Séminaire d’Elisabeth POZZO DI BORGO (UMR 1114 INRA-UAPV EMMAH, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)

Perturbations magnétiques/électromagnétiques en lien avec la survenue de séismes

elisabeth.pozzo-di-borgo@univ-avignon.fr

A chaque tremblement de Terre important se repose la question de sa prédiction. Si les travaux des scientifiques ont permis de définir des zones à risque et d’identifier certains des signes précurseurs des séismes, leur localisation exacte, la date de leur survenue ou leur magnitude résistent à toute prédiction.

Les travaux menés dans le Laboratoire Souterrain à Bas Bruit (LSBB) de Rustrel permettent d’envisager le problème sous un angle inédit à travers des mesures de champ magnétique réalisées dans des conditions tout à fait particulières. Le laboratoire est issu de la reconversion d’un site militaire, vestige de la guerre froide, conçu pour résister à une attaque nucléaire. De ce fait, il a hérité de conditions environnementales exceptionnelles, tant sur le plan anthropique que mécanique, radiatif, thermique et électromagnétique. Ces conditions font du LSBB une infrastructure de recherche unique au monde pour le développement d’expériences, d’observations et d’instrumentations ultra-sensibles multidisciplinaires en géophysique, géologie, physique, astrophysique, science du vivant, santé, métrologie.

Dans ce contexte, la conjonction d’un magnétomètre à technologie SQUID dans une chambre blindée, abritée sous 500 m de couverture rocheuse, constitue un moyen d’investigation d’une sensibilité inégalée. Ce système est dédié à l’observation permanente des perturbations du champ magnétique dans la bande des ultrabasses fréquences (mHz à 30 Hz). Cette combinaison indissociable entre l’instrument et son environnement, baptisée [SQUID]² pour SQUID in a Shield QUalified for Ionosphere Detection, permet bien entendu d’accéder aux évolutions circadiennes du champ magnétique terrestre ainsi qu’aux perturbations ponctuelles d’origine solaire, comme les orages magnétiques ou les pulsations Pc. Il a également permis d’identifier des couplages Terre Solide-Atmosphère-Ionosphère engendrés par exemple par les modes de respiration du globe et détectés pour la première fois par voie magnétique.

On se propose ici d’explorer les signatures de phénomènes localisés à différentes altitudes susceptibles d’engendrer ces couplages avec une attention particulière pour les oscillations spontanées de la mésopause sous l’effet de l’activité sismique et d’aborder la mise en évidence d’éventuels précurseurs électromagnétiques.

Des collaborations sont actuellement en cours avec l’Afrique du Sud et la Turquie afin d’implanter un réseau de magnétomètres supraconducteurs qui pourrait permettre, à terme, outre de mieux appréhender les mécanismes de couplages, de localiser ces perturbations et de les utiliser en complément des systèmes d’alerte existants.