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Christophe Lambert, ingénieur de recherche CNRS au LEMAR

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Que faisais-tu avant de venir à l’IUEM ?

J’ai obtenu un DEA à l’UBO avant d’enchaîner sur une année de spécialisation en halieutique à l’Agro Rennes (aujourd’hui Agrocampus Ouest). Ensuite, j’ai commencé à travailler comme responsable commercial dans une pisciculture du sud de la Bretagne, pendant 4 ans.  Je commercialisais la production de truites arc en ciel et dirigeais l’atelier de transformation (frais, surgelés, produits dérivés…). Puis la société a connu des difficultés et j’ai subi un licenciement économique. Comme j’avais déjà travaillé au sein du laboratoire de Daniel Prieur et de Michel Glémarec, je leur ai proposé d’y revenir pour faire une thèse. Les ASSEDIC (aujourd’hui Pôle Emploi) et l’État assuraient le maintien de mes indemnités de chômage pendant un an, renouvelable deux fois, pour peu que je suive une formation diplômante. Finalement, c’est Jean-Louis Nicolas (LPI, Ifremer, Brest) qui m’a proposé un sujet de thèse sur les maladies bactériennes (vibriose) des larves de coquilles St Jacques. J’ai ensuite fait un post-doc d’un an à Bergen en Norvège au sein de l’Havforskningsinstituttet (un peu l’équivalent d’Ifremer en Norvège) et en collaboration avec une structure d’élevage de coquilles St Jacques. Ce contrat était financé par une bourse européenne « Marie Curie ». Mon travail consistait cette fois-ci à isoler des bactéries “probiotiques” capables de réduire l’impact des souches pathogènes pour les larves de coquilles. Un dossier de dépôt de brevet a même été rédigé, en norvégien, à partir de mes travaux, mais, à ma connaissance, il n’a jamais été valorisé.

Pourquoi as-tu choisi l’IUEM ?

Je suis rentré au LEMAR début 2000 en CDD dans l’équipe de Christine Paillard, Michel Auffret et Philippe Soudant pour travailler dans le cadre du programme MOREST sur les mortalités estivales de l’huître creuse Crassostrea gigas. Les 10 années suivantes ont vu s’échelonner les contrats sur projet de recherche, contrats ATER, et m’ont permis de développer l’activité cytométrie en flux, naissante à mon arrivée au laboratoire. Après quelques années, la direction du laboratoire a proposé avec insistance au CNRS la création d’un poste d’ingénieur de recherche pour pérenniser cette activité croissante, insistance qui a fini par payer. Une mobilité interne a d’abord été ouverte mais, heureusement pour moi, n’a pas trouvé de candidat adéquat. Un concours a donc été ouvert en externe et j’ai obtenu le poste fin 2010 avec la responsabilité de la plateforme de cytométrie du LEMAR.

Que fais-tu à l’IUEM ?

Aujourd’hui ma principale mission est d’animer et de gérer la plateforme CYTOMER, où l’on fait principalement de la cytométrie en flux et de la microscopie à épifluorescence sur les organismes marins. La cytométrie en flux est une technique d’analyse de cellules en suspension dans un flux liquide. Les cellules sont excitées par un ou plusieurs faisceaux laser et émettent ou diffractent alors des signaux lumineux. Cette lumière est quantifiée et révèle les caractéristiques optiques des cellules. C’est une technique qualitative et quantitative qui peut traiter jusqu’à 10 000 événements par seconde et permet de dénombrer les cellules (entre 0,5 et 40 µm, du virus à l’ovocyte d’huître), de comparer leurs « morphologies », leurs contenus (pigments chlorophylliens, ADN, lipides…), leurs activités physiologiques (viabilité, production de radicaux libres, activités enzymatiques, potentiel membranaire mitochondrial…).

Je travaille avec l’ensemble des équipes du LEMAR puisque toutes peuvent avoir besoin à un moment ou un autre de ce que l’on propose grâce à cet outil commun. Je travaille sur des cellules immunitaires, des gamètes, issus de modèles variés (huître, palourde, coque, coquille St Jacques, moules, ormeaux…) mais aussi sur des micro-algues, toxiques ou pas, des bactéries, des virus, en culture ou prélevés du milieu naturel… Je suis aidé dans cette activité par Nelly Le Goïc, ingénieure d’études au CNRS, qui co-anime cet outil avec moi. CYTOMER est équipé aujourd’hui de quatre cytomètres en flux de paillasse, deux microscopes à épifluorescence dont l’un est de type pseudo-confocal 3D et un imageur laser en flux (type Flow-Cam). Un microscope électronique à balayage (MEB) de table en commun avec l’Observatoire viendra compléter la plateforme probablement fin 2021 début 2022. L’ensemble de ces outils analytiques de haute technologie représente un budget d’acquisition de près de 600 K€.

Pour animer cet outil commun, j’organise environ deux fois par an, des formations théoriques sur la cytométrie en flux et la microscopie à épifluorescence. Ces formations sont ouvertes à tout le monde (étudiants, doctorants, chercheurs et personnes extérieures). Je propose également cette formation dans le cadre du Master 2 Biologie des Organismes Marins à l’IUEM et de l’offre de formation continue de l’UBO. L’idée, c’est de rendre les gens le plus autonomes possible sur les machines et d’approfondir ensuite leur maîtrise par des formations pratiques individuelles, en fonction des besoins. Il m’arrive parfois aussi d’aller faire des formations à l’extérieur, en France bien sûr (Ifremer La Tremblade, Bouin ou Concarneau) mais aussi à l’étranger (Floride, Norvège ou Corée du Sud).

As-tu des anecdotes professionnelles à nous raconter?

En décembre 2005, je suis allé, en compagnie de Philippe Soudant, en Corée du Sud (Jeju National University) dans le cadre d’un programme d’échange « STAR ».  A la fin de notre séjour sur l’île de Jeju, nous sommes passés par Seoul, pour rencontrer le Pr Hong (INHA University). Nous avons donné un séminaire pour présenter nos projets et travaux en cours, suivi d’un échange très feutré et courtois comme c’est la règle au « pays du matin calme ». Quelle n’a pas été notre surprise à la sortie de la salle de séminaire de nous voir remettre à chacun une enveloppe remplie de billets en remerciement de notre « prestation ». Dans mon souvenir, l’enveloppe contenait 100 000 Wons soit l’équivalent de 90 ou 100 € aujourd’hui ! Ce fut à la fois une première pour moi, et une dernière !

Quel est ton plus beau souvenir de boulot ?

C’est difficile de faire un classement mais je me souviens tout particulièrement d’une conférence PHYSIOMAR, organisée en Espagne, à Saint-Jacques de Compostelle. On avait l’argent seulement pour deux ou trois personnes avec le déplacement en avion et l’hébergement. Et au lieu de prendre les billets d’avion, on a loué un minibus et on est parti à neuf. Ça voulait dire 24 heures de voyage à l’aller, deux jours de voyage au retour et un hôtel bon marché, mais il y avait une super ambiance pour travailler et beaucoup de souvenirs au retour.

Quels sont tes centres d’intérêt ?

Ils sont multiples et variés mais par exemple, je roule dans une Méhari de 1984, que je sors surtout quand il fait beau. La Méhari c’est un châssis de 2CV avec un moteur de 2CV et une coque en plastique. Je fais partie d’un club de “deuchistes : Les Chevrons du Léon, basé à Landivisiau. On est une vingtaine de 2CV et Méhari et on essaye d’organiser une sortie par mois, à la belle saison.

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Sébastien Hervé / UBO

Jean-Philippe Béguel / UBO

Erwan Amice / CNRS

Nelly Le Goïc / CNRS

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Christophe Lambert / CNRS

 

Le CNRS intensifie son engagement pour la sauvegarde de l’océan

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En janvier dernier, lors d’un colloque de la Task Force Océan du CNRS, quatre groupes de travail rassemblant plus de 100 chercheurs CNRS ont fait ressortir la nécessité de caractériser, d’anticiper et d’accompagner les changements auxquels l’océan est aujourd’hui confronté. C’est dans cette optique d’interdisciplinarité propre aux différents instituts du CNRS que le Groupement De Recherche Océan et MERs a été créée. Lancé pour une durée de 5 ans, le GdR Omer devrait mobiliser en tout, 4 à 5 000 chercheurs, dont 1 000 dès le mois de septembre.

Mené par Laurent Chauvaud, directeur du GdR et chargé de missions Océans auprès de la Direction générale déléguée à la science du CNRS, le groupe de travail entend faire émerger des recherches interdisciplinaires, et aborder l’océan par le prisme des sciences dites « dures » ainsi que par celui de la philosophie, la sociologie, la biodiversité et bien d’autres encore. Alix Levain et Marie Bonnin font partie du Comité Scientifique du GdR. Marie est également membre du bureau.

Structuré en quatre axes et centré sur l’océan et les mers, il évoluera autour de cinq missions principales :

  • l’animation de la communauté scientifique française
  • la coordination des activités de recherche autour de l’objet « Océan »
  • la veille scientifique
  • la formation des professions pour le développement de la recherche
  • la valorisation et la diffusion des travaux sur les mers et l’océan.

Le premier axe thématique concerne les perceptions et représentations de l’océan, allant de son potentiel d’inspiration et d’innovation jusqu’à sa valeur patrimoniale. Il vise à renforcer les liens qui unissent les sciences de la mer à la société. Le second se concentre sur la caractérisation et le diagnostic des systèmes marins. Il vise à explorer de nouveaux outils et approches capable d’améliorer la quantification et la caractérisation de l’état actuel de l’océan. Le troisième s’appuie sur la modélisation locale et globale de l’océan et de son évolution. La modélisation océanique étant aujourd’hui en plein essor, elle reste cependant limitée par les connaissances actuelles, les méthodes numériques… Enfin, le quatrième et dernier axe tournera autour de la conservation, de la préservation et de la gestion durable des socio-écosystèmes marins. Il s’agira notamment de proposer des actions centrées sur les aires marine protégées (AMP), l’économie bleue ou encore les changements d’usage.

 

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Marie Bonnin / IRD

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Laurent Chauvaud / CNRS

Marie Bonnin / IRD

L’IUEM réduit ses déchets à travers le projet PPP

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Les objectifs du projet Preventing Plastic Pollution

Lancé en 2020 par l’Université Queen Mary de Londres, le projet Interreg France (Manche) Angleterre Preventing Plastic Pollution (PPP) se déploie à grande échelle pour prévenir et éliminer la pollution par les déchets plastiques dans des zones sensibles en France et en Angleterre.
Dans sept sites pilotes (la rade de Brest, la Baie de Douarnenez, la Baie des Veys, la zone de Medway, les fleuves du Tamar et du Great Ouse, et le port de Poole), le projet Preventing Plastic Pollution participe au développement de modèles permettant d’identifier les zones critiques de pollution plastique et d’évaluer à la fois les sources mais aussi le devenir des débris plastiques.

L’implication du CNRS et d’Ifremer au travers du LEMAR

Auprès de 17 autres partenaires, le LEMAR via ses tutelles CNRS et Ifremer est impliqué dans une démarche scientifique visant à évaluer la toxicité des débris plastiques sur les organismes marins, à effectuer des campagnes d’échantillonnage des microplastiques dans la rade de Brest, la baie de Douarnenez ainsi que dans la mer d’Iroise dans le but d’évaluer les niveaux et l’évolution temporelle de cette contamination. Ces travaux permettront ainsi d’évaluer l’efficacité des mesures de réduction des déchets plastiques mises en place progressivement sur les bassins versants concernés par les autres partenaires du projet PPP : installation de filets de rétention aux exutoires, de bacs à marée, actions collectives de ramassages de déchets…

La réduction des déchets à l’IUEM

En complément de ces actions, le projet porte également un volet supplémentaire déployé à l’échelle d’Ifremer et de l’IUEM. Cette démarche a pour objectif de mettre en place des actions très concrètes visant à réduire la production de déchets plastiques dans les bureaux et les laboratoires de l’Institut. Le projet participe également au déploiement de système de collecte et de tri des déchets plastiques afin d’en améliorer la fin de vie et de permettre leur valorisation par recyclage, en lien avec les acteurs locaux. Cette action s’inscrit enfin dans une volonté de transformer l’IUEM en un site pilote expérimental pour envisager une possible extension des mesures à d’autres bâtiments de l’Université de Bretagne Occidentale.

Les avis et attentes du personnel de l’IUEM sur cette démarche

Afin de lancer cette démarche de réduction et de tri des déchets, un questionnaire a été diffusé auprès du personnel de l’Institut pour collecter leurs avis et leurs attentes sur ces thématiques. En un mois de diffusion, 164 participations ont été collectées. Les principaux résultats sont diffusés dans l’infographie ci-après.

Infographie Sondage déchets IUEM

Et concrètement ?

Cet objectif de réduction des plastiques sera atteint par l’installation d’ilots de tri multi-flux dans les trois bâtiments de l’Institut pour favoriser un tri à la source ; par la mise à disposition d’alternatives renouvelables aux plastiques jetables à usage unique pour ceux qui en feront la demande ; ou encore par la réduction de la consommation de certains plastiques de laboratoire. Un travail en faveur de l’élaboration d’une charte « Evènement 0 plastique » sera également mené et des temps de formation et de sensibilisation auprès du personnel seront aussi prévus dans les mois à venir. Engager le personnel de l’IUEM dans cette démarche qui œuvre pour un Institut plus durable, et qui nous concerne tous, c’est tout l’intérêt du projet PPP !

Pour plus d’informations sur le projet PPP, c’est ici. Retrouvez également une vidéo de présentation du projet sur la chaîne YouTube du LEMAR.

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Alastair Scarlett

Sébastien Hervé / UBO

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Mallorie Bodériou / CNRS

Ika Paul-Pont / CNRS

Retour sur SWINGS avec les cheffes de mission !

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Quels étaient les objectifs de la campagne SWINGS ? Pourquoi avoir choisi l’Océan Austral pour une telle mission ?

Hélène Planquette : Nous sommes allés dans l’Océan Austral parce que c’est un océan indispensable à la régulation du climat. Il absorbe environ 30% du carbone atmosphérique au moyen de deux mécanismes que l’on appelle des « pompes ». La pompe physique qui est une dissolution et la pompe biologique qui fonctionne grâce à la photosynthèse. Pour effectuer la photosynthèse, les micro-algues, autrement dit le phytoplancton, a besoin d’éléments nutritifs dont des éléments traces que l’on appelle « les vitamines de l’océan ». Ces éléments traces sont présents, à de très faibles concentrations dans l’océan, et encore moins dans l’Océan Austral. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes rendus dans cet océan, pour traquer ces vitamines.

Catherine Jeandel : Non seulement il faut mesurer la distribution de ces éléments traces, mais il faut également savoir d’où ils proviennent. Il nous faut identifier leur source, les vecteurs qui les amènent puisqu’au départ, tous ces éléments viennent des continents. Est-ce que ce sont les vents ? L’érosion des côtes ? L’érosion des îles ? Pour parvenir à répondre à toutes ces questions, on doit mesurer des indicateurs qui nous aideront à signer les transports de ces éléments. On doit également savoir comment ils sont transportés dans l’eau, la physique est ici essentielle pour tracer la circulation océanique, et la décrire. Ce qui fait que la campagne est transdisciplinaire puisqu’on a la chimie de l’eau (la chimie très spécifique des éléments traces), la physique de l’eau (la circulation des éléments traces) et la biologie (la détermination de l’activité biologique de surface et de la microbiologie). Au final, à la fin de la mission, on se rend compte que personne ne peut se passer de l’autre, personne n’a travaillé seul.

Comment avez-vous piloté l’expédition ?

C.J. : (rires) On n’a pas beaucoup dormi.

H.P. : On était de service 18/24h : 12h en commun et 6h seule pour que l’autre puisse se reposer, pendant 2 mois soit 54 jours, 7/7 jours.

C.J. : Avant d’arriver en station, la chose la plus importante à faire est de préparer ce que l’on appelle la feuille de prélèvement, c’est-à-dire : qui va prélever ? À quelle profondeur ? Selon quels paramètres ? Sur quelle rosette ? On avait deux rosettes : propre et la rosette dite standard sur laquelle on prélevait pour des paramètres moins sensibles à la contamination. On a pris toutes les décisions ensemble. On a toujours confronté les demandes des uns et des autres, fait le point avant la station, mis l’ordre des opérations ensemble.

H.P. : Tous les jours à 17h30, nous avions une réunion avec le Commandant, le second et les personnels de Genavir. On faisait le point des opérations passées des 24 dernières heures et sur les opérations à venir. Et nous, de notre côté avec Catherine, on faisait ce même type de réunion avec les personnes responsables de chaque manipulation à 13h.

Photo de groupe prise lors de l’escale à Kerguelen.

Comment s’est passée la cohabitation à bord ?

H.P. : Il y avait une très bonne ambiance. On était une centaine de personnes à bord, une petite ville flottante et tout s’est très bien passé. C’est vrai qu’on est 24/24 h avec les autres et il vaut mieux que ça se passe bien.

C.J. : On est plutôt contentes. L’investissement des équipes a été intensif jusqu’au bout avec une ambiance de partage, de compréhension entre les uns et les autres. On a réussi à calmer les frustrations quand elles commençaient à émerger, ce qui demande beaucoup d’écoute, d’attention et de patience de la part des chefs de mission. On pense que ça va se vérifier au niveau de l’exploitation des résultats. La science des uns dépend vraiment de la science des autres. Ça nous fait une histoire commune.

H.P. : Plusieurs fois on nous a dit « Je ne sais pas comment vous faîtes pour être aussi patientes ! ».

Avez-vous quelques détails croustillants à nous confier ?

H.P. : Il y a un dicton qui dit que : « Tout ce qui se passe en mer, reste en mer ». Et non, c’était vraiment une très bonne atmosphère, on a beaucoup travaillé, on a eu des sas de décompression importants aussi. Parce que quand on travaille 7/7j et 24/24h, il faut bien se détendre. On a dument fêté 12 anniversaires à bord. On avait de quoi s’occuper pour se divertir.

C.J. : Les anniversaires en mer ont un avantage énorme : au-delà du moment de fête créé, on crée les cadeaux en amont car on ne peut pas acheter un bouquin au libraire d’à côté. Les cadeaux sont faits main. Il y a eu des très beaux cadeaux d’anniversaire. C’est un moment où la création se fait, de nombreuses personnes découpent, collent, gravent… C’est un chouette moment de partage.

Une autre question me vient, quand vous mentionnez les anniversaires : avec les conditions sanitaires, le bar à bord était ouvert ?

H.P. : Nous avons dû porter des masques pendant les premiers 10 jours mais le bar était ouvert oui de 18h à 22h le soir, et pendant une heure le midi. Mais ce forum, c’est vraiment un lieu de convivialité. L’après-midi, des gens venaient y boire leur tisane ou jouer à des jeux de société. Certaines personnes s’y retrouvaient même pour faire des séances de yoga.

Avez-vous découvert la fameuse source hydrothermale sur la dorsale océanique ?

H.P. : Alors on a des signes de sa présence. On a fait une exploration de deux jours pour trouver cette source et on a eu des indices ; notamment par des mesures de traceurs comme le radium. Mais pour aller plus loin, nous devrons analyser tous les échantillons que l’on a collectés à cette station-là pour confirmer sa présence ou non, et pour voir l’étendue de cette source en termes d’apports de fer principalement.

C.J. : On l’a quand même senti. Le collègue qui mesure le radium, n’avait jamais vu des concentrations aussi élevées au fond de la mer. Ça fait vraiment un pic donc il est très content.

H.P. : Après voilà, si on veut vraiment la localiser, il faudra envoyer des ROV, ou d’autres appareils de ce genre pour une campagne ultérieure. Nous n’en avions pas.

C.J. : On fera l’objet d’une prochaine campagne qu’on laissera monter par d’autres… et nous on fera juste les manipulations !

L’Océan a-t-il été clément à votre égard ?

C.J. : Alors, non. C’est une région dans laquelle il y a une dépression tous les trois jours, du moins quand on passe au sud des 40°S.
On avait par contre un outil de navigation qui nous a permis d’adapter notre stratégie à tous les paramètres environnementaux : la circulation pour aller prélever dans les bonnes masses d’eau dans les bonnes régions, et s’il y avait une trop méchante météo on pouvait s’éloigner de la tempête. Il y a juste eu une fois, où un cyclone descendant du Mozambique s’est marié avec une dépression de l’ouest, et a généré une chute du baromètre à 933 millibars, des creux de 15 à 18 mètres et là on était dedans. Personne n’était vraiment malade, on a juste attendu que ça passe. C’était très impressionnant.

Quel est votre plus beau souvenir de ces moments passés en mer ?

H.P. : Moi, c’est de revoir les îles Crozet, parce que j’ai commencé ma thèse en étudiant ces îles, donc j’étais très heureuse de m’y trouver à nouveau. Un autre beau moment c’était les aurores australes au sud des îles Heard. Je n’en avais jamais vu de ma vie donc j’étais comme une enfant de pouvoir admirer cette danse du ciel.

C.J. : Mon graal à moi ce sont les îles Kerguelen, que j’ai aussi découvertes pendant ma thèse, j’ai travaillé pas mal dessus, j’y ai même vécu quelques temps. J’étais vraiment contente. Et après je partage exactement le même émerveillement pour Heard et les aurores australes qui restent un souvenir absolument exceptionnel.

Manchots de Kerguelen

Comment se sent-on quand on n’a pas mis les pieds sur la terre ferme pendant une si longue période ?

C.J. : Décalés, pour de nombreuses raisons. On avait un rythme quotidien complètement différent, on travaillait comme des fous. Nous n’avions plus de samedi, plus de dimanche, presque plus de nuit finalement. Et puis par rapport à la Covid, on vivait démasqué, on allait au bar et au restaurant ensemble, on fêtait les anniversaires alors en débarquant quand on a retrouvé les contraintes liées à l’épidémie, c’est compliqué. Tout ce qui est couvre-feu, masques, distanciation, je pense que ça a été dur pour tout le monde. Vraiment le mot qui me vient à l’esprit, c’est décalé. On flotte encore pendant un moment. On est encore dans le rêve du bateau, dans les vagues, dans l’espace mer. Nous étions dans notre bulle, en dehors de la réalité terrestre.

Et au niveau physique ?

C.J. : Fatigue. On est fatigué. Cinq d’entre nous sont restés à La Réunion après le débarquement pour faire des randonnées. On ressent un fort besoin de marcher avant tout, on n’a aucune envie de retrouver les voitures, les mauvaises odeurs. Il semble que le besoin de marcher est partagé par beaucoup : Quand on est arrivé à Kerguelen, on était tous très heureux de se dégourdir les jambes.

Un dernier mot pour conclure ?

C.J. : On a ramené plus d’échantillons que prévu, alors de ce point de vue-là, la moisson a été couronnée de succès ! Après rendez-vous dans quelques années au fur et à mesure que les résultats sortiront. On va suivre ça de près, faîtes-nous confiance !

Crédits photos

Christophe Cassou / CNRS

Sibylle d’Orgeval

Contacts

Hélène Planquette / CNRS

Catherine Jeandel / CNRS

14 millions d’euros pour lutter contre la pollution plastique dans les zones sensibles

Preventing Plastic Pollution (PPP)

La zone de la Manche fait l’objet d’un projet de 3 ans, actuellement en cours de lancement et mené par l’Université Queen Mary de Londres, visant à éliminer et à prévenir la pollution par les matières plastiques dans des zones sensibles en Angleterre et en France.

Preventing Plastic Pollution (PPP) développera un modèle permettant de réunir des données sur la quantité et les sources possibles de pollution plastique, et ce dans sept sites pilotes : la rade de Brest, la Baie de Douarnenez, la Baie des Veys, la zone de Medway, les fleuves du Tamar et du Great Ouse, et le port de Poole.

Les spécialistes évalueront le taux de plastiques polluants qui s’introduisent dans les bassins versants, et ils identifieront les zones sensibles de la pollution. Ils détermineront la rentabilité et la durabilité des approches innovantes actuelles et créeront un portefeuille de méthodes d’élimination pour prévenir et gérer la pollution.

Le projet, d’un montant de 14 millions d’euros, a été approuvé par le Programme France (Manche) Angleterre, qui a engagé 9,9 millions d’euros de financement via le Fonds Européen de Développement Régional. Carolyn Reid, la Directrice du Programme Interreg France (Manche) Angleterre, déclare : « La pollution plastique constitue une énorme problématique environnementale, et nous sommes déterminés à rassembler des spécialistes des deux côtés de la Manche et à les soutenir dans la création de projets pour lutter contre celle-ci. »

Le CNRS partenaire du projet avec le LEMAR

Le CNRS est l’un des 17 partenaires de ce projet. Les scientifiques du LEMAR effectueront notamment des campagnes d’échantillonnage des microplastiques dans la rade de Brest et la baie de Douarnenez tout au long du projet dans le but d’évaluer les niveaux et l’évolution temporelle de cette contamination. Ces travaux participeront à l’évaluation de l’efficacité des mesures de réduction des déchets plastiques mises en place dans le projet PPP. Le laboratoire de Physiologie des Invertébrés de l’Ifremer, en partenariat avec le CNRS au sein du LEMAR, travaillera de plus sur la toxicité de ces microplastiques sur les organismes marins, en particulier sur l’huître creuse.

« Ce projet est une formidable opportunité de fédérer l’ensemble des acteurs locaux autour de la rade de Brest et de la baie de Douarnenez sur lesquelles nous allons suivre les niveaux de contamination par les déchets plastiques » Ika Paul-Pont, en charge du partenariat CNRS.

Réduction des déchets à l’IUEM et médiation scientifique

En complément de la démarche scientifique portée par ces deux organismes de recherche, deux volets supplémentaires seront déployés durant le projet. Le premier portera sur la mise en place de démarches écoresponsables visant à réduire drastiquement la production de déchets plastiques dans les bureaux et usages quotidiens, contribuant ainsi à l’Agenda 2030 de la France, à l’échelle de l’IUEM. Le deuxième volet concernera la réalisation d’actions de médiation scientifique, via l’organisation d’évènements grands publics et d’interventions dans les écoles en partenariat avec Océanopolis, afin de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de cette pollution.

Le projet PPP organisera aussi 160 événements communautaires de nettoyage des rivières, et il collaborera avec les industries de l’agriculture, de la pêche et maritimes pour trouver des moyens de capturer et d’éliminer les déchets plastiques de leurs activités.

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Emily COOPER

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Iwan JONES

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L’Institut

L’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM) est un organisme pluridisciplinaire dans le domaine des sciences de la mer et du littoral dont les activités sont centrées autour de 3 missions : la recherche, la formation et l’observation.

L’IUEM est soutenu et financé par

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3 missions complémentaires

Quelques chiffres

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270

Etudiants de master

200

Doctorants

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