La biodiversité marine à l’épreuve des canicules
L’océan, couvrant plus de 70% de notre planète, est un puissant régulateur du climat de la Terre, mais il se réchauffe. Depuis 40 ans, il a absorbé plus de 90% de l’énergie thermique due au réchauffement climatique en cours. Il abrite aussi une biodiversité d’une incroyable richesse, avec des lignées uniques qui n’ont pas d’équivalence en milieu terrestre, et qui façonne les écosystèmes littoraux et les sociétés côtières. Les vagues de chaleurs caniculaires comme celles qu’a connues la France depuis le mois de mai nous rappellent la vulnérabilité de notre environnement, de nos infrastructures et au-delà, de nos sociétés. Mais nos villes et territoires ne sont pas les seuls à payer un lourd tribut à ces conditions exceptionnelles.
Depuis plusieurs dizaines d’années, Le LEMAR et les services d’observation de l’OSU-IUEM documentent et étudient l’évolution de nos côtes dans leur dimensions physiques et de biodiversité et les observations de ces dernières semaines sont pour le moins alarmantes. A Saint-Anne du Portzic (rade de Brest), la station SOMLIT-Brest enregistre de multiples paramètres de l’eau de mer, dont la température. Sur la période 2022-2025, les températures moyennes du mois de juin sont comprises entre 16.5 et 17°C, quant elles étaient en moyenne de 15, 5°C sur la période 1998-2002. Un précédent maximal de 18.7°C avait été enregistré à la fin de l’été lors de la canicule de 2023. Un nouveau record a été atteint le 25 juin dernier avec 19.6°C !

Tendances mensuelles pour la température de l’eau de mer (à 2m de fond) enregistrées par la station SOMLIT-Brest sur les périodes 1998-2002 et 2022-2025. Source Somlit : https://intranet.somlit.fr/mysomlit-public/
La faune et la flore marines impactées
La pointe bretonne abrite les plus vastes forêts de laminaires (dont les plus emblématiques : Laminaria digitata et L. hyperborea) d’Europe occidentale. Celles-ci sont normalement protégées à moyen terme des effets du réchauffement climatique par le front d’Ouessant qui maintient les eaux fraîches en été… Mais ce début d’été 2026 marque peut-être un point de bascule pour cet écosystème qui abrite plusieurs centaines d’espèces. Par endroits, il ne reste plus grand chose de ces luxuriantes forêts marines.
Sur le littoral, on enregistre des mortalités inquiétantes chez les espèces d’algues et la faune fixée aux rochers, et la présence d’espèces d’affinité méridionale…
Au-dessus de nos têtes, les balises GPS des oiseaux équipés dans le cadre des programmes AviTrack Baie de Saint-Brieuc et FONPAL ont permis d’enregistrer les températures sur le dos des oiseaux pendant la dernière vague de chaleur. En Bretagne, en fonction des zones et espèces suivies, les températures maximales ont pu atteindre les 60°C, tout comme dans le Bassin d’Arcachon. Bien que ces températures soient celles des balises GPS et non des oiseaux, ces vagues de chaleur peuvent entrainer chez l’animal des risques de déshydratation, une augmentation des dépenses énergétiques, des échecs de reproduction et une chute des proies potentiellement exploitées par les oiseaux.
Quelles sont les capacités d’adaptation des organismes marins ?
Si cette épreuve pour le vivant marin est très préoccupante, ses conséquences sur la faune et la flore bretonne ne sont pas une surprise. De nombreux programmes de recherche au LEMAR portent sur les capacités d’adaptation du vivant à ces nouvelles conditions environnementales :
- A Océanopolis, depuis le mois d’avril et jusqu’en novembre, le programme Océanolab accueille en résidence le projet ALCID (LEMAR-IUEM-UBO, avec Valérie Stiger-Pouvreau, Solène Connan et Thomas Burel) qui vise à répondre à une question centrale : Comment les algues bretonnes exploitées réagiront-elles aux changements globaux (réchauffement climatique et espèces invasives) ?
- Anaëlle Bizien (LEMAR-IUEM-UBO) mène actuellement des travaux de thèse en écologie, avec un focus sur la disparition des forêts marines sous les effets combinés des augmentations de température de l’océan et des vagues de chaleur marines ou terrestres
- Thomas Burel (LEMAR-UBO) vient de publier avec une collaboratrice espagnole un article sur la conservation et la restauration des forêts de laminaires et un autre sur l’avenir de la filière goémonière.
- Charlotte Corporeau (LEMAR-IFREMER) mène des expérimentations sur des huitres creuses Magallana gigas (anc. Crassostrea gigas) qu’elle entraine métaboliquement sur le terrain en rade de Brest pour résister à ces vagues de chaleur extrêmes
- Au sein du projet ClimClam, Mélody Lebrun effectue son doctorat sur l’impact des vagues de chaleur marine de la rade de Brest actuelle et future sur la palourde japonaise, à partir de l’analyse de 30 ans de données et d’expériences en laboratoire. Les projections futures prévoient que les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et intenses, nous y sommes. Les résultats indiquent clairement que ce n’est pas un épisode thermique intense qui impacte le plus les palourdes, mais bien le fait que ceux-ci se succèdent. Au bout de 4 vagues de chaleur, les palourdes ne s’enfouissent presque plus, le système immunitaire est altéré, les rendant plus susceptibles au pathogène Vibrio tapetis.
- Nicolas Djeghri, en post-doctorat au LEMAR, étudie la dynamique du plancton sur le long terme. En Mer du Nord depuis 1960, en plus d’un déplacement vers le nord bien connu des espèces, les cycles saisonniers sont complètement transformés : le zooplancton tel qu’on le voit aujourd’hui au mois d’avril n’arrivait qu’en juin dans les années 1960. Il vient de signer un article à ce sujet dans le journal Ecological Society of America.
- Dimitra Ioli Skouroliakou débutera en octobre un post-doctorat qui étudiera l’impact des vagues de chaleur sur les communautés microbiennes des vasières.
Si ces sujets vous intéressent, vous trouverez en cliquant sur les liens les contacts des personnels de recherche cités.

© Erwan AMICE | CNRS
© Sébastien Hervé | UBO