« Désirer amerrir. Pour une transformation clim-éthique » d’Olivier Ragueneau vient de paraître

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Notre collègue Olivier Ragueneau a publié le 19 juin un ouvrage sur la dette climatique intitulé « Désirer amerrir. Pour une transformation clim-éthique ». Le  livre, publié aux éditions « Le Bord de l’Eau » est postfacé par le philosophe Patrice Maniglier.

4ème de couverture

Dans ce moment charnière, où la force prend le pas sur le droit, l’auteur propose d’entreprendre une nouvelle grande transformation, clim-éthique.

Afin d’ »étonner la catastrophe », cet essai propose d’expérimenter une nouvelle trajectoire, en déjouant nos maux par une série de renversements. Contre le mantra actuel du Développement Durable qui privilégie les petits pas aux grands, il va nous falloir (re)penser le local et agir global, simultanément. Désirer amerrir, c’est d’abord stimuler, partout et dans la diversité, le goût d’expérimenter afin de réconcilier l’intime et le collectif, la recherche de sens et le sentiment d’urgence : passer de la croissance à l’accroît-sens. C’est ensuite permettre ces expérimentations et les relier dans une perspective commune, en particulier à travers l’idée de « dette climatique ». Produit de notre modèle inégal de développement, fondé sur l’exploitation des Suds par les Nords, sa reconnaissance constitue, en tant que responsabilité collective, le chemin nécessaire vers la justice et la paix.

A rebours des impérialismes et des nationalismes qui ont le vent en poupe, il est grand temps d’élargir nos échelles par une refonte totale des institutions internationales et des rapports entre le global et le local, qui permette de trouver de nouveaux équilibres entre Nords et Suds ainsi qu’entre participation citoyenne et système représentatif. Rien que cela ?

Rien de moins en tous cas, car n’est-ce pas le monde-en-commun le plus désirable ?

Exergue :

L’amerrissage correspond au prolongement et au recoupement des concepts d’atterrissage cher à B. Latour et d’archipel offert par E. Glissant ; il s’incarne dans cette double idée de permettre le déploiement d’expérimentations visant à transformer nos façons d’habiter la terre, dans toute leur diversité, et d’assurer leur reliance dans la perspective de bâtir un monde enfin commun.

Typologie des habitats benthiques de Saint-Pierre et Miquelon

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Nos collègues Jacques Grall, Laurent Chauvaud et Erwan Amice (IUEM/LEMAR) ont initié en 2023, une collaboration avec PatriNat (OFB-MNHN) afin de mieux connaître et décrire les habitats marins de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Deux ans plus tard, ce travail aboutit à la publication de la première Typologie des habitats benthiques de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Entre septembre 2023 et mai 2025, deux missions de terrain – Habeem 1 et 2 – ont permis de prospecter plus de 170 sites, de l’estran jusqu’à 150 mètres de profondeur. Plongées scientifiques, prélèvements à la benne et à la drague, observations sur l’estran : cet important effort d’échantillonnage, mené sur deux saisons, a mobilisé chercheurs et experts locaux. Résultat : près de 50 habitats marins identifiés, décrits et organisés au sein d’une typologie cohérente.

Comment définir un habitat marin ? Il s’agit d’une zone caractérisée par des conditions physiques (profondeur, hydrodynamisme, nature du substrat, géomorphologie) et biologiques (espèces dominantes ou structurantes). Chaque habitat fait l’objet d’une fiche descriptive illustrée, détaillant ses caractéristiques physiques et les espèces associées. Au total, plus de 300 espèces ont déjà été recensées. Un important travail photographique, notamment réalisé par Erwan Amice, met en lumière la beauté et la complexité des fonds marins de l’archipel.

Au-delà de l’inventaire, cette typologie constitue un précieux outil pour l’action. Elle fournit un langage commun de référence, facilitant la cartographie des habitats, les études d’impact, l’identification d’habitats déterminants pour les ZNIEFF marines ou encore la mise en place de mesures de protection et de restauration. Elle offre également une photographie de l’existant à un instant donné, précieuse dans un contexte de changements environnementaux rapides.

Ce projet illustre l’importance des collaborations scientifiques au service des territoires. En structurant les connaissances sur les habitats marins de Saint-Pierre-et-Miquelon, le LEMAR et ses partenaires contribuent concrètement à une meilleure compréhension et à une gestion durable de ce patrimoine naturel exceptionnel.

Télécharger ou consulter le guide sur la Typologie des habitats benthiques de Saint-Pierre-et-Miquelon.

 

Référence :

Andres S., Pinsivy L., Amice E., Grall J. & Chauvaud L., 2025. Typologie des habitats benthiques de Saint-Pierre et Miquelon. V.1. PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD), LEMAR (CNRS), Paris, 149 p.

Les Efflorescences phytoplanctoniques subantarctiques dans l’ouest de l’océan Indien sont fertilisées par des eaux riches en fer du courant des Aiguilles

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Résumé

Le Courant des Aiguilles, qui longe la côte Est de l’Afrique australe, se divise à la pointe du continent : une partie forme les anneaux des Aiguilles, d’énormes tourbillons qui dérivent vers l’Atlantique, tandis que le courant de retour des Aiguilles (ARC) se prolonge vers l’est dans l’océan Indien. Ce système, l’un des plus puissants de la planète, joue un rôle clé dans le climat mondial, en particulier par le phénomène d’« Agulhas Leakage », qui transporte de l’eau chaude et salée vers l’Atlantique.

Nous avons étudié un flux moins connu que nous avons nommé le « Southern Agulhas Leakage » (SAL), qui traverse le Front subtropical et apporte du fer de la côte est-africaine au secteur Indien de l’océan Austral. Le fer, élément limitant pour le phytoplancton, soutient ainsi environ un quart de la production primaire annuelle et de l’export de carbone dans cette région. Notre modèle couplé physique-biogéochimique à haute résolution montre que le SAL fournit près de la moitié du fer dissous dans la partie ouest de la zone subantarctique de l’océan Indien, comblant un déficit important dans le budget régional du fer.

Les corrélations avec des archives paléoclimatiques suggèrent qu’une intensification passée de l’ARC aurait pu renforcer l’apport en fer et la productivité, influençant potentiellement les concentrations atmosphériques de CO₂ au cours des 130 000 dernières années. Cette étude souligne que le système des Aiguilles n’est pas seulement un transporteur de chaleur et de sel, mais aussi de nutriments et de métaux, reliant les océans Indien et Austral et impactant le cycle global du carbone.

Figure

Concentration en Chlorophylle a observée par satellite le 25 décembre 2017, reportée sur la topographie océanique de surface révélant le Courant de Retour des Aiguilles (ARC), le front subtropical (STF) et le front subantarctique (SAF)

 

Points forts de l’étude

  • Une vingtaine de Sverdrups (1Sv = 1 million m3/s) traverse le front subtropical vers la zone subantarctique (SAZ) du secteur Indien de l’Océan Austral
  • Ces masses d’eaux, associées au Courant de Retour des Aiguilles, transporte du fer de la marge est-africaine dans la SAZ Indienne
  • Cet apport de fer permet de boucler le budget de ce micronutriment dans cette zone, et y explique le quart de la production primaire océanique et de l’export de carbone en dessous de 100 m
  • La variabilité de l’ARC, et donc des apports associés de fer, pourrait expliquer une grande partie des variations de productivité océanique observée dans cette région au cours des âges glaciaires-interglaciaires

Référence

Bucciarelli, E., Penven, P., Pous, S., Tagliabue, A. Western Indian subantarctic phytoplankton blooms fertilized by iron-enriched Agulhas water. Nat. Geosci. (2025). https://doi.org/10.1038/s41561-025-01823-z

 

Pour aller plus loin, Pierrick PENVEN (IRD, LOPS), co-auteur de l’article a rédigé un article « behind the paper » que vous pouvez retrouver ici.

Crédits carbone sélectifs : préférences du marché et restauration des écosystèmes au Sénégal

Résumé

Le marché volontaire du carbone est présenté comme une solution pour financer la restauration des terres et des écosystèmes dans les économies en développement. Si la littérature empirique s’est concentrée sur l’évaluation de son efficacité écologique, peu d’attention a été accordée à la manière dont ce marché interagit avec d’autres sources de financement dans les contextes nationaux. Il est essentiel de définir les types de projets que le marché volontaire du carbone peut financer efficacement afin de concevoir une stratégie de financement cohérente et intégrée au niveau national. Cet article examine la contribution du marché volontaire du carbone aux projets de restauration écologique au Sénégal. En nous appuyant sur les coûts de transaction et l’économie organisationnelle, et en nous basant sur un ensemble de données novateur sur les projets de restauration menés entre 2007 et 2023, nous identifions une tendance selon laquelle le marché volontaire du carbone se concentre sur des protocoles de restauration nettement moins spécifiques au contexte et plus certains. L’incertitude des résultats écologiques et la spécificité du capital naturel expliquent le recours au marché, et le marché façonne la spécificité en tentant de normaliser les actifs et de faciliter les transactions. Cela a un impact sur les protocoles de restauration, les avantages ciblés pour les écosystèmes et les avantages locaux. Notre analyse offre une compréhension détaillée de la manière dont les préférences du marché influencent l’allocation des fonds et la mise en œuvre des projets. Nos conclusions soulignent la nécessité d’intégrer le financement basé sur le marché à d’autres mécanismes pour lutter contre la dégradation des terres.

Figure


Figure 1 : Répartition spatiale des projets de restauration financés par des fonds carbone et non carbone au Sénégal (2007-2023).

Conclusion

L’étude de cas du Sénégal met en évidence le rôle du marché volontaire du carbone dans le soutien aux projets de restauration écologique, en particulier la restauration des mangroves. Cependant, nos conclusions révèlent également les limites et les défis associés à ce mécanisme de financement. La préférence du marché pour les projets aux résultats prévisibles et aux risques faibles entraîne une concentration géographique des projets liés au marché du carbone et exclut les initiatives de restauration plus complexes et incertaines de ce type de financement. Cela souligne la nécessité d’une approche plus diversifiée pour répondre aux besoins plus larges en matière de restauration écologique. L’intégration des caractéristiques écologiques dans le cadre de la coopération technique fournit des informations précieuses sur la manière dont les conditions biophysiques influencent la source de financement. Nos recherches suggèrent que la simple augmentation du prix du carbone pourrait ne pas être suffisante pour relever les défis associés à des projets de restauration plus complexes et incertains. Au-delà du déficit de financement, nos recherches constituent un appel à s’attaquer explicitement aux lacunes en matière de coordination financière et à rechercher des solutions potentielles telles que des modèles mixtes et un séquençage temporel.

Référence

Morgane Gonon, Rémi Prudhomme, Marieme Ba, Penda Diop, Tamsir Mbaye, Harold Levrel, Adrien Comte. Selective carbon credits: Market preferences and ecosystem restoration in Senegal. Ecological Economics, Volume 235 (2025). https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2025.108626.

Décodage des facteurs d’atténuation du flux de carbone dans la pompe biologique océanique

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Résumé

La pompe biologique fournit du carbone à l’intérieur des océans, ce qui favorise le piégeage du carbone à long terme et fournit de l’énergie aux écosystèmes des grands fonds. Son efficacité est déterminée par les transformations des particules nouvellement formées dans la zone euphotique, suivies d’une atténuation du flux vertical par des processus mésopélagiques. L’atténuation en profondeur du flux de carbone organique particulaire (POC) est modulée par de multiples processus impliquant le zooplancton et/ou les microbes. Néanmoins, elle continue d’être principalement paramétrée à l’aide d’une relation empirique, la « courbe de Martin ». L’exposant de loi de puissance dérivé est la métrique standard utilisée pour comparer les schémas d’atténuation du flux entre les provinces océaniques. Nous présentons ici les résultats expérimentaux in situ de C-RESPIRE, un double intercepteur de particules et incubateur déployé à plusieurs profondeurs mésopélagiques, mesurant l’atténuation du flux de POC à médiation microbienne. Nous avons constaté que dans six régimes océaniques contrastés, représentant une gamme de 30 fois le flux de POC, la dégradation par les microbes attachés aux particules comprenait 7-29 pour cent de l’atténuation du flux, ce qui implique un rôle plus influent pour le zooplancton dans l’atténuation du flux. La reminéralisation microbienne, normalisée par rapport au flux de POC, varie d’un facteur 20 entre les sites et les profondeurs, les taux les plus faibles étant observés lorsque les flux de POC sont élevés. Les tendances verticales, allant jusqu’à des changements d’un facteur trois, étaient liées à de forts gradients de température dans les sites des basses latitudes. En revanche, la température a joué un rôle moindre dans les sites des latitudes moyennes et élevées, où les tendances verticales peuvent être déterminées conjointement par la biochimie des particules, la fragmentation et l’écophysiologie microbienne. Cette déconstruction de la courbe de Martin révèle les mécanismes sous-jacents qui conduisent à l’atténuation du flux de POC à médiation microbienne à travers les provinces océaniques.

Figure

a, Schéma des transformations cumulées des particules décantées (indiquées par des barres verticales pleines) dues au flux de zooplancton (FF), DVM et MR avant l’interception des particules par C-RESPIRE pendant la phase de collecte initiale à chacune des trois profondeurs. MR (en bleu) représente la phase d’incubation ultérieure de C-RESPIRE au cours de laquelle seule MR agit sur les particules interceptées pour diminuer le POC .

b, Déconstruction des principaux facteurs d’atténuation du flux de POC. La RM (zones bleues) est telle que décrite en a et est déduite de la consommation d’O2 mesurée et d’un QR fixe. Les taux d’accumulation de C organique dissous pendant l’incubation étaient faibles (représentant en moyenne 21 ± 16% de la MR), ce qui confirme un couplage étroit entre la solubilisation et la MR. Le flux résiduel de POC (cercles ouverts) correspond au POC (intercepté) mesuré à la fin de l’incubation in situ de plusieurs jours. Le flux cumulé de POC (cercles remplis) est reconstruit en utilisant la somme du POC résiduel et de la RM (c’est-à-dire le flux de POC résiduel + la RM) et devrait refléter une courbe de Martin, représentée par la ligne noire continue.

c, Emplacements des déploiements de C-RESPIRE superposés à une carte de la climatologie de la productivité primaire nette (PPN) dérivée des satellites (2003-2018) (obtenue à partir du site Web Ocean Color de la NASA et de l’algorithme CAFE). Vert, SG ; brun, BEN ; rouge, SAZ ; orange, PAPA ; bleu, MED ; violet, SPSG.

Référence

Bressac, M., Laurenceau-Cornec, E.C., Kennedy, F. et al. Decoding drivers of carbon flux attenuation in the oceanic biological pump. Nature 633, 587–593 (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-024-07850-x

 

Pour aller plus loin

Un article vulgarisé a été écrit par le CNRS et publié sur leur site web.

Laboratoire LEMAR – 2018