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Et si le littoral avait une influence sur l'urbanisation ou vice - versa ?

Depuis toujours le littoral est habité pour des raisons pratiques (attractivité autour des ressources naturelles) ou de loisirs (villégiature). Son urbanisation a cependant considérablement augmenté pendant la seconde moitié du XXe siècle.

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Nombre de pays, dont la France, ont mis en place des lois de protection du littoral, de ce fait de multiples études ont été menées fin XXe - début XXIe siècle concernant l’impact de l’urbanisation sur des côtes potentiellement fragiles. En revanche peu d’études ont été menées à propos de l’effet du littoral sur l’urbanisation, celui-ci apparait cependant essentiel pour permettre d'améliorer la compréhension du développement urbain. En effet prédire les zones potentielles où l’urbanisme risque d'être important, permet de réaliser des plans de conservation et de protection des littoraux vulnérables.

Cet article s'intéresse particulièrement à l’influence du littoral sur l’urbanisation, il est considéré à la fois comme facteur attractif (infrastructures, aménagement... etc.) mais aussi contraignant (législation afférente). L’étude a été menée sur les côtes nord finistériennes de 1968 à 2008 (période marquée par la mise en place de la loi "Littoral" en 1986) et subdivisée en 5 sous-périodes (1968-1975, 1976-1982, 1983-1990, 1991-1999, 2000-2008). L'objectif en est l'élaboration d'une base de données intégrant d'une part les facteurs qui influent sur la construction résidentielle des terrains libres mais aussi l'analyse de l’évolution spatio-temporelle de l’urbanisation durant la période définie.

Afin de guider l’étude, 3 hypothèses sont avancées :  hypothèse1 : La proximité au littoral est un facteur important qui accroit la probabilité de construction d’une parcelle ;  hypothèse 2 : les parcelles localisées au plus près de la côte étant plus rares, sont également plus petites afin d'en augmenter le nombre ; hypothèse 3 : l’attractivité du littoral a diminué avec la mise en place graduelle de la loi "Littoral". L'analyse est réalisée en quatre étapes pour tester in fine ces hypothèses

Au début de toute période :

- Le statut de chaque parcelle (disponible ou construite) est évalué à partir des données disponibles (plan cadastral informatisé) et d’un Système d’Information Géographique Temporel (TGIS).

- Puis les caractéristiques des parcelles disponibles sont déterminées, il s'agit de variables indépendantes telles que: la distance au littoral, l’accessibilité à des centres urbains, la proximité d’un axe routier important, d’un établissement scolaire, d’autres habitations, les contraintes techniques (pente) ainsi que la taille de la parcelle. Une, voire deux valeurs de référence sont choisies pour chaque caractéristique (par ex. : pour la taille du terrain la valeur de référence est 3000m2 et plus).

- Des filtres géographiques sont par la suite appliqués sur les parcelles disponibles. Ils permettent d’écarter les terrains déjà utilisés (terres agricoles, cimetière, base militaire… etc.), les terrains présentant un risque naturel et/ou réglementés pour préserver l’environnement et organiser l’urbanisation ( par ex. : zones d'intérêt naturel protégées).

A la fin de chaque période

- Des modèles régressifs (ici un modèle de régression logistique binaire transversal) de développement résidentiel sont réalisés sur chaque parcelle disponible. Ils ont pour finalité de tester l’importance de plusieurs catégories de variables indépendantes (distance au littoral,... etc.) en augmentant la probabilité qu’un terrain disponible se développe. Il est ainsi possible de calculer un rapport de cote (rapport du nombre de parcelles ayant la valeur de référence sur le nombre qui ne l'a pas) pour chaque valeur de référence. Les résultats bruts sont présentés sous forme de tableaux, à partir desquels les réponses aux hypothèses sont extraites et des cartes probabilistes réalisées (cf. fig. 1).

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Fig. 1: Carte d’évolution des probabilités qu’une maison soit construite sur un terrain à Plougonvelin (1968-2008)

 

La proximité de la côte est-elle un facteur important pour la construction d’une maison ?

En Pays de Brest, entre 1968 à 2008, le développement urbain a été plus important dans les 300 mètres proches de la côte (cf. fig. 2). Cependant, à partir de 1983-1990 il existe une baisse du développement des constructions dans les 100 premiers mètres du littoral. Cette diminution importante est liée à la mise en place de la loi "Littoral" dont les effets se font ressentir pendant les trois dernières sous-périodes. Par ailleurs le développement urbain sur l’ensemble du littoral brestois diminue de manière significative depuis 1999 avec la mise en place de loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) et en particulier des outils de planification urbaine appliqués : Plan Local d’Urbanisme (PLU) et Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT). Ainsi la distance au littoral apparait comme un facteur très important du développement urbain mais la probabilité qu’une maison soit construite, diminue depuis la mise en place des lois de régularisation du littoral.

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 Fig. 2 : Rapport de cote de construction résidentielle en fonction de la distance au littoral (1968-2008)

Les parcelles constructibles sont-elles plus petites ?

De 1968 à 1999, la taille moyenne des terrains constructibles reste la même très près de la côte (à moins de 300 m) ou dans l’arrière littoral (à plus de 300 m) (cf. fig. 3). A partir de 1999, les parcelles bâties à proximité directe du littoral sont globalement les plus grandes, contrairement à l’hypothèse formulée initialement. Ceci confirme que la rareté du foncier littoral n'est pas la cause restrictive de la construction résidentielle.

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 Fig. 3 : Rapport de cote de construction résidentielle en fonction de la taille du terrain à plus et moins de 300 m du littoral

L’attractivité du littoral a-t-elle diminué depuis la mise en place de la loi "Littoral" ?

Dans le Pays de Brest l’attractivité des communes littorales est restée stable de 1968 à 2008 (à l’exception de 1973) et plus forte que l’attractivité de la métropole. On observe une diminution progressive du développement de la construction à moins de 100 m des côtes. Les résultats suggèrent que la mise en place progressive des dispositifs de réglementation urbaine sur le littoral après l'an 2000, a ralenti de manière tangible le développement de l’urbanisation et diminué ainsi son attractivité.

Cette étude démontre l’utilité et l’intérêt de combiner des bases de données à de la modélisation statistique afin d’évaluer l’impact des lois de régularisation et d’optimiser le développement urbain. Outre l’aspect méthodologique, elle démontre également l’efficacité des lois de régularisation de l’urbanisation (loi "Littoral", loi SRU) pour ralentir le développement urbain sur les côtes bretonnes. Par ailleurs ce type d’étude revêt aujourd’hui un intérêt majeur car l’exposition des côtes au risque de submersion s'avère de plus en plus importante.

Médiation scientifique

Assurée par Marie Bidault, doctorante de l'École Doctorale des Sciences de la Mer (EDSM - Université de Bretagne Occidentale), en 1ère année de thèse au sein du Laboratoire Domaines Océaniques (LDO- UMR 6538). 

A partir de :

L’article original

Le Berre, I., Maulpoix, A., Thériault, M., & Gourmelon, F. (2016). A probabilistic model of residential urban development along the French Atlantic coast between 1968 and 2008. Land Use Policy50, 461-478. doi.org/10.1016/j.landusepol.2015.09.007

Les auteurs

Ce travail résulte d’une collaboration entre chercheurs du LETG-Brest Géomer (Littoral - Environnement - Télédétection – Géomatique, UMR 6554) de l’IUEM (Institut Universitaire Européen de la Mer) et de l’ESAD (École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional) de l’Université Laval à Québec (Canada).

La revue

Land Use Policy édité par Elsevier, est une revue internationale et interdisciplinaire qui permet d’échanger sur le social, l’économie, la politique et particulièrement sur l’utilisation des terres à des fins rurales et urbaines.

Contacts

Auteurs : consulter l'annuaire de l'IUEM
Bibliothèque La Pérouse : Suivi éditorial, rédaction, corrections et mise en page : Fanny Barbier

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