Publication : la surpêche a réduit de moitié les populations mondiales de poissons chondrichthyens

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Notre collègue post-doctorant Nathan PACOUREAU est co-premier auteur (avec le Pr Nicholas K. Dulvy de l’uniersité Simon Fraser au Canada) d’une étude internationale dont les résultats viennent d’être publiés dans le prestigieux journal Science. L’analyse s’inscrit dans le cadre du projet Global Shark Trends, mobilisant 322 experts sur huit ans.

Cet article révèle que la surpêche a réduit de moitié les populations mondiales de poissons chondrichthyens (requins, raies et chimères) depuis 1970 entraînant une érosion généralisée des fonctions écologiques et un risque d’extinction exceptionnellement élevé.

L’équipe de recherche a développé un Indice de la Liste Rouge de l’IUCN (Red List Index, RLI) qui montre que le risque d’extinction des chondrichthyens a augmenté de 19%. L’étude souligne aussi que la surpêche des plus grandes espèces dans les habitats côtiers et pélagiques pourrait éliminer jusqu’à 22 % des fonctions écologiques. Ces prédateurs jouent en effet un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes marins. À titre d’exemple, les requins de récif contribuent au transfert de nutriments, et les raies participent à l’oxygénation des sédiments marins, favorisant la productivité océanique et le stockage du carbone.

 

Figure : Les captures mondiales reconstituées de tous les chondrichtyens ont atteint leur maximum à la fin des années 1980 et stagnent depuis lors, malgré un doublement de l’effort de pêche. Cette situation est probablement due à l’augmentation de la non-durabilité et de l’effondrement des populations, qui a entraîné une augmentation du nombre d’espèces menacées d’extinction, comme le montrent les baisses de l’IPR depuis 1970. Au fil du temps, la RLI a continué à décliner en raison de l’épuisement en série des requins et des raies les plus grands et les plus importants sur le plan fonctionnel, certains au point d’extinction locale (poissons-scies et autres raies rhinocéros), avant que les pêcheries n’épuisent successivement les grandes raies pastenagues, les raies aigles, les requins anges, les requins marteaux et les requins requin-taupes. Il en résulte une représentation croissante des individus et des espèces de petite taille dans les captures. Une valeur RLI de 1 indique qu’un taxon donné est classé dans la catégorie « préoccupation mineure » de la liste rouge de l’UICN (c’est-à-dire qu’il ne devrait pas s’éteindre dans un avenir proche), tandis qu’une valeur RLI de zéro indique que tous les taxons se sont éteints. mt, tonnes métriques.

 

Malgré cette situation critique, l’équipe souligne les développements positifs dans la compréhension et la conservation des requins et des raies. Réduire la pression de pêche, améliorer la gestion des pêcheries et éliminer les subventions néfastes pourraient inverser cette tendance. Des exemples de réussite existent, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande, où des efforts de conservation portent leurs fruits.

 

Cette publication a fait l’objet d’un bel article de vulgarisation sur le site web de l’UBO

 

Référence

Dulvy NK, Pacoureau N, Matsushiba JH, Yan HF, VanderWright WJ, Rigby CL, Finucci B, Sherman CS, Jabado RW, Carlson JK, Pollom RA, Charvet P, Pollock CM, Hilton-Taylor C and Simpfendorfer CA. Ecological erosion and expanding extinction risk of sharks and rays (2024)  Science 386, eadn1477. DOI: 10.1126/science.adn1477

Journée internationale des femmes et des filles de science à Marrakech avec l’IRD

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Le 11 février 2025, à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, l’IRD au Maroc a organisé une rencontre au Lycée français Victor-Hugo de Marrakech. Sur le format « speed-searching », 60 élèves de seconde ont échangé avec 11 intervenantes, dont deux chercheuses IRD du LEMAR en affectation au Maroc, Laure Pecquerie et Marie Bonnin, ainsi qu’avec leurs partenaires de l’Université de Cadi Ayyad et leurs étudiantes, afin de découvrir la diversité de leurs disciplines scientifiques.

Une chercheuse de l’Université Hassan II de Casablanca est intervenue en fin de rencontre sur le thème des stéréotypes de genres et leurs impacts sur l’orientation scolaire. Les étudiantes et membres de l’association Moustaqbel, qui soutient des jeunes femmes des zones rurales du Maroc dans la poursuite de leurs études supérieures, étaient également présentes. Cette journée a été propice à des discussions enrichissantes sur la représentation des femmes en sciences.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet Éclaireuses, qui a pour ambition de changer le regard des jeunes sur le milieu de la recherche et de contribuer à une meilleure représentation des femmes en sciences. Porté par l’engagement de l’IRD en faveur de l’égalité femmes-hommes et reconnu par la labellisation Génération Égalité d’ONU Femmes, le projet Éclaireuses revient pour une deuxième édition entre le 11 février et le 13 mars 2025. Au total, plus de 400 jeunes de huit pays – Bénin, Brésil, Madagascar, Maroc, Équateur, France, Pérou, et Vietnam – auront l’occasion d’échanger avec des femmes travaillant dans le milieu de la recherche.

 

« L’histoire insoupçonnée de l’huître » : Stéphane Pouvreau invité de la Terre au carré

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Notre collègue Stéphane POUVREAU était, au côté de Catherine Dupont (archéomalacologue au CNRS),  invité de l’émission « La Terre au Carré » du 4 février sur France Inter.

Menée par Mathieu VIDARD, cette émission intitulée « L’histoire insoupçonnée de l’huître » revient sur l’histoire mouvementée de ce coquillage emblématique de la gastronomie.

Présente sur Terre depuis plus de 150 millions d’années, l’huître a marqué l’histoire humaine, de la préhistoire à nos jours. Les chasseurs-cueilleurs se délectaient déjà de ce mollusque il y a 8 000 ans. Avec l’Antiquité, elle devient un mets de luxe prisé par les Romains, qui innovent en ostréiculture. Au Moyen Âge et à la Renaissance, l’huître incarne le raffinement, appréciée par les monarques comme Louis XIV et Louis XVIII. Cependant, l’huître a souvent frôlé l’extinction, victime de la surpêche et des maladies. Le XXe siècle voit l’huître plate décimée, remplacée progressivement par des variétés importées, principalement l’huître creuse japonaise que nous consommons aujourd’hui.

Aujourd’hui, des programmes de restauration comme REHPAR, dirigé par Stéphane tentent, dans la rade de Brest, de préserver cette espèce emblématique. Une poignée d’ostréiculteurs en baie de Quiberon maintient encore la production traditionnelle de l’huître plate, gardienne d’un patrimoine maritime menacé.

(Ré)écouter le podcast sur le site de France Inter

 

CEPA 7 : le colloque d’écophysiologie animale aura lieu à Brest

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La biodiversité fait face à une crise environnementale importante. Il est ainsi urgent d’identifier l’impact des contraintes environnementales sur le fonctionnement écologique et physiologique des espèces animales, mais également les adaptations mises en place par ces organismes pour répondre aux changements environnementaux.

L’écophysiologie animale est une discipline cruciale à ce niveau, en intégrant les mécanismes sous-jacents au métabolisme, à l’énergétique, au comportement, à la reproduction, la communication et bien d’autres fonctions animales, depuis le gène à la population.

En France, tous les deux ans, une importante communauté d’écophysiologistes regroupant des chercheurs de divers horizons organise le Colloque d’Ecophysiologie Animale, CEPA. Ce colloque permet de communiquer les nouveaux résultats de la recherche fondamentale et appliquée dans le domaine auprès d’une communauté à la fois scientifique et professionnelle. Cette grande communauté encourage le partage des connaissances et des avancées scientifiques tout en renforçant l’esprit de cohésion de la recherche.

Après Lyon (2013), La Rochelle (2015), Strasbourg (2017), Rennes (2019), Montpellier (2021) et Tours (2023), ce colloque aura lieu pour la première fois au bout du monde, à Brest. Il permettra à un maximum de chercheurs et d’étudiants de présenter leurs derniers résultats et réflexions.

Cette 7ème édition aura lieu du 28 au 30 octobre 2025, dans l’amphithéâtre du Pôle numérique Brest Iroise à Plouzané.

Principales dates à retenir :

  • Date limite de soumission des résumés : avant le 15 juin 2025
  • Date limite d’inscription ‘early bird’: 15 août 2025
  • Date limite d’inscription ‘late bird’: 15 septembre 2025


Retrouvez toutes les infos pratiques et le programme sur le site web du colloque.



Merci aux partenaire de CEPA 7

Décodage des facteurs d’atténuation du flux de carbone dans la pompe biologique océanique

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Résumé

La pompe biologique fournit du carbone à l’intérieur des océans, ce qui favorise le piégeage du carbone à long terme et fournit de l’énergie aux écosystèmes des grands fonds. Son efficacité est déterminée par les transformations des particules nouvellement formées dans la zone euphotique, suivies d’une atténuation du flux vertical par des processus mésopélagiques. L’atténuation en profondeur du flux de carbone organique particulaire (POC) est modulée par de multiples processus impliquant le zooplancton et/ou les microbes. Néanmoins, elle continue d’être principalement paramétrée à l’aide d’une relation empirique, la « courbe de Martin ». L’exposant de loi de puissance dérivé est la métrique standard utilisée pour comparer les schémas d’atténuation du flux entre les provinces océaniques. Nous présentons ici les résultats expérimentaux in situ de C-RESPIRE, un double intercepteur de particules et incubateur déployé à plusieurs profondeurs mésopélagiques, mesurant l’atténuation du flux de POC à médiation microbienne. Nous avons constaté que dans six régimes océaniques contrastés, représentant une gamme de 30 fois le flux de POC, la dégradation par les microbes attachés aux particules comprenait 7-29 pour cent de l’atténuation du flux, ce qui implique un rôle plus influent pour le zooplancton dans l’atténuation du flux. La reminéralisation microbienne, normalisée par rapport au flux de POC, varie d’un facteur 20 entre les sites et les profondeurs, les taux les plus faibles étant observés lorsque les flux de POC sont élevés. Les tendances verticales, allant jusqu’à des changements d’un facteur trois, étaient liées à de forts gradients de température dans les sites des basses latitudes. En revanche, la température a joué un rôle moindre dans les sites des latitudes moyennes et élevées, où les tendances verticales peuvent être déterminées conjointement par la biochimie des particules, la fragmentation et l’écophysiologie microbienne. Cette déconstruction de la courbe de Martin révèle les mécanismes sous-jacents qui conduisent à l’atténuation du flux de POC à médiation microbienne à travers les provinces océaniques.

Figure

a, Schéma des transformations cumulées des particules décantées (indiquées par des barres verticales pleines) dues au flux de zooplancton (FF), DVM et MR avant l’interception des particules par C-RESPIRE pendant la phase de collecte initiale à chacune des trois profondeurs. MR (en bleu) représente la phase d’incubation ultérieure de C-RESPIRE au cours de laquelle seule MR agit sur les particules interceptées pour diminuer le POC .

b, Déconstruction des principaux facteurs d’atténuation du flux de POC. La RM (zones bleues) est telle que décrite en a et est déduite de la consommation d’O2 mesurée et d’un QR fixe. Les taux d’accumulation de C organique dissous pendant l’incubation étaient faibles (représentant en moyenne 21 ± 16% de la MR), ce qui confirme un couplage étroit entre la solubilisation et la MR. Le flux résiduel de POC (cercles ouverts) correspond au POC (intercepté) mesuré à la fin de l’incubation in situ de plusieurs jours. Le flux cumulé de POC (cercles remplis) est reconstruit en utilisant la somme du POC résiduel et de la RM (c’est-à-dire le flux de POC résiduel + la RM) et devrait refléter une courbe de Martin, représentée par la ligne noire continue.

c, Emplacements des déploiements de C-RESPIRE superposés à une carte de la climatologie de la productivité primaire nette (PPN) dérivée des satellites (2003-2018) (obtenue à partir du site Web Ocean Color de la NASA et de l’algorithme CAFE). Vert, SG ; brun, BEN ; rouge, SAZ ; orange, PAPA ; bleu, MED ; violet, SPSG.

Référence

Bressac, M., Laurenceau-Cornec, E.C., Kennedy, F. et al. Decoding drivers of carbon flux attenuation in the oceanic biological pump. Nature 633, 587–593 (2024). https://doi.org/10.1038/s41586-024-07850-x

 

Pour aller plus loin

Un article vulgarisé a été écrit par le CNRS et publié sur leur site web.