.fr


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