Première observation en direct de la formation de la croute océanique
Notre collègue Jean-Yves Royer, directeur de recherche CNRS émérite au laboratoire Geo-Ocean, est le premier auteur d’une étude publiée le 8 juillet 2026 dans la prestigieuse revue Nature.

En avril-mai 2024, après la campagne de déploiement OHA-Geodams (pour Observatory with Hydro-Acoustics and Geodesy Near Amsterdam Island), une équipe française associant Geo-Ocean, l’ENS, le LIENSs et l’IPGP) a capturé un événement rare : l’expansion brutale d’une dorsale médio-océanique dans l’océan Indien, près de l’île Amsterdam. Ce processus jusqu’alors théorique, façonne les fonds marins depuis des millions d’années, mais son observation en temps réel est une première !
Les dorsales médio-océaniques sont des chaînes de montagnes sous-marines où deux plaques tectoniques s’écartent, laissant remonter le magma du manteau terrestre. Ce magma, en refroidissant, forme une nouvelle croûte océanique. Grâce à un réseau d’instruments autonomes — balises acoustiques, hydrophones et capteurs de pression — déployés seulement deux mois avant l’événement, les chercheurs ont pu mesurer en détail les mouvements du sol, les séismes et les coulées de lave.

En l’espace de 16 jours, le fond marin s’est étiré horizontalement de 2 à 4 mètres tout en s’affaissant de 4,2 mètres par endroits. Cause de ce bouleversement : un réservoir de magma de 2,5 kilomètres de large, situé plusieurs kilomètres sous la surface, s’est vidangé brutalement. Le magma a fissuré la croûte, déclenchant des séismes et libérant 160 millions de mètres cubes de lave — l’équivalent de 60 000 piscines olympiques. Ces coulées ont recouvert le plancher océanique, formant même un mont sous-marin de 40 mètres de haut à seulement 600 mètres d’un des instruments.
La découverte la plus surprenante ? La majorité des mouvements des failles s’est produite sans tremblement de terre détectable. Une avancée majeure, car elle explique pourquoi les estimations précédentes, basées uniquement sur l’activité sismique, sous-estimaient l’ampleur réelle des déplacements. Ces résultats nous permettent pour la première fois de quantifier les déplacements à l’origine de la formation de la croûte océanique.
Au-delà de la géophysique, cette observation ouvre de nouvelles pistes pour étudier les sources hydrothermales — ces cheminées sous-marines où la vie prospère dans des conditions extrêmes, loin de la lumière du soleil. Une fenêtre unique sur les mécanismes qui façonnent notre planète… et peut-être sur les origines de la vie elle-même.
L’article est consultable en ligne sur le site de la revue NATURE et a fait l’objet d’un article dans le journal Le Monde


©Sébastien HERVÉ | UBO