AwaEIE

Intérêt scientifique et sociétal des Etudes d’Impact Environnemental et Social: le cas des activités minières sur le continuum Terre-Mer en Afrique de l’Ouest

Coordination

Patrice Brehmer

Type de projet

Régional

Financement

Africa Higher Education Centres of Excellence (ACE) Partner, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Approche Ecosystémique de la Gestion des Pêches et de l’Environnement Marin dans les Eaux Ouest-Africaines (AWA)

Durée du projet

Début du projet

04/02/2020

Fin du projet

31/12/2023

Liens

Les études d’impact environnementales (EIE) associées à l’activité extractive et minière mais aussi à toute autre activité, sont souvent décriées par le grand public et les acteurs locaux. De plus, la conservation de la biodiversité est devenue, en une vingtaine d’années, un objectif majeur et une politique-phare de nombreux gouvernements (Vandevelde, 2014). Dans le cadre des actions d’investissement que les entreprises sont amenées à accomplir, il leur est désormais imposé de passer leurs différents projets au crible de l’évaluation environnementale (Fotso Chebou Kamdem, 2009).

Au Sénégal, la majorité présidentielle a fait inscrire dans la révision de sa constitution le « droit des citoyens de jouir d’un environnement sain ». En conséquence de cette évolution de la vision de l’environnement en Afrique de l’ouest, reliée aux piliers social et économique, les EIE ont vu le jour et leur émergence découle de ladite évolution des mentalités (Lizotte, 2017). L’EIE est un outil dont se servent les décideurs pour identifier les impacts potentiels des projets proposés sur l’environnement, évaluer d’autres approches possibles et concevoir et incorporer des mesures de prévention, d’atténuation, de gestion et de suivi appropriées (FAO, 2012).

En Afrique de l’ouest, l’essor industriel et l’établissement des populations sur la côte engendrent l’endommagement des zones côtières (Lindeboom, 2002). A cela s’ajoute l’exploitation des gisements de minerais (e.g. zircon et zirconium) dans certaines régions côtières comme le Sénégal (CEA, 2011). La convention d’Abidjan, dont le Sénégal est partie prenante, prévoit que les États membres encadrent la réalisation d’évaluation d’impact sur l’environnement préalablement à la réalisation de projets potentiellement nuisible pour l’environnement et/ou les populations.

Dans le domaine des industries extractives, l’exploitation de ressources naturelles de valeur a souvent été la cause de nombreux problèmes que les objectifs du développement durable (ODD) tentent de résoudre (e.g. conflits violents et corruption (NU, 2012; CCSI, PNUD, SDSN & FEM, 2016).

Le Sénégal, dans le cadre de sa politique minière en 2004, a porté attribution du permis de recherche à Mineral Deposits Limited (MDL) pour différents minéraux, dont le zircon ; ceci dans les régions de Thiès et Louga. Et pourtant, l’EIES, qui concerne la zone dunaire de l’écosystème des Niayes, comprenant 80% de la production maraîchère sénégalaise, a soulevé différents problèmes environnementaux (Ngaido, 2012). Même son de cloche noté dans le sud du pays, à Niafrang, en Casamance avec le promoteur australien ASTRON.

En Gambie, il a été constaté des dégâts écologiques causés par l’exploitation du zircon avec une destruction de leur écosystème (Elodie, 2015). En Mauritanie, il est accordé une importance majeure au Centre de Chami, pour l’orpaillage traditionnel. Sont utilisés par jour, 200 kg de mercure pour extraire quelques 20 à 30 kg d’or. En effet, les vents de Chami transportent les particules de sable, chargées de mercure, pour se déposer sur les vasières du Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) (PRCM, 2020).

En Afrique de l’Ouest, les EIE sur le continuum Terre-Mer, permettent de réaliser une accumulation de beaucoup d’informations que peu d’institutions nationales sont à même de réaliser. Trois questions majeures seront abordées dans ce travail doctoral : les méthodologies utilisées, les plans d’échantillonnage, les échelles spatio-temporelles adoptées, l’interprétation des résultats et les restitutions publiques lors du processus des EIE, se réalisent-ils toujours les règles de l’art ? Est-il possible de les optimiser pour le bien commun ? Les données issues de ces travaux sont-elles disponibles pour les institutions nationales ?

Au fil des années, de nombreuses critiques ont été formulées par les observateurs et divers comités d’étude concernant le manque de transparence du processus d’évaluation des ÉIE, les critères de sélection, la méthode de restitution publique mise en œuvre et la pertinence de l’information contenue dans les études d’impact (Coté, 2014; SIFE, 2018). Néanmoins, peu d’études et d’ouvrages se penchent sur la réalité de ces difficultés malgré le fait qu’elles soient au cœur même de l’efficacité de la protection de l’environnement dans un pays.  Ainsi, sur le continuum Terre-Mer ou en milieu marin, de nombreuses lacunes sont notées comme par exemple : le choix des options basés sur des critères socio-économiques et non écologiques, la rareté des indicateurs mesurables et des prévisions quantitatives, la biodiversité évaluée en termes de populations et non d’effets sur les processus écologiques ou la diversité génétique (Radisson, 2018).

Pour être efficace, l’ÉIE a besoin d’un cadre précis et de procédures de suivi méthodiques. Souvent aucun des deux n’est clairement défini (PNUE, 2002). On observe, même parfois, l’oubli des conventions internationales qui engagent les pays.

L’objectif général de cette étude, qui se basera sur des études de cas Nord-Ouest Africain (e.g. Zircon et Or), est de (i) faire une analyse critique des méthodologies mise en œuvre, (ii) mener une réflexion sur la valorisation des données acquises au cours des EIE par les nationaux et (iii) d’étudier le processus de restitution des EIE appliquées à l’activité minière sur le continuum Terre-Mer (en milieu marin ou/et littoral).

L'équipe

Membres du Laboratoire

Collaborateurs

  • Pr Bienvenu SAMBOU, ISE (Institut des Sciences de l’Environnement), Sénégal.
  • Centre d’Excellence Africain Mines et Environnement Minier (MEM), Institut National Polytechnique Felix Houphouët–Boigny, Côte d’Ivoire
  • Centre émergent Mines et sociétés (CEMS), Institut Supérieur des Mines et Géologie de Boké, Guinée
  • Dr Adama MBAYE & Dr Saliou FAYE, ISRA-CRODT (Institut Sénégalais de Recherche Agricole – Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye), Sénégal.
  • Dr Guillaume Constantin de Magny UMR Mivegec (IRD, CNRS, Université Montpellier), France
  • Dr Denis Bailly, UMR Amure (UBO, CNRS, Ifremer), France