The Messinian Ebro River incision

La crise de Salinité Messinienne (5.97-5.33 Ma), jalon majeur au sein de l’histoire Méditerranéenne, est au cœur de notre étude : la chute drastique du niveau marin, via la fermeture temporaire de ce qui était à cette époque le détroit de Gibraltar, va entraîner une érosion régressive de l’ensemble des systèmes fluviatiles avec le rejet en mer des sédiments érodés. Ainsi le canyon Messinien du Rhône est cartographié à terre sur plus de 480km en amont de son embouchure Messinienne. Sur la péninsule Ibérique, cependant, les témoins terrestres du canyon de l’Ebre Messinien restent rares et ne dépassent pas la barrière montagneuse Catalane, distante de moins de 50 km depuis la côte actuelle.

Notre étude se focalise sur sa cartographie en mer et ses dépôts associés, grâce à un large set de données sismiques et de forages industriels. L’aire étudiée comprend les bassins Valence (peu profond), Minorque (intermédiaire) et Liguro-Provençal (profond), dont les zones de fractures Central et Nord-Baléare contrôlent leurs enfouissements différentiels au Néogène.

Notre étude identifie en mer le système fluviatile préservé Messinien de l’Ebre et ses dépôts détritiques associés. Nos résultats complètent les précédentes interprétations et mettent en lumière un système fluviatile incisé associé à des dépôts détritiques. Depuis les contreforts de la chaîne Catalane jusqu’à son embouchure, située à la transition entre les bassins de Valence et Minorque, notre étude exhume un système fluviatile long de plus de 270 km et de même ordre de grandeur que le fleuve Messinien du Rhône.

La présence de nombreux sauts topographiques lors de l’événement Messinien, associé à une chute drastique du niveau marin relatif, a contrôlé la mise en place des dépôts Messinien et le réseau fluviatile associé. Ces seuils jouent un rôle prépondérant dans l’érosion régressive du fleuve de l’Ebre Messinien en limitant son extension à terre et au contraire en déportant son érosion en mer, au sein du bassin actuel de Valence, à l’inverse des fleuves Messinien du Rhône et du Nil.

Ainsi, non seulement la localisation de l’embouchure du fleuve, témoin du plus bas niveau marin lors du paroxysme de la crise, suggère une chute marine maximale de l’ordre de – 1100 m par rapport au niveau marin actuel, mais cette étude confirme l’ouverture du bassin de l’Ebre à la Méditerranée au moins lors du paroxysme de la Crise.

Global and Planetary Science, v. 181
1 octobre 2019