Le saviez-vous? Did you know #9 – Le langage égalitaire / Gender-neutral language
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Le saviez-vous? est une série diffusée par mail, proposée par les personnes référentes à l’égalité des unités de l’IUEM .
# 9 – Le saviez-vous ?
Le langage égalitaire : un outil pour l’égalité femme-homme
De quoi parle-ton quand on parle de langage égalitaire ou non-sexiste ou bien encore inclusif ?
Plusieurs études ont démontré que lire ou entendre au masculin amène à faire référence à l’homme, que cela active des « représentations plus masculines que féminines » et que l’emploi du masculin n’est absolument pas neutre. Le langage égalitaire est donc un moyen de repenser notre rapport aux autres et de parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Le langage égalitaire peut être défini comme “l’ensemble des attentions discursives, c’est-à-dire lexicales, syntaxiques et graphiques qui permettent d’assurer une égalité de représentation des individus” (« Pour une communication publique sans stéréotype de sexe », Guide pratique, Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), 2022).
L’inclusivité, la langue française connaît déjà !
Les règles grammaticales enseignées aujourd’hui à l’école fixent notamment que l’accord de l’adjectif doit se faire au masculin pluriel si les noms adjacents sont de genres différents. Dans les textes réglementaires, « le masculin est une forme neutre qu’il convient d’utiliser pour les termes susceptibles de s’appliquer aussi bien aux femmes qu’aux hommes » (circulaire du 21 novembre 2017 relative aux règles de féminisation et de rédaction des textes publiés au journal officiel de la République française). Pourtant, avant la création de l’Académie française, c’est l’accord de proximité qui prévalait c’est-à-dire que l’accord se faisait avec le nom le plus proche de l’adjectif. Ainsi pouvait-on lire dans Athalie de Racine « Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières ».
Sur le plan lexical, des changements ont également été apportés à compter du XVIIIème et XIXème restreignant ainsi l’accès aux femmes à certaines professions (un projet de loi de 1801 entendait même interdire aux femmes d’apprendre à lire). Les noms de métiers ont ainsi été imposés au masculin, alors que jusque là on parlait de professeure, graveuse, compositrice, traductrice.
La langue est vivante et a toujours été évolutive, notamment par volonté politique, c’est une affaire de société. Ces épisodes de masculinisation de la langue avaient pour objectif d’évincer les femmes de différentes sphères telles que celle du pouvoir politique ou bien encore d’empêcher leur accès à l’éducation scientifique ou artistique (Candea & Véron, p 95).
Dans les années 1970, c’est l’arrivée des femmes à des fonctions électives ou postes de la fonction publique ou métiers qui ouvre la voie à une certaine démasculinisation de la langue française. Sous pression du mouvement féministe, le gouvernement Fabius fait paraitre la circulaire du 11 mars 1986 sur la féminisation des noms de métiers, grades et titres.
Le langage inclusif en pratique
Se réapproprier un langage égalitaire, c’est œuvrer pour une société plus égalitaire. La langue française est riche d’outils permettant d’accorder la même importance, de placer sur un pied d’égalité les femmes et les hommes et donc de faire en sorte que chaque personne se sente concernée par le message émis. Parmi ces outils, nous trouvons l’accord de proximité, les mots épicènes (mot dont la forme ne varie pas au masculin ou au féminin comme élève ou bénéficiaire), l’utilisation de l’ordre alphabétique (par exemple, dire « étudiantes et étudiants » ou « tous et toutes »), les substantifs féminins de personne, la double flexion (les étudiantes et les étudiants, les agriculteurs et les agricultrices), les formules englobantes (le monde agricole, la communauté étudiante), le point médian (les intellectuel·les). Il existe d’autres outils linguistiques moins utilisés mais qui ont le même objectif égalitaire comme les pronoms tels que iel ou ceulleux permettant de désigner simultanément une ou des personnes de genre féminin et masculin ou bien l’emploi du E à la place du point médian (des étudiantes).
Pour conclure
Retrouver un langage égalitaire permet de s’adresser à chacun et à chacune sans différence et est un des moyens de parvenir à l’égalité femme homme. Tous les outils, anciens ou plus récents, sont dans la langue française. A nous de nous en servir pour n’invisibiliser personne, à chacun et chacune de puiser dans la diversité des outils pour n’oublier personne.
A noter que l’UBO vient de valider en CA sa charte de l’écriture égalitaire. Ce document est riche de réponses et de ressources pour toustes. Son caractère obligatoire ne concerne que les écrits institutionnels à compter du 1er janvier 2027. Chacun et chacune reste libre d’aller plus loin et d’utiliser d’autres outils et tournures qui lui conviennent mieux dans sa propre communication ! A lire (p21) « L’égalité advient à la condition d’une action pour la concrétiser. » Vous pouvez découvrir la charte ici.
Pour aller plus loin
Où l’ignorance recule, les inégalités aussi. Voici quelques ressources pour aller plus loin sur le sujet :
- Le guide « Pour une communication publique sans stéréotype de sexe » du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (2022) est disponible sur le site du ministère www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/guide-pour-une-communication-publique-sans-stereotype-de-sexe
- Un webinaire d’1h30 organisé par les auteur·ices du guide ci-dessus, spécifiquement pour les agent·es du MESRI : EGA-ESR Webinaire #5 : La communication égalitaire, c’est pas sorcière !
- Quelques références scientifiques : M. Brauer, « Un ministre peut-il tomber enceinte ? L’impact du générique masculin sur les représentations mentales » , L’année psychologique, 2008, pp. 243-272 ; E. Viennot, « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin », Ed iXe, 2022 ; E. Viennot, « Le langage inclusif : pourquoi, comment », Ed iXE, 2019 ; M Candea, L. Véron, « Le français est à nous : petit manuel d’émancipation linguistique », Ed la découverte, 2024
- Quelques articles de The Conversation qui permettent d’y voir plus clair sur les controverses et les arguments des scientifiques qui travaillent sur ce sujet: « Écriture inclusive : un premier bilan de la controverse« , « Françaises, Français : le langage inclusif n’est pas une nouveauté !« , » Débat : L’écriture inclusive, un « péril mortel », vraiment ? » ainsi qu’un podcast « Au delà des polémiques : une approche scientifique du langage inclusif«
- Un article de synthèse sur « l’écriture inclusive par-delà le point médian » par Laure Dasinieres dans le journal du CNRS: https://lejournal.cnrs.fr/articles/lecriture-inclusive-par-dela-le-point-median
- Une petite leçon pratique ‘En pratique | Faut-il démasculiniser notre cerveau ?‘
Vous pouvez consulter les archives des précédents numéros des « Le saviez-vous » : #1-VSS-ESR ; #2-Effet Matilda ; #3-Violence-ESR ; #4-Inegalite-recrutement ; #5-vulnerabilite ; #6-androcentrisme ; #7-masculinisme; #8Santé au travail ; #9-Le langage égalitaire
“Did You Know?” is an email series curated by the equality liaisons from the IUEM units.
#9 – Did you know?
Gender-neutral language: a tool for gender equality
What do we mean when we talk about egalitarian, non-sexist or inclusive language?
Several studies have shown that reading or hearing the masculine form leads people to think of men, that it triggers ‘representations that are more masculine than feminine’, and that the use of the masculine form is by no means neutral. Gender-neutral language is therefore a means of rethinking our relationship with others and achieving equality between women and men.
Gender-neutral language can be defined as “the set of discursive considerations – that is, lexical, syntactic and graphic – which ensure that individuals are represented equally” (“Towards public communication free from gender stereotypes”, Practical Guide, High Council for Equality between Women and Men (HCE), 2022).
The French language is already familiar with inclusivity!
The grammatical rules taught in schools today stipulate, amongst other things, that adjectives must agree in the masculine plural if the adjacent nouns are of different genders. In regulatory texts, ‘the masculine form is a neutral form that should be used for terms likely to apply equally to both women and men’ (circular of 21 November 2017 concerning the rules on gender-neutral language and the drafting of texts published in the Official Journal of the French Republic). However, before the establishment of the Académie française, the rule of proximity prevailed, meaning that the adjective agreed with the noun closest to it. Thus, in Racine’s *Athalie*, one could read: « Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières ». [and not « 3 jours et 3 nuits entiers », as with current rule].
In terms of vocabulary, changes were also introduced from the 18th and 19th centuries onwards, thereby restricting women’s access to certain professions (a bill of 1801 even sought to prohibit women from learning to read). The names of professions were thus imposed in the masculine form, whereas until then terms such as ‘female teacher’, ‘engraver’, ‘composer’ and ‘translator’ had been used.
Language is a living entity and has always evolved, not least through political will; it is a matter for society. These episodes of the masculinisation of language were intended to exclude women from various spheres, such as political power, or even to prevent them from accessing scientific or artistic education (Candea & Véron, p. 95).
In the 1970s, it was the arrival of women in elected office, civil service posts and various professions that paved the way for a certain degree of ‘demasculinisation’ of the French language. Under pressure from the feminist movement, the Fabius government issued the circular of 11 March 1986 on the feminisation of the names of professions, ranks and titles.
Inclusive language in practice
Re-embracing egalitarian language means working towards a more egalitarian society. The French language is rich in tools that enable us to accord equal importance to, and place on an equal footing, women and men, thereby ensuring that every person feels included in the message being conveyed. Among these tools are proximity agreement, gender-neutral words (words whose form does not vary between masculine and feminine, such as ‘élève’ or ‘bénéficiaire’), the use of alphabetical order (for example, saying ‘étudiantes et étudiants’ or ‘tous et toutes’), feminine personal nouns, dual inflection (female and male students, male and female farmers), inclusive terms (the agricultural sector, the student community), and the mid-point marker (intellectuals). There are other linguistic tools that are less commonly used but serve the same egalitarian purpose, such as pronouns like ‘iel’ or ‘ceulleux’, which can be used to refer simultaneously to one or more people of both female and male gender, or the use of the letter ‘E’ in place of the hyphen (« des étudiantEs »).
In conclusion
Adopting gender-neutral language allows us to address everyone without distinction and is one of the ways to achieve gender equality. All the tools, both long-established and more recent, are available in the French language. It is up to us to use them so that no one is rendered invisible; it is up to each and every one of us to draw on the diversity of these tools so that no one is forgotten.
It is worth noting that the UBO has just approved its charter on gender-neutral language at a board meeting. This document is full of answers and resources for everyone. It will only be mandatory for institutional documents from 1 January 2027 onwards. Everyone remains free to go further and use other tools and phrasing that suit them best in their own communication! See page 21: “Equality can only be achieved through action to make it a reality.” You can read the charter here.
Further reading
Where ignorance recedes, so do inequalities. Here are a few resources [in French mainly, sorry]* to explore the subject further:
- Le guide « Pour une communication publique sans stéréotype de sexe » du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (2022) est disponiblesur le site du ministère www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/guide-pour-une-communication-publique-sans-stereotype-de-sexe
- Un webinaire d’1h30 organisé par les auteur·ices du guide ci-dessus, spécifiquement pour les agent·es du MESRI : EGA-ESR Webinaire #5 : La communication égalitaire, c’est pas sorcière !
- Quelques références scientifiques : M. Brauer, « Un ministre peut-il tomber enceinte ? L’impact du générique masculin sur les représentations mentales » , L’année psychologique, 2008, pp. 243-272 ; E. Viennot, « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin », Ed iXe, 2022 ; E. Viennot, « Le langage inclusif : pourquoi, comment », Ed iXE, 2019 ; M Candea, L. Véron, « Le français est à nous : petit manuel d’émancipation linguistique », Ed la découverte, 2024
- Quelques articles de The Conversation qui permettent d’y voir plus clair sur les controverses et les arguments des scientifiques qui travaiellent sur ce sujet: « Écriture inclusive : un premier bilan de la controverse« , « Françaises, Français : le langage inclusif n’est pas une nouveauté !« , » Débat : L’écriture inclusive, un « péril mortel », vraiment ? » ainsi qu’un podcast « Au delà des polémiques : une approche scientifique du langage inclusif«
- Un aticle de synthèse sur « l’écriture inclusive par-delà le point médian » par Laure Dasinieres dans le journal du CNRS: https://lejournal.cnrs.fr/articles/lecriture-inclusive-par-dela-le-point-median
- Une petite leçon pratique ‘En pratique | Faut-il démasculiniser notre cerveau ?‘
*[if you need some resources regarding Gender equity in academia, written in English, please ask us. We will do our best to support you]
You can view the archives of previous issues of “Did you know?” : #1-GBV-academia ; #2-Matilda effect ; #3-Violence-ESR ; #4-Hiring-inequity ; #5-vulnerability ; #6-androcentrism ; #7-masculinism; #8-Health-work ; #9-Equal-language


