Eric Foulquier, Enseignant-chercheur au LETG-Brest

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Que faisais-tu avant de venir à l’IUEM ?

J’ai fait ma thèse au LETG à Nantes, qui s’appelait Géolittomer à l’époque. Elle portait sur les ports du Cône sud : « L’Uruguay et son insertion régionale : le rôle des ports dans la structuration du territoire ». Ce fut l’occasion d’un long séjour sur place, j’ai passé deux ans à l’Université de la République de Montevideo, à la Faculté des Sciences, la géographie étant considérée là-bas comme l’une des sciences de la nature. Ensuite, j’ai fait un postdoc au Brésil à l’Université fédérale de Rio pendant 8 mois. À l’époque, je travaillais surtout sur le volet politique, social et économique des activités portuaires et maritimes. En fait, j’essayais de mettre en évidence les implications des réformes de gouvernance, d’inspiration libérale, sur les communautés d’acteurs portuaires. Après la chute du mur de Berlin, des politiques dites “d’ajustements structurels” se sont appliquées sur l’ensemble des pays sud-américains, sous la houlette du FMI et de la Banque Mondiale. En cédant au secteur privé, la gestion des infrastructures de transport, il s’agissait d’apurer les dettes accumulées pendant la Guerre Froide. Ces réformes sont arrivées ensuite en Europe et notamment en France, en 2008, au début du mandat de Nicolas Sarkozy. Etudier ces processus m’a permis d’aborder la gouvernance sous l’angle de ceux qui les subissaient en premier en lieu, à savoir les entreprises et leurs salariés, mais aussi de distinguer les singularités portuaires qui en découlaient. Elles n’ont pas manqué en effet de construire des nouveaux rapports de force sur les quais et, à ce jeu-là, les places portuaires ne réagissent pas de manière uniforme. À chaque port, sa conflictualité en quelque sorte. Il s’agit d’identité, de trajectoire géo-historique spécifique au lieu. En 2003, je suis devenu Maître de conférences à l’Université d’Orléans et à partir de 2007, j’ai obtenu plusieurs financements dont un programme ANR sur les interactions entre gouvernance et conflictualité dans les espaces portuaires.

Sur les quais du Terminal fruitier de Bilbao

L’idée était d’objectiver la notion de conflit à travers des descripteurs, voire des métriques, pour essayer de savoir si la grève était bien la question centrale de la performance portuaire, et d’éclairer au contraire la diversité des formes conflictuelles à l’œuvre dans les ports. Ces travaux ont été publiés en 2014 : Gouverner les ports de commerce à l’heure libérale aux Editions du CNRS, dans lequel nous avons essayé, avec une équipe de collègues économistes, juristes, historiens et sociologues, de démontrer que la réalité des quotidiens portuaires dépassait largement la seule question sociale, dont la grève est certes la partie la plus médiatisée mais pas forcément la seule manière d’aborder le déficit de performance. De là, je me suis beaucoup intéressé à la façon dont les communautés d’acteurs, en premier les Unions Maritimes, qui rassemblent les acteurs économiques des places portuaires, participaient tout autant que l’Etat à l’animation de ces territoires.

Pourquoi as-tu choisi l’IUEM ?

Je ne me voyais pas vivre toute ma vie au milieu de la Beauce car vivre sur une île au milieu des grains n’a pas vraiment de sens, lorsque l’on bosse sur les ports… Je préfère nettement les îles en milieu marin ! En 2008, j’ai réussi à obtenir une mutation sur l’UBO qui donnait l’opportunité de satisfaire ce projet professionnel  et m’offrait l’avantage de rester au LETG, laboratoire dont je suis membre depuis mon inscription en thèse en 1996. L’idée était de venir vivre au bord de la mer, en Bretagne. Je connaissais de fait déjà l’IUEM, notamment par les séminaires de doctorants et les AG de labo.

Que fais-tu à l’IUEM ?

Je continue à travailler sur les questions liées au transport maritime, à la mondialisation selon une approche plutôt centrée sur les relations hommes et milieux. Je m’intéresse par exemple aux conteneurs abandonnés dans les espaces terrestres, notamment dans les îles.

Conteneur abandonné, Port Louis, Guadeloupe

D’une manière générale, j’aime bien les démarches orientées « objet ». La question de la circulation des objets, des matières, de la “camelote” comme on dit dans les ports, sont au cœur de la problématique de l’anthropocène. Tout ce qu’il y a dans nos assiettes et dans notre vie quotidienne passe à un moment donné ou à un autre dans des navires et dans des ports et ce, depuis plusieurs milliers d’années.

¼ de siècle au LETG m’a donné le temps de me familiariser avec les problématiques environnementales.

C’est aussi sans doute la raison pour laquelle mes recherches portent aujourd’hui assez nettement sur l’écologie portuaire et les relations entre le shipping et l’environnement, les questions de transition telles qu’elles se posent dans les ports de commerce, et le rôle qu’elles peuvent jouer ou non en la matière.

Je participe activement aux travaux de l’Observatoire Hommes-milieux (OHM) Littoral Caraïbe, dirigé par Pascal Lopez, directeur de recherche CNRS, micro-biologiste au laboratoire BOREA au MNHN. L’Observatoire s’intéresse à la façon dont les activités portuaires participent de l’anthropisation du littoral dans l’archipel guadeloupéen et dans les Antilles plus largement.

Avec mon collègue Iwan Le Berre, nous dirigeons actuellement le programme Transport maritime, fréquentation portuaire et inégalités environnementales dans les Caraïbes (TRAFIC, 2020-2023) financé par la Fondation de France. Il s’intéresse à la façon dont la circulation marchande dans les Caraïbes révèle ou non des inégalités environnementales et des questions de vulnérabilité portuaire ;  en effet, les ports ne choisissent pas la qualité des navires qu’ils accueillent. En ce sens, on peut les considérer comme “vulnérables”, voire en “risque”, face à la fréquentation “navires”.

As-tu des anecdotes professionnelles à nous raconter ?

En Guadeloupe, un des plats assez communs dans les restaurants est le Tataki, un thon mariné et mi-cuit servi avec de petits légumes locaux. C’est frais, c’est léger. J’étais accompagné d’un collègue qui aurait dû se méfier du profil japonisant de la recette car ce soir-là j’ai bien cru que j’allais le perdre quand il s’est retourné vers moi le visage rougi non pas par la chaleur des alizés mais par ce qu’il venait d’avaler. Il me dit : “Dis donc Eric, il est vachement fort le petit pois !”. J’avoue que cela m’a surpris d’apprendre ce soir-là que le wasabi n’était pas encore arrivé jusqu’au Léon… Et c’est vrai que dans ce genre de situation, le Ti Punch de Père Labat à 59 degrés n’est pas le moyen le plus adéquat pour éteindre l’incendie…

Quel est ton plus beau souvenir de boulot ?

Un des beaux souvenirs récent est d’avoir fait soutenir la 1ère thèse que j’ai co-encadrée avec Louis Brigand et Jean Boncoeur dans le cadre du projet ID-îles. Il s’agissait de la thèse de Marie Guingot : L’Ile, l’entreprise et le navire : étude de la desserte insulaire et des adaptations des entreprises du Ponant.

Cette semaine-là il y avait également deux autres soutenances en lien avec ce programme, c’était l’aboutissement de tout un travail collectif dans le cadre de ce programme sur le développement local dans les Îles du Ponant. C’est toujours émouvant de réaliser que nous avons réussi collectivement à produire des connaissances, et surtout de voir s’accomplir des trajectoires intellectuelles et de constater le chemin parcouru.

Un autre souvenir, plus personnel, est une mission réalisée dans la cadre d’un programme sur les frontières dans le Cône Sud, durant laquelle j’ai traversé tout le Paraguay sur la TransChaco à destination de la frontière bolivienne. Nous allions réaliser des entretiens dans les colonies mennonites, des immigrés allemands arrivés dans les années 30 pour peupler la région frontalière et assurer la légitimité paraguayenne dans cet espace. C’est là que la géographie rencontre l’histoire. C’était tout à fait impressionnant de constater le grand écart entre une communauté germanophone aux us et coutumes d’un autre temps, perdue au milieu de nulle part et la façon dont ils avaient pourtant réussi à implanter ici une industrie laitière agro-exportatrice des plus modernes et largement projetée dans la mondialisation. Lors de cette mission, nous avions également travaillé sur la filière agrumicole argentine, construite par les réfugiés pieds-noirs d’Algérie. Un numéro spécial  de la revue Géographie, Economie, Société a été publié sur ces questions, “l’Orange bleue”.

Quels sont tes centres d’intérêt ?

Le vélo, en ville et ailleurs, les lieux de mémoire et les vieilles choses qui racontent toujours une histoire, les chips et les bistrots, où l’on rencontre toute sorte de gens, surtout quand ils sont situés dans les ports. Il faut dire qu’à Douarnenez pour le coup, je suis un peu dans un “hotspot” !

As-tu une devise ?

Elle n’est pas de moi mais de Jean-Claude Suaudeau, l’entraîneur mythique du Grand Football Club de Nantes des années 90 : “Celui qui renonce à être meilleur cesse déjà d’être bon”.

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Christine Lamberts / CNRS

Eric Foulquier / UBO

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Eric Foulquier / UBO

Retour sur SWINGS avec les cheffes de mission !

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Quels étaient les objectifs de la campagne SWINGS ? Pourquoi avoir choisi l’Océan Austral pour une telle mission ?

Hélène Planquette : Nous sommes allés dans l’Océan Austral parce que c’est un océan indispensable à la régulation du climat. Il absorbe environ 30% du carbone atmosphérique au moyen de deux mécanismes que l’on appelle des « pompes ». La pompe physique qui est une dissolution et la pompe biologique qui fonctionne grâce à la photosynthèse. Pour effectuer la photosynthèse, les micro-algues, autrement dit le phytoplancton, a besoin d’éléments nutritifs dont des éléments traces que l’on appelle « les vitamines de l’océan ». Ces éléments traces sont présents, à de très faibles concentrations dans l’océan, et encore moins dans l’Océan Austral. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes rendus dans cet océan, pour traquer ces vitamines.

Catherine Jeandel : Non seulement il faut mesurer la distribution de ces éléments traces, mais il faut également savoir d’où ils proviennent. Il nous faut identifier leur source, les vecteurs qui les amènent puisqu’au départ, tous ces éléments viennent des continents. Est-ce que ce sont les vents ? L’érosion des côtes ? L’érosion des îles ? Pour parvenir à répondre à toutes ces questions, on doit mesurer des indicateurs qui nous aideront à signer les transports de ces éléments. On doit également savoir comment ils sont transportés dans l’eau, la physique est ici essentielle pour tracer la circulation océanique, et la décrire. Ce qui fait que la campagne est transdisciplinaire puisqu’on a la chimie de l’eau (la chimie très spécifique des éléments traces), la physique de l’eau (la circulation des éléments traces) et la biologie (la détermination de l’activité biologique de surface et de la microbiologie). Au final, à la fin de la mission, on se rend compte que personne ne peut se passer de l’autre, personne n’a travaillé seul.

Comment avez-vous piloté l’expédition ?

C.J. : (rires) On n’a pas beaucoup dormi.

H.P. : On était de service 18/24h : 12h en commun et 6h seule pour que l’autre puisse se reposer, pendant 2 mois soit 54 jours, 7/7 jours.

C.J. : Avant d’arriver en station, la chose la plus importante à faire est de préparer ce que l’on appelle la feuille de prélèvement, c’est-à-dire : qui va prélever ? À quelle profondeur ? Selon quels paramètres ? Sur quelle rosette ? On avait deux rosettes : propre et la rosette dite standard sur laquelle on prélevait pour des paramètres moins sensibles à la contamination. On a pris toutes les décisions ensemble. On a toujours confronté les demandes des uns et des autres, fait le point avant la station, mis l’ordre des opérations ensemble.

H.P. : Tous les jours à 17h30, nous avions une réunion avec le Commandant, le second et les personnels de Genavir. On faisait le point des opérations passées des 24 dernières heures et sur les opérations à venir. Et nous, de notre côté avec Catherine, on faisait ce même type de réunion avec les personnes responsables de chaque manipulation à 13h.

Photo de groupe prise lors de l’escale à Kerguelen.

Comment s’est passée la cohabitation à bord ?

H.P. : Il y avait une très bonne ambiance. On était une centaine de personnes à bord, une petite ville flottante et tout s’est très bien passé. C’est vrai qu’on est 24/24 h avec les autres et il vaut mieux que ça se passe bien.

C.J. : On est plutôt contentes. L’investissement des équipes a été intensif jusqu’au bout avec une ambiance de partage, de compréhension entre les uns et les autres. On a réussi à calmer les frustrations quand elles commençaient à émerger, ce qui demande beaucoup d’écoute, d’attention et de patience de la part des chefs de mission. On pense que ça va se vérifier au niveau de l’exploitation des résultats. La science des uns dépend vraiment de la science des autres. Ça nous fait une histoire commune.

H.P. : Plusieurs fois on nous a dit « Je ne sais pas comment vous faîtes pour être aussi patientes ! ».

Avez-vous quelques détails croustillants à nous confier ?

H.P. : Il y a un dicton qui dit que : « Tout ce qui se passe en mer, reste en mer ». Et non, c’était vraiment une très bonne atmosphère, on a beaucoup travaillé, on a eu des sas de décompression importants aussi. Parce que quand on travaille 7/7j et 24/24h, il faut bien se détendre. On a dument fêté 12 anniversaires à bord. On avait de quoi s’occuper pour se divertir.

C.J. : Les anniversaires en mer ont un avantage énorme : au-delà du moment de fête créé, on crée les cadeaux en amont car on ne peut pas acheter un bouquin au libraire d’à côté. Les cadeaux sont faits main. Il y a eu des très beaux cadeaux d’anniversaire. C’est un moment où la création se fait, de nombreuses personnes découpent, collent, gravent… C’est un chouette moment de partage.

Une autre question me vient, quand vous mentionnez les anniversaires : avec les conditions sanitaires, le bar à bord était ouvert ?

H.P. : Nous avons dû porter des masques pendant les premiers 10 jours mais le bar était ouvert oui de 18h à 22h le soir, et pendant une heure le midi. Mais ce forum, c’est vraiment un lieu de convivialité. L’après-midi, des gens venaient y boire leur tisane ou jouer à des jeux de société. Certaines personnes s’y retrouvaient même pour faire des séances de yoga.

Avez-vous découvert la fameuse source hydrothermale sur la dorsale océanique ?

H.P. : Alors on a des signes de sa présence. On a fait une exploration de deux jours pour trouver cette source et on a eu des indices ; notamment par des mesures de traceurs comme le radium. Mais pour aller plus loin, nous devrons analyser tous les échantillons que l’on a collectés à cette station-là pour confirmer sa présence ou non, et pour voir l’étendue de cette source en termes d’apports de fer principalement.

C.J. : On l’a quand même senti. Le collègue qui mesure le radium, n’avait jamais vu des concentrations aussi élevées au fond de la mer. Ça fait vraiment un pic donc il est très content.

H.P. : Après voilà, si on veut vraiment la localiser, il faudra envoyer des ROV, ou d’autres appareils de ce genre pour une campagne ultérieure. Nous n’en avions pas.

C.J. : On fera l’objet d’une prochaine campagne qu’on laissera monter par d’autres… et nous on fera juste les manipulations !

L’Océan a-t-il été clément à votre égard ?

C.J. : Alors, non. C’est une région dans laquelle il y a une dépression tous les trois jours, du moins quand on passe au sud des 40°S.
On avait par contre un outil de navigation qui nous a permis d’adapter notre stratégie à tous les paramètres environnementaux : la circulation pour aller prélever dans les bonnes masses d’eau dans les bonnes régions, et s’il y avait une trop méchante météo on pouvait s’éloigner de la tempête. Il y a juste eu une fois, où un cyclone descendant du Mozambique s’est marié avec une dépression de l’ouest, et a généré une chute du baromètre à 933 millibars, des creux de 15 à 18 mètres et là on était dedans. Personne n’était vraiment malade, on a juste attendu que ça passe. C’était très impressionnant.

Quel est votre plus beau souvenir de ces moments passés en mer ?

H.P. : Moi, c’est de revoir les îles Crozet, parce que j’ai commencé ma thèse en étudiant ces îles, donc j’étais très heureuse de m’y trouver à nouveau. Un autre beau moment c’était les aurores australes au sud des îles Heard. Je n’en avais jamais vu de ma vie donc j’étais comme une enfant de pouvoir admirer cette danse du ciel.

C.J. : Mon graal à moi ce sont les îles Kerguelen, que j’ai aussi découvertes pendant ma thèse, j’ai travaillé pas mal dessus, j’y ai même vécu quelques temps. J’étais vraiment contente. Et après je partage exactement le même émerveillement pour Heard et les aurores australes qui restent un souvenir absolument exceptionnel.

Manchots de Kerguelen

Comment se sent-on quand on n’a pas mis les pieds sur la terre ferme pendant une si longue période ?

C.J. : Décalés, pour de nombreuses raisons. On avait un rythme quotidien complètement différent, on travaillait comme des fous. Nous n’avions plus de samedi, plus de dimanche, presque plus de nuit finalement. Et puis par rapport à la Covid, on vivait démasqué, on allait au bar et au restaurant ensemble, on fêtait les anniversaires alors en débarquant quand on a retrouvé les contraintes liées à l’épidémie, c’est compliqué. Tout ce qui est couvre-feu, masques, distanciation, je pense que ça a été dur pour tout le monde. Vraiment le mot qui me vient à l’esprit, c’est décalé. On flotte encore pendant un moment. On est encore dans le rêve du bateau, dans les vagues, dans l’espace mer. Nous étions dans notre bulle, en dehors de la réalité terrestre.

Et au niveau physique ?

C.J. : Fatigue. On est fatigué. Cinq d’entre nous sont restés à La Réunion après le débarquement pour faire des randonnées. On ressent un fort besoin de marcher avant tout, on n’a aucune envie de retrouver les voitures, les mauvaises odeurs. Il semble que le besoin de marcher est partagé par beaucoup : Quand on est arrivé à Kerguelen, on était tous très heureux de se dégourdir les jambes.

Un dernier mot pour conclure ?

C.J. : On a ramené plus d’échantillons que prévu, alors de ce point de vue-là, la moisson a été couronnée de succès ! Après rendez-vous dans quelques années au fur et à mesure que les résultats sortiront. On va suivre ça de près, faîtes-nous confiance !

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Christophe Cassou / CNRS

Sibylle d’Orgeval

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Hélène Planquette / CNRS

Catherine Jeandel / CNRS

La campagne de la taxe d’apprentissage, ensemble pour la mer

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Partenaires privilégiés de l’IUEM, investissez votre taxe d’apprentissage à l’Institut

Soutenir l’IUEM, c’est afficher votre engagement face aux problématiques contemporaines et futures qui touchent les sciences de la mer et qui nous concernent toutes et tous : pollution maritime, climat, études des organismes marins, études des algues et santé, érosion de plages, régulation des pêches…

Soutenir l’IUEM, c’est participer à mieux former les futures générations de scientifiques par l’acquisition d’équipement et d’outils.

Soutenir l’IUEM, c’est associer son image avec celle d’un Institut mondialement reconnu, innovant, qui se projette et entreprend !

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Elena Le Goff / UBO

Carnet de bord : Campagnes océanographiques par Paul Tréguer

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Depuis un an environ, Paul Tréguer, fondateur de l’IUEM et professeur émérite à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), partage sur son site web « Repères et Évolution du monde »  ses chroniques de voyages, des contes polaires, ses poèmes et récits de campagnes océanographiques.

Tous les quinze jours, il publie sous forme de carnet de bord, les souvenirs de campagnes océanographiques hauturières auxquelles il a eu la chance de participer entre 1972 et 2001, permettant ainsi l’immersion la plus totale dans la vie à bord d’un navire.

La campagne Antiprod 1 MD12 du 22 février au 10 avril 1977, à bord du Marion Dufresne, est la première racontée par Paul Tréguer. Illustré de nombreux clichés photographiques, le billet retrace en images ces quelques mois en mer ainsi que certaines escales du périple, sur différents continents.

Si vous souhaitez découvrir en profondeur l’aventure océanographique, il est conseillé de lire « Le journal d’un océanographe – sur le rebord du monde » publié en 2018 aux éditions Elytis.

 

Crédits photos & Contact

Paul Tréguer / UBO

Laure de Montbron, Chargée de communication ISblue

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Que faisais-tu avant de venir à l’IUEM ?

À 20 ans, je suis partie vivre à Londres pour faire mes études à l’université de Greenwich. Là-bas, j’ai préparé un Bachelor (équivalent Bac +3) en Business administration. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre plusieurs options en communication et en marketing. Après mon Bachelor, j’ai travaillé pour un cabinet d’avocats de la City en tant qu’assistante marketing. La vie à Londres était incroyable, cosmopolite et multiculturelle, je pouvais faire le tour du monde en une journée. Les musées, les théâtres, il y avait tant à découvrir culturellement. En parallèle de mon travail, j’ai suivi un diplôme de journaliste, en postgraduate (équivalent Bac +4), à la London School of Journalism.

En 2009, je suis rentrée en Charente-Maritime dans ma famille et j’ai commencé à écrire des piges pour des petits journaux locaux et quelques magazines aussi. Puis, en recherche d’une nouvelle expérience, je suis arrivée dans le Finistère où j’ai travaillé pendant 6 ans au siège du Comptoir Irlandais à Plouédern. J’ai notamment participé au lancement de la boutique en ligne. Nous sommes partis d’un site vitrine pour le transformer en un site marchand. Toutes les fiches produits étaient à créer, entre les whiskies, les thés, les pulls etc, il y avait plus de 1000 fiches à rédiger. J’étais ce qu’on appelle : web commerciale et je travaillais avec le chargé de développement web. Je m’occupais du service client pour les clients web par téléphone ou par mail, je rédigeais des articles pour le blog et j’étais community manager pour les réseaux sociaux.

Depuis septembre 2020, je suis chargée de communication digitale et d’animation de communauté pour ISblue.

Pourquoi as-tu choisi l’IUEM ?

J’étais attirée par le monde universitaire, pour le côté émulation et stimulation intellectuelle. Au-delà du poste en lui-même, le fait de travailler à l’IUEM, c’était aussi travailler dans un environnement assez incroyable, proche de la mer et cette idée m’a beaucoup plue. Le fait d’être plongée dans ce monde-là est très intéressant.

Que fais-tu à l’IUEM ?

Je suis chargée de la communication pour le projet d’Ecole Universitaire de Recherche ISblue (qui existe depuis 2018 et a pris la relève du LabexMER). Le projet est mené par un consortium de plusieurs partenaires : l’UBO et donc l’IUEM, l’UBS, Ifremer, l’IRD, le CNRS, l’ENIB, l’ENSTA Bretagne, l’IMT Atlantique ainsi que l’École Navale.

Au quotidien, mes missions consistent à transmettre les informations que je récolte, et à les mettre en valeur sur le site Internet et sur le compte Twitter d’ISblue. Il y a aussi pleins de projets en cours, tant en recherche qu’en formation : il faut développer la notoriété d’ISblue en interne, en externe et à l’international. Tous les étudiants de l’IUEM et des autres établissements ne savent pas encore ce que l’Ecole Universitaire de Recherche peut leur apporter. ISblue doit aussi créer et animer un réseau d’anciens élèves (Alumni).

En ce moment, je travaille à la création et au développement du nouveau site Internet. Mettre en place des conférences internationales et organiser des événements (en ligne pour le moment même si on espère retrouver le présentiel dès que possible) font aussi partie de mes missions.

As-tu des anecdotes professionnelles à nous raconter ?

Un jour, lors de mon trajet quotidien entre mon appartement et la station de métro pour aller travailler dans le cabinet d’avocats à la City, j’ai croisé Quentin Tarantino sur un passage piéton. Une fois rendue de l’autre côté de la route, je me suis retournée et j’ai réalisé que c’était bien lui. J’ai vu après dans les journaux et à la télévision qu’il était de passage à Londres pour faire la promotion d’un de ses films.

Quel est ton plus beau souvenir de boulot ?

Toujours lorsque je travaillais à Londres, j’ai organisé un dîner pour les avocats et leurs clients au restaurant la Palme d’Or à Cannes. Je l’ai fait à distance au départ puisque j’étais à Londres. Une fois sur place, il y avait de la logistique et j’étais un peu impressionnée : ce genre de lieux était nouveau pour moi. Finalement, tout s’est bien déroulé et on m’a remercié. J’étais heureuse, soulagée et fière que tout se soit bien passé dans un lieu aussi magique.  

Quels sont tes centres d’intérêts ?

J’adore la marche, la natation, le stand-up paddle. J’aime aussi beaucoup le cinéma et le théâtre.

As-tu une devise ?

Dans ma famille, on dit toujours « mieux vaut faire, que dire ! ».

 

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Sophie Maze

Fabienne Bonhomme

Laure de Montbron / UBO

 

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Laure de Montbron / UBO

Cycle du silicium dans l’océan

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3ème  publication scientifique sur le cycle du silicium dans l’océan

Les organismes vivants sont faits de carbone. On ignore souvent qu’une bonne partie d’entre eux utilisent l’élément silicium, abondant dans les roches de la planète Terre, pour constituer des enveloppes externes et internes. C’est précisément le cas dans l’océan. Dans la colonne d’eau se développent des algues microscopiques appelées diatomées qui, au niveau mondial, fournissent 25% de l’oxygène que nous respirons, ainsi que de petits animaux microscopiques, les rhizaires. Dans les fonds marins croissent de très belles éponges siliceuses ; elles abondent de la rade de Brest à l’Antarctique.

Un groupe de recherche international piloté par Paul Tréguer et Jill Sutton du LEMAR, en coopération avec des chercheurs allemands, anglais, espagnols, étatsuniens, et chinois, viennent de publier dans la revue Biogeosciences un article de synthèse sur le cycle du silicium dans l’océan moderne. Cette étude montre que les apports de silicium dans l’océan (dus aux fleuves, aux résurgences, à l’activité hydrothermale, à la dissolution des roches siliceuses, aux vents…) sont actuellement équilibrés par les bio-dépôts dans les sédiments. Cependant le cycle du silicium est, comme celui du carbone, soumis à de fortes pressions des activités humaines (changement climatiques, constructions de barrages sur les fleuves, pratiques agricoles qui engendrent l’érosion des sols). Au cours du 21ème siècle, ces perturbations pourraient fortement affecter la production des organismes siliceux et déséquilibrer le cycle global du silicium.

En un quart de siècle c’est le troisième article de synthèse piloté par des chercheurs de l’IUEM qui confirme ainsi son rôle leader sur ce thème scientifique au niveau mondial.

Jill Sutton et Paul Tréguer ont ouvert l’an passé, avec le soutien de l’Ecole Universitaire de Recherche ISblue, une « Silica School » en ligne, intitulée : « La silice : de la poussière stellaire au monde vivant ». À cette école participent des chercheurs de 30 instituts de recherche et universités de 12 pays différents.

 

Légende photos :

Trois organismes marins à enveloppe de verre : une diatomée, un rhizaire et une éponge siliceuse. 

 

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Aude Leynaert / CNRS

Laurent Chauvaud / CNRS

Natalia Llopis Monferrer / UBO, Philippe Eliès / UBO, Valentin Foulon / CNRS

 

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Paul Tréguer / UBO

Jill Sutton / UBO

Virginie Thierry, Océanographe physicienne Ifremer au LOPS

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Que faisais-tu avant de venir à l’IUEM ?

Je suis diplômée de l’Ecole nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique (ENSMA) en mécanique des fluides. J’ai obtenu ma thèse à Ifremer en 2000 sur l’étude de la propagation d’ondes équatoriales dans l’Atlantique à partir d’observation. Les ondes permettent de propager sur de grandes distances l’énergie apportée à l’océan par des forçages extérieurs. Pendant ma thèse, j’ai étudié comment des ondes forcées en surface par le vent se propagent en profondeur et mettent en mouvement l’océan au-delà de 2000m de profondeur.

Ensuite, j’ai fait un Postdoc à la SCRIPPS Institution of Oceanography. Je travaillais toujours sur la dynamique des ondes équatoriales mais dans le Pacifique. Cette fois, mon étude était basée sur un  modèle numérique représentatif de l’état de l’océan.

Observer, comprendre et modéliser, a toujours été au cœur de mon activité de recherche. C’est ce que j’ai fait pendant ma thèse et  mon post-doc et que j’ai poursuivi à Ifremer après mon recrutement en 2002 en tant que cadre de recherche. Cette approche est indispensable à l’heure actuelle pour évaluer et anticiper la réponse de l’océan au changement climatique.

Pourquoi as-tu choisi l’IUEM ?

J’ai choisi le LPO (LOPS) car je voulais devenir océanographe et continuer mon activité de recherche sur la physique des océans ; ce qui correspondait à mon expérience, à mes études et à mes souhaits en terme de carrière. L’environnement de travail était aussi très favorable car l’IUEM est l’un des meilleurs centres français d’océanographie. Le LPO offrait aussi une opportunité d’être une océanographe aux pieds mouillés comme je rêvais d’être et donc de participer, voire même de monter des campagnes en mer et faire des observations sur le terrain.

La proximité de la mer est aussi un élément déterminant.

Que fais-tu à l’IUEM ?

Je suis chercheure en océanographie physique et travaille sur la dynamique du  gyre subpolaire de l’Océan Atlantique Nord. Mon activité est essentiellement basée sur l’analyse de données in situ, issues de campagnes océanographiques notamment. J’ai été chef de mission en 2015 et 2017 de deux campagnes du projet RREX pour étudier l’impact de la ride de Reykjanes (une montagne sous-marine au sud de l’Islande), sur les courants marins entre la surface et le fond.

Je travaille aussi à partir des flotteurs ARGO et suis fortement impliquée dans la contribution française à ce programme au niveau européen et international. Argo est un réseau de 4000 instruments autonomes qui mesurent la température et la salinité jusqu’à 2000 m de profondeur. Je contribue à l’extension de ce réseau vers des mesures de l’oxygène dissous et vers des mesures au-delà de 2000 m. Je suis d’ailleurs responsable du projet Argo-2030 retenu suite à l’Appel d’Offre pour les Equipements Structurants pour la Recherche (ESR/Equipex+) dont un des objectifs est de mener une expérience pilote avec des flotteurs Argo pouvant descendre jusqu’à 6000 m. Ce projet s’inscrit dans la continuité de l’Equipex Naos.

As-tu des anecdotes professionnelles à nous raconter ?

Les campagnes en mer sont assez rudes, notamment les campagnes RREX au sud de l’Islande au cours desquelles nous ne voyions ni bateau ni côte pendant 1 mois. En 2015,  nous étions dans un brouillard permanent avec une température de 6°C dans l’eau et dans l’air. Quand nous nous sommes rapprochés des côtes d’Islande, nous nous sommes accordés une partie de pêche à la morue que nous avons mangée sur le bateau. C’était un petit moment de grâce apprécié par tous.

J’étais au village des sciences pendant les fêtes maritimes de Brest 2016 et j’ai vu François Hollande y faire un bain de foule. J’ai même une photo avec lui. Merci le village des sciences ! Ce n’est pas tous les jours qu’on est photographié avec un Président de la République.

Quel est ton plus beau souvenir de boulot ?

Ce sont les campagnes en mer. C’est dur mais il y a une intensité professionnelle et humaine très forte que l’on ne retrouve pas ailleurs. Et puis c’est le cœur de notre métier.  Les trois campagnes pour lesquelles j’étais chef de mission, pour des raisons différentes, font partie de mes plus beaux souvenirs de boulot.

Quels sont tes centres d’intérêt ?

La mer fait partie de mon ADN. J’aime les activités en lien avec la mer : surf et voile.

J’aime aussi les randonnées en montagne, la force de la nature.

 

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Stéphane Lesbats / Ifremer

Ifremer – Campagne RREX

 

Contact

Virginie Thierry / Ifremer

 

Les appels à projets 2021 de l’IUEM

L’IUEM a pour mission d’étudier l’océan et le littoral ainsi que les activités humaines qui y sont liées à l’aide de l’observation, de l’expérimentation et de la modélisation. L’enseignement et la recherche sont au service des objectifs du développement durable des activités maritimes et de la préservation des écosystèmes marins et littoraux.

L’océan et les littoraux sont au cœur de grands enjeux sociétaux : le changement climatique avec ses conséquences pour les écosystèmes marins ; les conflits d’usage croissants, en particulier dans les zones côtières, qui vont nécessiter des stratégies d’adaptation nouvelles ; les avancées dans l’exploration de l’océan permises par les avancées technologiques ; le développement raisonné de nouvelles ressources d’origine marine, énergétiques, minières ou biologiques. Ces enjeux sont reconnus par la stratégie Européenne (“Blue Growth” de H2020, Joint Programming Initiave “Oceans” et Future Earth), ainsi que par les stratégies de recherche nationales et régionales, ce qui conforte l’IUEM dans sa prospective scientifique.

Aujourd’hui, l’IUEM comptabilise de plus en plus de partenariats et opère à différents niveaux : un premier régional et national ainsi qu’un second à portée internationale.

Selon les axes de recherche prioritaires de l’IUEM : Au Sud, Biotechnologies marines, Polaire ou encore Énergies marines renouvelables, le Conseil scientifique propose deux appels : l’un pour une mobilité internationale, l’autre, incitatif à un projet de recherche. Il est possible de candidater en ligne, et ce jusqu’au 26 février 2021.

L’action internationale au travers d’une aide financière à la mobilité, a pour but d’aider à mettre en place des collaborations qui, à moyen terme auront des répercussions positives sur l’Institut. L’appel à projets de recherche quant à lui, s’inscrit sur le long terme par la recherche et fonctionne toujours au moyen d’une aide financière. Les sommes allouées par le Conseil scientifique devront être dépensées dans l’année civile et il est impératif de prendre en compte d’éventuelles difficultés liées à la crise Covid dans la réflexion du projet.

 

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Eric Folcher / IRD

Valentin Foulon / UBO & Nicolas Ruiz / Université de Nantes

 

Contacts

Dominique Simon / CNRS

Arnaud Agranier / UBO

 

Journée Portes Ouvertes virtuelles 2021

L’IUEM accueillera les visiteurs de 9h à 16h30 le samedi 13 février 2021 sur un stand virtuel pour une découverte des différentes mentions du Master en sciences de la mer et du littoral dispensées aux étudiants.

L’IUEM organise cet événement via l’application Imagina choisie par le service communication de l’UBO. En raison du contexte sanitaire actuel, l’UBO a décidé d’organiser une journée portes ouvertes connectée.

Les responsables des différentes mentions du Master enseignées à l’IUEM, de l’École doctorale (EDSML) ainsi que de l’École universitaire de recherche (EUR) ISblue se relaieront sur des créneaux de 45 minutes pour répondre aux questions posées en live et dans le chat ainsi que pour partager leur passion pour le monde de la recherche marine. Seront également à disposition sur le stand des témoignages d’étudiants de même que de nombreux documents informatifs.

Comment ça marche? 

Télécharger l’application Imagina sur Appstore ou Google Play ou ouvrir la Web App via le site web. Une fois l’application téléchargée et l’inscription faite, chercher le stand UBO sur Imagina pour ensuite accéder au contenu du stand IUEM. Un guide du visiteur est à disposition ici : Imagina_Visite_Salon_Virtuel.

Le programme

Nous vous attendons nombreux !

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Sébastien Hervé / UBO

Contacts

Cécile Nassalang / CNRS

Margaux Lissoir / UBO

“La” pêche : question de genre ?

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Les conventions et accords internationaux relatifs à la gestion des ressources naturelles portent, depuis quelques années, une attention croissante aux réalités de la vie des hommes et femmes du secteur de la pêche, et l’égalité des sexes en constitue un objectif non négligeable. Cependant les données en sciences sociales, liées à la contribution des femmes dans ce domaine d’activités, restent éparses. En effet la plupart des travaux sont réalisés dans le cadre des sciences naturelles (écologie, biologie…) et halieutiques plutôt orientées vers la gestion des stocks et des ressources, avec pour principal objectif la maîtrise de l’effort de pêche, via de nouvelles réglementations.

Quelles que soient les régions du monde, les femmes jouent un rôle important dans les nombreuses tâches liées à la pêche. Elles restent cependant plus particulièrement impliquées dans les activités spécifiquement côtières et les pêcheries artisanales de taille modeste. Afin d’améliorer la visibilité de leurs nombreuses contributions dans ce secteur d’activités, le groupe de travail “Gendered Seas” de l’action COST  “Ocean Past Platform” et le cluster “Women & Gender in Fisheries” du réseau “Too Big To Ignore”, ont collecté et agrégé des travaux de recherche récents, décrivant ces nombreuses expériences.

Cette diversité est illustrée au travers d’études de cas, conduites entre 2007 et 2018, et qui concernent des régions et des populations variées ; le travail réalisé dans le cadre de chaque thématique de recherche est contextuel et empirique, il dépend en effet de nombreux facteurs spécifiques à la région étudiée : son histoire, ses ressources, son contexte social… Cependant, la mise en parallèle des résultats des différentes études permet d’aboutir à des observations plus générales sur les spécificités du rôle des femmes dans le secteur des pêches.

Deux études réalisées dans les îles Salomon et aux Philippines mettent en avant le clivage du travail par genre. Les femmes restent bien davantage impliquées dans la collecte de coquillages, la récolte de poissons et autres activités à caractère littoral, tandis que les hommes utilisent les bateaux et partent en mer. Les activités des femmes sont perçues comme des apports financiers complémentaires qui permettent d’assurer la subsistance de la famille lorsque les revenus des hommes viennent à n’être pas suffisants.

Figure 1 : Exemple d’activités typiquement féminines dans les îles Salomon :  fabrication et vente de bijoux et monnaies en coquillages collectés localement. Photo : K. Barclay, N. McClean, Univ. tech. Sydney, Australie. Extrait de Barclay et al., 2018. Lagoon livelihoods: gender and shell money in Langalanga, Solomon Islands.

Dans les pays du nord de l’Europe, l’organisation du travail a également évoluée. Une étude réalisée en Finlande montre que si les femmes de marins étaient traditionnellement employées dans les usines de transformation de poissons, de nos jours elles recherchent préférentiellement à compléter les revenus familiaux par un travail salarié et durable dans le tertiaire.

Ainsi dans chaque région étudiée et malgré leur forte implication dans le secteur de la pêche, la représentation des femmes au sein des institutions locales de gestion des ressources reste anecdotique. Le travail côtier plus spécifiquement féminin est certainement l’une des raisons de cet état de fait, il est en effet moins valorisé économiquement que la pêche au large qui revient aux hommes. Pourtant, l’activité littorale est souvent cruciale pour la subsistance des familles concernées, soit parce qu’elle permet la consommation directe des poissons ou coquillages pêchés, soit du fait des revenus générés par la vente de ces produits. Le manque d’influence des femmes sur la gestion des ressources dont elles dépendent peut concourir à la perte de leurs activités. En effet, si les différentes réglementations mises en place prennent bien en considération les problématiques liées à la pêche au large, elles laissent souvent totalement de côté les activités de récolte côtières.

Dans la région du lagon de Roviana (îles Salomon), une interdiction de pêche a été décidée pour une partie du lagon dans le cadre d’un programme de conservation régionale. Cette décision a été prescrite par une organisation communautaire, en lien avec le comité de gestion locale et les chefs coutumiers. Au sein de cette société au fonctionnement très patriarcal où la majorité des décisionnaires sont des hommes, l’avis des femmes, quand il est exprimé, n’est pas pris en compte. Ainsi l’interdiction qui concernait une zone de pêche importante pour les pratiques des femmes, les amenait soit à enfreindre les règles et donc à se mettre en faute, soit à renoncer à un apport alimentaire ou financier non négligeable pour leur foyer.

A contrario une étude de cas réalisée au Chili montre qu’il est possible pour des collectifs de femmes de se structurer et de faire entendre leur voix. Les ramasseuses d’algues de Coliumo se sont organisées pour faire valoir leurs compétences et réclamer l’usage exclusif des zones maritimes littorales, dans le cadre du système national TURFs (Territorial Use Rights for Fishing). Elles ont démontré non seulement leurs capacités à récolter des algues, mais aussi à négocier et gérer efficacement les ressources. Plutôt que d’être marginalisées voire exclues par des décisions prises sans elles, elles se sont émancipées, ont assuré la gestion des ressources dont elles dépendent et ainsi augmenté les revenus liés à leur activité de récolte.

Figure 2 : Carte issue de Google Earth Map adaptée par le sous-secrétariat des pêches du Chili. Elle représente les trois zones maritimes TURFs de Coliumo gérées par des collectifs de femmes, la zone jaune étant en cours de validation. Extrait de Gallardo, Sauders 2018 : Women’s entrance into artisanal fisheries in Chile.

Toutes les études réalisées soulignent bien l’importance du travail des femmes dans le secteur de la pêche, mais démontrent surtout le manque de représentativité dont elles sont victimes, leur travail demeurant moins considéré que celui des hommes qui partent pêcher en mer. Cependant les initiatives qui vont dans le sens de leur émancipation, sont de plus en plus fréquentes. Ces différentes observations devraient permettre d’éclairer les décisions politiques à venir et de servir de référence aux futures études sur l’évolution de la position des femmes dans ce secteur économique. “La” pêche pourrait ainsi revendiquer bien davantage son genre féminin.

Médiation scientifique

Assurée par Blandine Trouche, doctorante de l’École Doctorale des Sciences de la Mer et du Littoral (EDSML – Université de Bretagne Occidentale), en 4ème année de thèse en Microbiologie au sein du Laboratoire de Microbiologie des Environnements Extrêmes (LMEE), à l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM).

L’article 

Frangoudes, K., Gerrard, S. (En)Gendering Change in Small-Scale Fisheries and Fishing Communities in a Globalized World. Maritime Studies 17, 117–124 (2018).

https://doi.org/10.1007/s40152-018-0113-9

Les auteurs 

L’article présenté est le travail de Katia Frangoudes, chercheure à l’Université de Bretagne Occidentale au sein du laboratoire AMURE (Aménagement des Usages des Ressources et des Espaces marins et littoraux), et Siri Gerrard, professeure à l’Université de Tromsø et membre du Centre for Women and Gender Research.

La revue 

« Maritime Studies » ou MAST (https://www.springer.com/journal/40152) est une revue internationale produite par le Centre pour la Recherche Maritime (MARE). Centrée plus particulièrement sur les sciences sociales, cette revue interdisciplinaire se veut une plateforme pour la discussion académique des affaires côtières ou marines.

Contacts

Auteurs : consulter l’annuaire de l’IUEM

Bibliothèque La Pérouse : Suivi éditorial, rédaction, corrections et mise en page : Fanny Barbier

Service Communication et médiation scientifique : communication.iuem@univ-brest.fr