Les invasions biologiques

Les impacts écologiques des espèces aquatiques envahissantes sont une préoccupation croissante pour la gestion des zones côtières et la conservation. Les côtes françaises Manche-Atlantique ne font pas exception, principalement en raison des pratiques de navigation internationales et de l’aquaculture. La France constitue même le pays européen le plus colonisé par des espèces introduites de macroalgues. L’analyse coûts-avantages de la gestion des invasions n’est pas simple alors même que l’exploitation de plusieurs ressources vivantes est basée sur les caractéristiques invasives de ces espèces (comme par exemple les mollusques et les macrophytes en aquaculture). L’huître Crassostrea gigas est considérée comme une espèce nuisible dans la mer de Wadden ou en Australie, où elle supplante les huîtres indigènes, alors qu’elle fait l’objet d’une exploitation majeure en France dans le même temps. En outre, il existe de nombreux cas historiques montrant qu’une invasion initialement « sous contrôle » ne l’est pas nécessairement de manière permanente, même après plusieurs décennies. Comprendre les interactions entre les activités humaines, le fonctionnement des écosystèmes et les changements globaux est donc essentiel en vue d’établir de nouvelles options de gestion. De nouvelles approches doivent être élaborées pour prévenir toute
introduction involontaire et limiter les effets secondaires des invasions en cours.

Les impacts des changements globaux en cours ne prêtent pas à l’optimisme. Ainsi, la côte atlantique française est confrontée à au moins trois changements environnementaux majeurs :
● la température annuelle moyenne de l’eau de mer augmente régulièrement (environ 1,5°C au cours des 25 dernières années),
● il y a une tendance positive très nette de l’Oscillation de l’Atlantique Nord (NAO),
● il est observé une baisse drastique des apports d’eau douce due au changement climatique et aux modifications concomitantes des activités humaines sur les bassins versants (e.g. l’augmentation de l’irrigation pour l’agriculture).

La « marinisation » des estuaires à proximité des ports conduit à une augmentation des risques potentiels d’invasion par de nouvelles espèces marines, tandis que le réchauffement climatique favorise l’établissement d’espèces subtropicales exotiques (par exemple les dinoflagellés nuisibles des genres Ostreopsis et Gambierdiscus dans le golfe de Gascogne). Par définition, les espèces
envahissantes sont capables de s’adapter à leur nouvel environnement et sont les mieux placées pour faire face aux changements globaux. Qu’en est-il des espèces indigènes qui ne sont pas habituées à de tels changements environnementaux ? Bien que le changement climatique soit progressif, toutes les espèces (indigènes et envahissantes) vont-elles s’adapter ou allons-nous observer une homogénéisation de la flore et de la faune à l’échelle mondiale ?