Crédits carbone sélectifs : préférences du marché et restauration des écosystèmes au Sénégal
Résumé
Le marché volontaire du carbone est présenté comme une solution pour financer la restauration des terres et des écosystèmes dans les économies en développement. Si la littérature empirique s’est concentrée sur l’évaluation de son efficacité écologique, peu d’attention a été accordée à la manière dont ce marché interagit avec d’autres sources de financement dans les contextes nationaux. Il est essentiel de définir les types de projets que le marché volontaire du carbone peut financer efficacement afin de concevoir une stratégie de financement cohérente et intégrée au niveau national. Cet article examine la contribution du marché volontaire du carbone aux projets de restauration écologique au Sénégal. En nous appuyant sur les coûts de transaction et l’économie organisationnelle, et en nous basant sur un ensemble de données novateur sur les projets de restauration menés entre 2007 et 2023, nous identifions une tendance selon laquelle le marché volontaire du carbone se concentre sur des protocoles de restauration nettement moins spécifiques au contexte et plus certains. L’incertitude des résultats écologiques et la spécificité du capital naturel expliquent le recours au marché, et le marché façonne la spécificité en tentant de normaliser les actifs et de faciliter les transactions. Cela a un impact sur les protocoles de restauration, les avantages ciblés pour les écosystèmes et les avantages locaux. Notre analyse offre une compréhension détaillée de la manière dont les préférences du marché influencent l’allocation des fonds et la mise en œuvre des projets. Nos conclusions soulignent la nécessité d’intégrer le financement basé sur le marché à d’autres mécanismes pour lutter contre la dégradation des terres.
Figure

Figure 1 : Répartition spatiale des projets de restauration financés par des fonds carbone et non carbone au Sénégal (2007-2023).
Conclusion
L’étude de cas du Sénégal met en évidence le rôle du marché volontaire du carbone dans le soutien aux projets de restauration écologique, en particulier la restauration des mangroves. Cependant, nos conclusions révèlent également les limites et les défis associés à ce mécanisme de financement. La préférence du marché pour les projets aux résultats prévisibles et aux risques faibles entraîne une concentration géographique des projets liés au marché du carbone et exclut les initiatives de restauration plus complexes et incertaines de ce type de financement. Cela souligne la nécessité d’une approche plus diversifiée pour répondre aux besoins plus larges en matière de restauration écologique. L’intégration des caractéristiques écologiques dans le cadre de la coopération technique fournit des informations précieuses sur la manière dont les conditions biophysiques influencent la source de financement. Nos recherches suggèrent que la simple augmentation du prix du carbone pourrait ne pas être suffisante pour relever les défis associés à des projets de restauration plus complexes et incertains. Au-delà du déficit de financement, nos recherches constituent un appel à s’attaquer explicitement aux lacunes en matière de coordination financière et à rechercher des solutions potentielles telles que des modèles mixtes et un séquençage temporel.
Référence
Morgane Gonon, Rémi Prudhomme, Marieme Ba, Penda Diop, Tamsir Mbaye, Harold Levrel, Adrien Comte. Selective carbon credits: Market preferences and ecosystem restoration in Senegal. Ecological Economics, Volume 235 (2025). https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2025.108626.

© Sébastien HERVÉ | UBO
