Traitement et analyse de données bioacoustiques dans l’océan Indien austral

Maëlle Torterotot

Jean-Yves Royer

Flore Samaran (Lab-STICC)

Jusque dans les années 1970, la chasse baleinière a décimé les populations de baleines à fanons, principalement pour leur graisse, utilisée comme combustible pour l’éclairage urbain. Proies prisées en raison de leur taille, les baleines bleues ont été particulièrement touchées.

L’effectif restreint des populations de ces grandes baleines, la dimension de leurs aires de répartition et le comportement discret des individus ne facilitent pas leur étude. Pour s’adapter à leur milieu, dans lequel la visibilité et la lumière sont limitées, mais où les ondes acoustiques se propagent vite et loin, les mammifères marins ont développé une activité vocale élevée. C’est pourquoi l’acoustique passive est un outil phare pour étudier ces animaux.

Mes travaux de thèse se fondent sur des enregistrements acoustiques collectés depuis plusieurs années par deux réseaux d’hydrophones quadrillant l’océan Indien austral. Le premier, DEFLO-HYDRO, mis en place de fin 2006 à début 2008, comportait 3 sites d’écoute. Le deuxième, OHASISBIO, installé fin 2009, est toujours en fonction à ce jour. Selon les années, il comporte de 5 à 9 sites. Les hydrophones enregistrent en continu à une féquence déchantillonnage de 240 Hz.

Les premières études systématiques de ces enregistrements acoustiques ont déjà permis de tracer les patrons des mouvements géographiques et saisonniers de la baleine bleue Antarctique (Leroy et al., 2016). L’objectif de mes travaux de thèse est de poursuivre ces analyses sur les autres espèces présentes dans l’océan Indien austral, notamment sur les baleines bleues pygmées. Tout d’abord, le dénombrement systématique de leurs chants sur l’ensemble de données disponibles (8 ans sur 5 à 9 sites) nécessite la mise au point d’un algorithme de détection automatique. Appliqué aux données disponibles, cet outil permettra dans un premier temps de définir les patrons saisonniers de présence des baleines bleues pygmées aux différents sites à partir de la détection de leurs cris stéréotypés. Dans un deuxième temps, le détecteur sera appliqué à la détection de sons sociaux des baleines bleues, appelés D-calls, dont il existe peu d’études systématiques et pluriannuelles. Une analyse de répartition géographique, saisonnière et nycthémérale semblable à celle effectuée pour les cris stéréotypés apporterait une vision plus complète de l’occupation de l’océan Indien par les baleines bleues. Une étude complémentaire permettrait de mieux caractériser les variations de ces cris sur une longue période temporelle et sur un vaste territoire. Enfin, une mise en relation de la pésence des vocalisations de baleines bleues avec des donées environnementales est pévue. Le jeu de données disponibles est particulièrement intéressant pour aborder ces questions, car il couvre plusieurs cycles saisonniers et une zone géographique de dimension conséquente où au moins quatre sous-espèces de baleines bleues sont présentes.

Figure : Mise à l’eau d’un hydrophone dans l’océan Indien.

Mots clés :

Acoustique passive, bioacoustique, détection automatique, baleines bleues

2020

DMR