L’IA au service des sciences de la mer : un séminaire jeunes chercheurs pour repenser la recherche en sciences de la mer

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Les 24 et 25 novembre 2025, la Faculté des Sciences Semlalia (FSSM) de l’Université Cadi Ayyad a accueilli un séminaire innovant intitulé « Apports de l’IA pour les Sciences de la Mer ». Organisé par la Jeune Equipe Associée (JEAI) Edge qui associe des chercheurs de la FSSM, de l’ESTE d’Essaouira, de la Faculté Polydisciplinaire de Safi et de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), cet événement a combiné expertise scientifique et dynamique interdisciplinaire.
Avec une majorité doctorants, ce séminaire a démontré que la nouvelle génération de scientifiques s’attache à faire évoluer les sciences de la mer grâce à l’intelligence artificielle.
Avec plus de 30 participants, ce séminaire a prouvé que :

  • L’IA pouvait jouer un rôle important pour répondre aux défis des sciences de la mer (biodiversité, pollution, gestion des ressources).
  • Les jeunes chercheurs marocains et français sont dynamiques et mettent en œuvre des recherches avec des applications concrètes (suivi des récifs coralliens, modélisation des
    trajectoires d’espèces, outils juridiques automatisés).
  • L’interdisciplinarité est la clé : informaticiens, biologistes, et juristes ont collaboré pour repenser la recherche en sciences de la mer.

Avant l’atelier, une journée de réseautage a été organisé pour faciliter les échanges entre les participants. Après le séminaire, une conférence publique à l’ESTE d’Essaouira a été organisée pour présenter les résultats du séminaire et générer des échanges avec les étudiants sur les différents moyens d’utiliser l’IA dans les recherches en sciences de la mer.

 

Mission DJIVES2 : Inventaire des végétaux et des spongiaires à Djibouti

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Suite à une première campagne au printemps 2023, Valérie Stiger, Théo Gromberg et Sylvain Petek du LEMAR et Moustapha Nour du CERD sont en mission à Djibouti du 5 au 21 novembre afin de réaliser un inventaire des végétaux et des spongiaires dans de nouvelles zones. La mission DJIVES 2 financée par ISblue et le CERD, avec le soutien logistique de l’AquaClub pour la plongée, va permettre de compléter les précédents inventaires/recouvrement des macroalgues en saison « fraiche ».

Ces deux campagnes ont été initiées dans le cadre de la thèse de Moustapha Nour : «  Étude des macroalgues des côtes de Djibouti : Chimiotaxonomie et isolement de composés d’intérêt pour des applications biotechnologiques ». Pour chacune des 18 stations étudiées, les manips et plongées visent à prélever des échantillon d’algues et d’éponges et à effectuer des mesures physico-chimiques de température, salinité et oxygène de l’eau de mer. Des photos d’ensemble et des organismes sont réalisées, des alguiers sont constitués et la biomasse prelevée sera congelée pour de future analyses chimiques et génétiques pour de possibles applications en biotechnologie marine.

Les Efflorescences phytoplanctoniques subantarctiques dans l’ouest de l’océan Indien sont fertilisées par des eaux riches en fer du courant des Aiguilles

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Résumé

Le Courant des Aiguilles, qui longe la côte Est de l’Afrique australe, se divise à la pointe du continent : une partie forme les anneaux des Aiguilles, d’énormes tourbillons qui dérivent vers l’Atlantique, tandis que le courant de retour des Aiguilles (ARC) se prolonge vers l’est dans l’océan Indien. Ce système, l’un des plus puissants de la planète, joue un rôle clé dans le climat mondial, en particulier par le phénomène d’« Agulhas Leakage », qui transporte de l’eau chaude et salée vers l’Atlantique.

Nous avons étudié un flux moins connu que nous avons nommé le « Southern Agulhas Leakage » (SAL), qui traverse le Front subtropical et apporte du fer de la côte est-africaine au secteur Indien de l’océan Austral. Le fer, élément limitant pour le phytoplancton, soutient ainsi environ un quart de la production primaire annuelle et de l’export de carbone dans cette région. Notre modèle couplé physique-biogéochimique à haute résolution montre que le SAL fournit près de la moitié du fer dissous dans la partie ouest de la zone subantarctique de l’océan Indien, comblant un déficit important dans le budget régional du fer.

Les corrélations avec des archives paléoclimatiques suggèrent qu’une intensification passée de l’ARC aurait pu renforcer l’apport en fer et la productivité, influençant potentiellement les concentrations atmosphériques de CO₂ au cours des 130 000 dernières années. Cette étude souligne que le système des Aiguilles n’est pas seulement un transporteur de chaleur et de sel, mais aussi de nutriments et de métaux, reliant les océans Indien et Austral et impactant le cycle global du carbone.

Figure

Concentration en Chlorophylle a observée par satellite le 25 décembre 2017, reportée sur la topographie océanique de surface révélant le Courant de Retour des Aiguilles (ARC), le front subtropical (STF) et le front subantarctique (SAF)

 

Points forts de l’étude

  • Une vingtaine de Sverdrups (1Sv = 1 million m3/s) traverse le front subtropical vers la zone subantarctique (SAZ) du secteur Indien de l’Océan Austral
  • Ces masses d’eaux, associées au Courant de Retour des Aiguilles, transporte du fer de la marge est-africaine dans la SAZ Indienne
  • Cet apport de fer permet de boucler le budget de ce micronutriment dans cette zone, et y explique le quart de la production primaire océanique et de l’export de carbone en dessous de 100 m
  • La variabilité de l’ARC, et donc des apports associés de fer, pourrait expliquer une grande partie des variations de productivité océanique observée dans cette région au cours des âges glaciaires-interglaciaires

Référence

Bucciarelli, E., Penven, P., Pous, S., Tagliabue, A. Western Indian subantarctic phytoplankton blooms fertilized by iron-enriched Agulhas water. Nat. Geosci. (2025). https://doi.org/10.1038/s41561-025-01823-z

 

Pour aller plus loin, Pierrick PENVEN (IRD, LOPS), co-auteur de l’article a rédigé un article « behind the paper » que vous pouvez retrouver ici.

CytoMerTrie 2, 100 mordus de la cellule en séminaire à Plouzané

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Le Jeudi 14 Octobre 2025 à l’IUEM (Plouzané) s’est tenu le séminaire CytoMERtrie 2 organisé par les plateformes CYTOMER du LEMAR (Christophe Lambert & Nelly Le Goïc) et HYPERION du LBAI (Nadège Marec & Pierre Pochard), après le franc succès du 1er séminaire organisé en 2022. Grâce à 7 présentations d’intervenants du Finistère, et de Marseille, la diversité et l’évolution des techniques d’analyse par cytométrie en flux en milieu marin ont été dessinées. Un focus particulier a été porté sur les nouvelles techniques et les applications de la cytométrie en flux dans nos domaines.

Plus de 100 personnes ont pu assister au séminaire, dont environ la moitié en distanciel, ce qui a permis de diffuser dans la toute la France.

Cette demi-journée de séminaire aura permis de percevoir le potentiel évolutif de la cytométrie en flux pour l’étude des modèles et écosystèmes marins, d’élargir à d’autres domaines, et de mieux connaître les forces en présence dans le Finistère en termes de technologies disponibles et d’expertises spécifiques.

Pas de doute que ce 2nd séminaire CytoMERtrie sera à l’origine de collaborations et de projets futurs au service des enjeux de la compréhension du fonctionnement des écosystèmes marins dans un environnement changeant et contraint, en attendant le prochain rendez-vous.

Acidification de l’Océan, Fabrice Pernet invité de « La science CQFD »

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Lundi 27 octobre 2025, notre collègue Fabrice Pernet (Ifremer) était invité aux côtés Steeve Comeau (CNRS) dans « La Science CQFD » sur France Culture pour une émission intitulée « Acidification des océans : la limite est franchie ».

L’acidification océanique, récemment identifiée comme la septième limite planétaire franchie, résulte de l’absorption par les océans dune large part du CO2 émis dans l’atmosphère. Lorsque le CO2 se dissout dans l’eau de mer, il modifie sa chimie en augmentant son acidité et en réduisant la disponibilité des carbonates, essentiels à de nombreux organismes marins. Depuis le début de l’ère industrielle, le pH moyen des océans a diminué d’environ 0,1 unité, soit une augmentation de 25% de l’acidité. Ce phénomène, identifié au début des années 2000, continue de s’intensifier avec l’augmentation des émissions de CO2.
Les organismes calcifiants (coraux, huîtres, moules, oursins et certains phytoplanctons) sont particulièrement affectés. car ils peinent à former leurs coquilles et squelettes en carbonate de calcium dans une eau plus acide. L’acidification affecte le comportement de certains poissons, leur système nerveux et leur capacité à détecter les prédateurs. Ce phénomène menace la biodiversité marine dans sa richesse, mais aussi dans ses fonctions, ainsi que les activités humaines qui en dépendent (aquaculture, pêche et services écosystémiques).

Fabrice Pernet est, avec Fredéric Gazeau, auteur de l’ouvrage « L’acidification des océans. Quels effets ? Quelles solutions ? » publié aux éditions Quae.

 

L’émission complète est disponible en podcast sur le site web de Radio France.