Une découverte archéologique majeure au large de l’île de Sein
La nouvelle avait déja fait grand bruit en Décembre 2025, mais la découverte n’a été publiée qu’il y a peu de temps dans l’International Journal of Nautical Archaeology.
Une équipe de chercheurs, menée par Yves Fouquet géologue retraité de l’Ifremer, a mis à jour un ensemble exceptionnel de 11 structures en pierre immergées à plusieurs mètres de profondeur au large de l’île de Sein. Cette découverte, à laquelle ont participé nos collègues du LETG Pierre Stéphan et Yvan Pailler renouvelle profondément les connaissances sur les sociétés préhistoriques littorales en Bretagne et sur leur capacité d’adaptation aux variations du niveau marin.
Des structures hors normes révélées par Le LIDAR
C’est l’analyse de données LIDAR bathymétriques du programme Litto3D qui a permis d’identifier ces anomalies linéaires dans le relief sous-marin de la chaussée de Sein. Les campagnes de plongée menées entre 2022 et 2024 ont confirmé qu’il s’agissait d’ouvrages anthropiques : ce sont des aménagements construits en blocs de granite, dont certains atteignent des dimensions remarquables. Le plus grand mur atteint 120 mètres de longueur et constitue la plus importante construction submergée découverte en France. Leur masse totale est estimée à environ 4 300 tonnes pour les deux principaux murs.
Une datation entre 5 800 et 5 300 avant notre ère
En l’absence de matière organique permettant une datation directe par radiocarbone, l’équipe a recouru aux données de variation du niveau marin relatif. Cette approche, développée notamment par Pierre Stéphan géomorphologue à l’IUEM, situe la construction des structures entre 5 800 et 5 300 ans avant notre ère, à la fin du Mésolithique, soit plusieurs siècles avant l’émergence du mégalithisme néolithique en Bretagne. Ces vestiges témoignent ainsi de compétences techniques avancées chez des populations de chasseurs-cueilleurs maritimes. L’ampleur des constructions, ainsi que leur organisation spatiale, suggèrent l’existence de sociétés structurées, capables de mobiliser des ressources humaines importantes et de planifier des aménagements durables dans un environnement littoral en mutation.
Des fonctions encore débattues
L’interprétation fonctionnelle de ces structures reste au cœur des recherches en cours. Certaines d’entre elles présentent des caractéristiques compatibles avec des barrages de pêcheries, destinées à piéger les poissons lors du reflux de la marée. Cependant, leurs dimensions exceptionnelles (hauteur atteignant 2,3 mètres, largeur de base de plus de 20 mètres) dépassent largement les normes connues pour ce type d’aménagement, indiquant que ces structures auraient pu jouer un rôle protecteur contre la houle. Yvan Pailler, archéologue à l’IUEM, défend de son côté l’hypothèse d’une pêcherie d’ampleur inédite, pouvant avoir fonctionné pendant plusieurs siècles en s’adaptant à la remontée progressive du niveau marin.
Des implications majeures pour la préhistoire atlantique
Extraire, transporter et dresser des blocs de plusieurs tonnes suppose une organisation sociale structurée, un ancrage territorial durable et l’existence d’échanges de savoir-faire et d’innovations précoces dans les modes de gestion des ressources marines. La publication de Fouquet et al. (2026) apporte donc un éclairage inédit sur la période de transition entre le Mésolithique et le Néolithique, suggérant que ce savoir-faire constructif a pu constituer un précédent technique déterminant pour l’essor du mégalithisme armoricain. Elle ouvre également de vastes perspectives pour la recherche archéologique le long des côtes submergées de l’Atlantique nord-européen.
Référence de l’article
Fouquet Y., Keroullé J.M., Stéphan P., Pailler Y., Bodénès P., Pernot F., Normant T., Corre P., Legrand W., Lebranchu C., Roullot J., Dubreuil J., Gaillère G. & Poncet X. (01 Apr 2026): Submerged Stone Structures in the Far West of Europe During the Mesolithic/Neolithic Transition (Sein Island, Brittany, France), International Journal of Nautical Archaeology. DOI:10.1080/10572414.2025.2604685
Dans la presse
Article sur le site de l’Inrap
Émission radio sur Ici Breizh Izel











