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Journal_CNRS_Mars_Av_2013.htm

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    n° 271 
mars-avril 2013 



le journal 



Actualités 

Culture 

Un réseau pour mesurer 
Gros plan sur l'année 

la radioactivité 
des Maths pour la Terre 


N°271Imars-avrIl2013 


Sommaire |3 




Éditorial 

par régIs réau,dIrecteurdel'INstItut de chImIedu cNrs 
La transition énergétique, l'un des grands enjeux sociétaux actuels, im­4 I5 L'essentiel 

Le point sur les nominations, les prix, les faits marquants… 
6 I7 L'événement 
La Semaine du cerveau se tient du 11 au 17 mars. Bernard Zalc, directeur du Centre de recherche de l'institut du cerveau et de la moelle épinière, évoque les derniers progrès de la science. 
14 I16 En images 
Sous la banquise, l'écosystème marin est étudié pour prédire les effets du changement climatique. 
17 I Décryptage 
Certains insecticides nuisent aux abeilles. Gérard Arnold, qui a cosigné le premier rapport approfondi pointant le risque de certaines molécules pour les abeilles, analyse les récents avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments. 
18 I19 Le grand entretien 
La chercheuse Sophie Duchesne publie une enquête sur les citoyens et l'Europe. Celle-ci inaugure un nouveau type de banque de données pour les sciences sociales. 
37 I Un jour avec… 
philippe Gaucher, directeur technique en Guyane. 
38 I42 Culture 
Livres, expositions, films… La sélection de la rédaction. 
43 I Sur le vif 
Les coulisses étonnantes d'une photo de science. 

DR 
© P. PSAïLA © j-B EPRoN
plique le passage de l'utilisation quasi ex­clusive des énergies fossiles à un bouquet riche en énergies renouvelables. Cette tran­sition pose de très grands défis scientifiques et technologiques. En effet, on sait produire de l'électricité, de la chaleur et de l'hydro­gène, mais stocker efficacement ces trois formes d'énergie reste problématique. Or ce point conditionne la viabilité des éner­gies intermittentes (éolienne, solaire…) dans le bouquet énergétique. Augmenter les rendements et contrôler les échelles du temps de stockage sont ainsi des priorités pour la recherche, qui se doit de relever ces défis d'une manière économiquement viable dans un contexte de forte compéti­tion internationale. Vous découvrirez dans ce numéro de CNRS Le journal les grands axes de re­cherche développés pour le stockage de l'énergie et les dernières découvertes d'équipes CNRS de différentes disciplines. Ces exemples montrent que les ruptures scientifiques et technologiques provien­nent le plus souvent de recherches pluri­disciplinaires permettant une synergie des savoir-faire des chercheurs acadé­miques et industriels. Un exemple emblématique y est présenté : le Réseau sur le stockage électrochimique de l'énergie (RS2E). Créé à l'initiative du CNRS et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, celui-ci per­met à tous les partenaires français acadé­miques et industriels de travailler dans une logique de collaboration rationnelle et sti­mulante dans un domaine très compétitif. L'objectif de ce réseau est simple et ambi­tieux : structurer la recherche pour faire de la France un leader mondial dans ces tech­nologies d'avenir, en assurant dialogue et coopération entre chercheurs académiques et industriels tout au long des recherches et du processus de développement. 


© B. GoMEZ/CNRS PhotothèquE 


cespictogrammes indiquentuncontenu(texte,photo,vidéo ouaudio)àvisionnerouàécoutersurlejournalfeuilletableenligne. >www2.cnrs.fr/journal 



Deux milliards d'euros 
pour le cerveau et le graphène 
L
es projets internationaux Human Brain Project et Graphene, auxquels partici­pent les équipes du CNRS, ont été sélec­
tionnés par la Commission européenne 
comme les deux premiers FET (future and 
emerging technology) Flagships, des pro­
grammes de recherche d'une ampleur sans 
précédent, dotés chacun d'un milliard d'euros, 
et d'une durée de dix ans. 

Human Brain Project est coordonné par 
l'École polytechnique fédérale de Lausanne 
(EPFL). Son objectif : comprendre le cerveau 
humain et le reconstituer, pièce par pièce, dans 
des simulations informatiques. La France coor­
donne trois axes du projet : la théorie des ré­
seaux neuronaux (Alain Destexhe, CNRS), les 
neurosciences cognitives (Stanislas Dehaene, 
Collège de France, Inserm, CEA) et les aspects 

Jean Jouzel, 

premier français à 


éthiques (Jean-Pierre Changeux, Collège de France, Institut Pasteur). 
Le projet Graphene, lui, approfondit les ap­plications du graphène, un matériau aux pro­priétés extraordinaires. Il sera coordonné par l'université de technologie suédoise Chalmers. Recevant 14,1 % du budget, l'Hexagone se situe au premier rang des pays partenaires pour la phase de lancement du projet. Quinze labora­toires français, dont onze unités du CNRS, figu­rent dans le consortium. Autres Français impli­qués : le coordinateur de l'axe Énergie (Étienne Quesnel, du CEA-Liten) et le coordinateur ad­joint de l'axe Santé et Environnement (Alberto Bianco, du CNRS). L'équipe dirigeante sera as­sistée d'un conseil consultatif d'orientation stra­tégique auquel participent le Prix Nobel Albert Fert et des représentants d'Airbus. 

Deuxnouveauxdirecteurs d'instituts au CNRS 
© CNRS SECtEUR AUDIoVISUEL DE LA DéLéGAtIoN PARIS MICHEL-ANGE © C. FRéSILLoN/CNRS PHototHèQUE 


wStéphanie Thiébault devient directrice de l'Institut écologie et environnement (Inee). Elle wJean Jouzel, du Laboratoire des sciences du climat et de 

recevoir le prix Vetlesen 
en était jusqu'à présent directrice adjointe. Entrée 
l'environnement (LSCE)1, a reçu le prix Vetlesen 2012 pour ses 
au CNRS en 1988, cette archéobotaniste a été 
travaux sur les glaces polaires et le climat. Décernée tous les 
médaillée d'argent en 2008 pour ses travaux sur les 
quatre ans depuis 1959 par la Fondation américaine Vetlesen, 
dynamiques de végétation, fondés sur l'analyse des 
cette prestigieuse récompense est considérée comme le 
© J.-F. DARS

charbons de bois issus de sites archéologiques 
« Nobel des sciences de la Terre et de l'Univers ». Elle s'ajoute 
remontant jusqu'à la Préhistoire. Elle a aussi 
à une liste déjà longue de distinctions, dont la médaille d'or 
présidé la section « Hommes et milieux : évolution, 
du CNRS en 2002. Directeur de recherche au CEA, Jean Jouzel est membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) depuis plus de vingt ans et participe 
activement à la diffusion 

des résultats de recherches sur le réchauffement climatique. Toujours rattaché au LSCE, dont il fut directeur adjoint, il a également dirigé l'Institut Pierre-Simon Laplace, qui fédère les laboratoires de la région parisienne travaillant sur le climat et l'environnement. Il est le premier lauréat français à recevoir le prix Vetlesen. 
1. Unité CNRS/CEA/UVSQ. 
interactions » du Comité national de la recherche scientifique. Elle succède à Françoise Gaill. 
wJean-Yves Marzin est le nouveau directeur de l'Institut des sciences de l'ingénierie et des systèmes (Insis). Directeur de recherche de classe exceptionnelle du CNRS, spécialiste des semi-conducteurs, il a rejoint l'organisme en 1996. Il y a dirigé le Laboratoire de microstructures et de microélectronique jusqu'en 2001, puis a contribué à la création du Laboratoire de photonique et de nanostructures qu'il a dirigé jusqu'en 2011. 


Auteur ou coauteur de plus de 80 publications, il a reçu en 1990 le prix Ancel de la Société française de physique et, en 2006, les Palmes académiques. Il remplace Claudine Schmidt-Lainé, nommée recteur de l'académie de Rouen. 
n° 271 I MArs-AvrIL 2013 

L'essentiel |5 

q catherine Bru-chevallier, directrice de l'InL(à g.) areçu le trophée des mains deroger Genet (à d.), directeur général pourlarechercheetl'innovation au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche. 


Bourses erC 2012 : L'INSTITUT DES 



le CNRS prend la première place 
wL'appel à propositions « Chercheurs confirmés » 2012 du Conseil européen de la recherche (ERC) vient de distinguer 302 projets. 

NANoTECHNoLoGIES RÉCoMPENSÉ 
wL'Institut des nanotechnologies de Lyon (INL)1 s'est vu décerner le Trophée INPI de l'innovation 2012 dans la catégorie Centre de recherche. L'INL consacre ses recherches à l'émergence des micro et nanotechnologies dans des secteurs aussi variés que les matériaux, l'électronique, la photonique, le photovoltaïque, 

Geneviève Almouzni, femme de science 2013 
wGeneviève Almouzni, directrice de recherche au CNRS, directrice de l'unité 
© INPI 
© P. LoMBARDI/INStItUt CURIE 

Dynamique nucléaire et plasticité du génome1 et directrice déléguée à l'enseignement 
du Centre de recherche de l'Institut Curie, 
est lauréate du prix 2013 Femmes de science. Décerné par deux prestigieuses organisations 

européennes, l'organisation européenne de biologie moléculaire (EMBo) et la Fédération des sociétés européennes de biochimie, il récompense ses recherches sur la chromatine et les 

les biotechnologies ou la santé… Ce prix 
Parmi eux, 39 sont hébergés dans 
histones ainsi que son 

récompense l'utilisation, par ses équipes, 
l'Hexagone, dont 14 au CNRS. 
engagement permanent 

de la propriété industrielle comme 
L'organisme se place ainsi 
pour la promotion de 
une véritable stratégie. 
une nouvelle fois en tête 

1. CNRS/Insa Lyon/Université de Lyon-I/ 
des structures européennes école centrale de Lyon/CPE Lyon. 
l'épigénétique en France. 
1. Unité CNRS/Institut Curie. 
récompensées, devant l'École polytechnique fédérale de Zurich (12 lauréats) et la Société Max-Planck (8 lauréats). Avec 33 lauréats, il occupait déjà la première place des bourses ERC 2012 pour les jeunes chercheurs, attribuées en septembre 2012. Les 302 lauréats se partageront un fonds de 680 millions d'euros, destiné à soutenir des thématiques novatrices. 



Le CNRS et l'Inra renouvellent leur convention-cadre de coopération 
wLe CNRS et l'Inra ont signé, le 10 janvier 2013, une convention-cadre de coopération, pour une durée de sept ans. Cette convention vise à préciser, actualiser et simplifier les modalités d'une coopération ayant déjà fait l'objet de deux accords signés en 1995 et en 2003. Les deux organismes de recherche collaborent dans plusieurs domaines relevant des sciences du vivant, de l'environnement et l'écologie, des sciences de l'ingénieur et de la chimie, ainsi que des sciences humaines et sociales. outre les différentes formes de collaboration scientifique, la nouvelle convention aborde les questions de propriété intellectuelle et met en place un comité de coordination qui assurera le suivi annuel de cette coopération. 

d'ensembles rapprochant, sans les confondre, les grandes écoles et les universités. » 
1. 
Unité CNRS/UPMC/ENS/Collège de France. 

2. 
Le projet de loi en cours sur l'enseignement supérieur et la recherche. 




François Hollande visite le Laboratoire Kastler-Brossel 
wLe président de la République, François Hollande, a participé, le 4 février dernier, à une cérémonie en hommage au Prix Nobel de physique, Serge Haroche, au Laboratoire Kastler-Brossel (LKB)1, à Paris, où le chercheur a effectué ses découvertes sur les photons (lire aussi page 30). En présence notamment de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso et du président du CNRS, Alain Fuchs, 

le chef de l'État s'est prononcé en faveur d'un « décloisonnement » des structures de la recherche. Face à un système qu'il qualifie de « trop complexe », François Hollande a estimé : « On peut ajouter en permanence des strates aux strates, des structures aux structures. Il faut simplifier. » 
Pour le président de la République : 
« L'un des enjeux majeurs du projet de loi2 sera donc de faciliter la constitution 
© P. IMBERt/CoLLèGE DE FRANCE 


| L'événement 
SemaineducerveauBernardZalc,directeurduCentrederecherchedel'institut 
ducerveauetdelamoelleépinière(CRICM),faitlepointdesdernièresavancéesdela 
recherchesurlespathologiesdusystèmenerveux. 



Les pistes pour endiguer 
lesmaladiesneurologiques 

Par ÉmILIE bAdIn 
01 
Du 11 au 17 mars, la Semaine du cer­veau va témoigner du vif intérêt que le public porte aux recherches sur les maladies neurologiques, telle la mala­die d'alzheimer. Quelles sont les pistes pour lutter contre cette patho­logie qui devrait toucher deux millions de Français en 2020 ? Bernard Zalc : Aujourd'hui, on pose le diagnostic de cette maladie neurodégéné­rative très tardivement, lorsqu'un pour­centage élevé de neurones sont déjà dé­truits, réduisant d'autant les chances de succès d'une intervention thérapeutique. Un objectif général est donc de mettre au point des techniques de diagnostic plus précoce. Au CRICM, par exemple, nous élaborons des méthodes basées sur des prélèvements biologiques et de l'imagerie (IRM) de l'hippocampe. Tout l'enjeu consiste à distinguer, parmi les patients qui consultent pour des pertes de mé­moire légères, les individus indemnes de ceux qui ont déjà développé la maladie, toutefois nous n'en sommes qu'aux pré­mices. Nous avons des résultats, mais ils sont encore trop éclectiques (les uns issus de l'imagerie, les autres de tests sanguins ou psychologiques…). Afin de leur don­ner un sens prédictif, nous développons des logiciels adéquats : c'est ce que l'on appelle une approche multimodale. 
Comment, ensuite, ralentir le proces­sus de dégénérescence ? 
B. Z. : Dans les années 1990, plusieurs groupes à travers le monde ont montré que, contrairement à ce que l'on pen­sait jusqu'alors, les cellules souches sont capables de générer de nouveaux neurones tout au long de notre vie. L'espoir consiste donc à stimuler ces 

UNE FigUrE DE ProUE DES NEUroSCiENCES 
et la recherche fondamentale à laquelle nous accordons une grande importance, précise le responsable. Cela implique une compréhension des mécanismes mis en jeu, et se traduit aussi par le développement de modèles expérimentaux de maladies neurologiques. Mais la proximité des patients influence de façon majeure nos projets de recherche, par les données cliniques et biologiques mises à notre disposition et la richesse des prélèvements biologiques conservés dans nos banques de tissus, d'ADN et de cellules. » 

Créé en 2009, le Centre de recherche de l'institut du cerveau et de la moelle épinière (CRICM) rassemble aujourd'hui près de 500 personnes, soit 22 équipes, qui tentent de mieux comprendre notre cerveau et ses pathologies. 
« À l'origine, nous voulions regrouper les 11 unités mixtes du site de la Pitié-Salpêtrière, spécialisées en neurosciences, en un seul et même institut, 
explique Bernard Zalc, directeur du CRICM. La motivation était financière, avec la mise en commun de nos équipements, mais nous avions aussi à cœur de réunir des équipes qui échangeaient finalement assez peu sur leurs travaux respectifs. C'est compréhensible : les différents labos étaient localisés dans 12 bâtiments dispersés sur les 32 hectares du site de la Salpêtrière ! » En 2005, à l'initiative d'Yves Agid et Gérard Saillant, l'AP-HP a alors accepté que se construise, sur le site de la Salpêtrière, un bâtiment spécialement dédié aux recherches en neurosciences. 
« Le fait que notre centre soit établi au cœur d'un hôpital facilite les allers-retours entre la recherche appliquée 

©photoS:C.fRéSIllon/CnRSphotothèque 
cellules souches afin qu'elles remplacent les neurones dé­truits, et cela, même à un âge avancé. L'autre voie est, en comprenant les mécanismes responsables de la mort neu­ronale, de parvenir à les stopper, afin d'enrayer l'évolution de la maladie. Mais nous n'en sommes encore qu'au stade des manipulations cellulaires in vivo. Les protocoles cli­niques restent encore à développer. 
Vos équipes ont contribué de façon significative à identi­fier de nombreux gènes impliqués dans certaines formes de la maladie de Parkinson et dans la sclérose en plaques. avez-vous aussi développé des méthodes cliniques pour contrecarrer les effets de ces maladies ? 
B.Z. : Pour contrer les mouvements anormaux induits par la maladie de Parkinson, nous développons une technique appelée « stimulation cérébrale profonde ». En plaçant dans le cerveau des électrodes réglées à une certaine fré­quence, on peut réduire les tremblements. Cette approche thérapeutique se développe aussi dans le domaine neuro­psychiatrique et une de nos équipes a été la première à tester avec succès cette technique dans les troubles obses­sionnels compulsifs (TOC). Plusieurs équipes travaillent 

02 
03 

01 Préparation d'un cerveau de souris qui sera congelé puis coupé en tranches d'une dizaine de micromètres d'épaisseur. 02 Avec pince et scalpel, d'autres coupes sont disséquées pour en extraire une région contenant des cellules souches. 03 ces cellules sont ensuite observées au microscope à fluorescence. 
stimuler la production des cellules qui synthétisent la gaine de myéline. 
Malgré plusieurs décennies de re­cherches cliniques et théoriques, le pronostic vital des patients atteints de certaines tumeurs cérébrales ne s'est pas beaucoup amélioré. Comment l'expliquez-vous ? 
B. Z. : C'est vrai. Les chirurgiens savent aujourd'hui très bien pratiquer une exérèse, c'est-à-dire ôter la tumeur, mais celle-ci récidive trop souvent, car on ne sait pas éradiquer les cellules souches tumorales. Dans notre centre de recherche, les équipes de neuro­oncologie expérimentale travaillent particulièrement sur ce problème. Elles étudient les mécanismes qui transfor­ment une cellule saine en une cellule tumorale, et tentent de localiser les cel­lules souches tumorales. 
Qu'en est-il des maladies neuropsy­chiatriques, comme la schizophrénie par exemple ? Font-elles l'objet de re­cherches au CriCM ? 
B. Z. : En préambule, rappelons que le « traitement moral », amorce des ap­proches psychothérapeutiques mo­dernes, a été introduit par Philippe Pinel, médecin chef de La Salpêtrière (1795), qui a délivré les patients psychiatriques de leurs chaînes. L'évolution a conduit, en 1968, à séparer neurologie et psychia­trie en deux disciplines, dont on sait au­jourd'hui qu'elles sont intimement liées. Au CRICM, nous sommes conscients de l'importance du champ de recherche neuropsychiatrique. C'est un des défis que nous nous fixons pour l'avenir, avec les travaux expérimentaux portant sur la réalité virtuelle et aussi l'émergence d'une jeune équipe qui focalise ses re­cherches sur la physiopathologie des syndromes dépressifs. 
« Développée pour la maladie de Parkinson, la stimulation cérébrale profonde a été testée avec succès sur les TOC. » 
Un mot enfin sur les progrès de l'ima­gerie médicale, un enjeu transversal à toutes ces recherches ? 
B. Z. : Les avancées récentes de l'image­rie sont spectaculaires. Le CRICM est réputé pour la magnétoencéphalogra­phie (MEG), une technique qui avance à pas de géant. Elle est un très bon com­plément de l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et de l'IRM fonc­tionnelle, qui permet d'observer les zones du cerveau activées à la suite d'un stimulus. Si la résolution spatiale des examens par IRM est excellente, la ré­solution temporelle est médiocre : 1 à 2 secondes se passent entre le moment où la zone s'active et où l'on parvient à la localiser. C'est là qu'intervient la magnétoencéphalographie : elle permet de localiser, en une milliseconde (soit quasiment en temps réel), les zones sti­mulées grâce aux faibles champs ma­gnétiques que génère le cerveau en ac­tivité. Développer ce genre de technique reste indispensable pour une compré­hension fine de l'organisation et du fonctionnement du système nerveux. 
cOntAct : 
centre de recherche de l'institut du cerveau 
et de la moelle épinière, Paris 

Bernard Zalc 
> bernard.zalc@upmc.fr 


|
 
RubriqueActualités 

Nucléaire Crééen2011,leréseauBecquerelmonteenpuissanceentantque spécialisteneutreetcrédiblepoureffectuerdesmesuresetcontrôlerl'environnement. 
Lesexpertsde 
la radioactivité 
©B.Rajau/CNRsphotothèque 
©suBateCh 


PaR mAthIEU grOUssOn 

S
ujet politique, constamment alimenté par l'actualité, l'im­pact de la radioactivité sur l'environnement suscite tou­
jours autant de questions. Sur ce terrain 
sensible, sept laboratoires de l'Institut na­
tional de physique nucléaire et de phy­
sique des particules (IN2P3) du CNRS 
ont décidé de fédérer outils et savoir-faire 
en créant une plateforme nationale d'ana­
lyse de radionucléides et de dosimétrie. 
C'est le réseau Becquerel. 
Mis en place en 2011, ce réseau s'est 
affirmé en un an et demi d'existence 
comme un acteur reconnu de la mesure 
de la radioactivité auprès de tous les ac­
teurs de cette filière. Il offre par ailleurs 
RaDionucléiDES. 
Éléments chimiques radioactifs. 
DoSimétRiE. 
Mesure des doses de rayons ionisants 
auxquels un être 
vivant a été exposé. 

le positionnement du CNRS est neutre, argumente Patrick Chardon. La popula­tion est attachée à son objectivité, ce qui le rend absolument légitime pour des me­sures radiologiques dans l'environnement et dans le monde du nucléaire. » 
DES DEmanDES cRoiSSantES 

Certes, avant la mise en place du réseau, différents laboratoires répondaient déjà, indépendamment les uns des autres, à des demandes de mesures radiologiques. 
« Mais nous nous sommes rendu compte que leur nombre allait croissant, en parti­culier concernant le comportement des radionucléides dans la biosphère et les me­sures à très bas seuil », indique le scienti­fique. En cause ? La montée des préoccu­
pations sur les conséquences à long terme 
(ASN), dont les pouvoirs ont été renforcés, à diligenter des campagnes de mesures qui auparavant incombaient exclusive­ment aux exploitants. « D'où l'idée d'une offre globale jouant la complémentarité plutôt que la concurrence entre nos labo­ratoires », précise Patrick Chardon. 
Preuve du bien-fondé de l'offre ? Après un an et demi d'activité, le réseau reçoit des demandes d'expertises de l'en­semble des acteurs concernés par la question nucléaire: collectivités locales 
03 
aux chercheurs du CNRS une nouvelle façon de faire valoir leur expertise, et ouvre la perspective de nouveaux projets de recherche et de collaborations. « Dans le domaine des mesures radiologiques, les compétences des laboratoires du CNRS sont multiples, explique Patrick Chardon, au laboratoire Subatech1, à Nantes, et responsable du réseau Becquerel. Leur mise en réseau nous est apparue comme une opportunité de mettre ces compétences et ces moyens di­rectement à disposition de la société. » En effet ces équipes disposent d'un très large champ d'expertise. Elles savent du nucléaire ainsi que la loi de 2006 rela­tive à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire. Cette loi a conduit en particulier l'Autorité de sûreté nucléaire 

02 

étudier le comportement des radionucléides dans l'environne­ment, mettre au point des détecteurs en physique nucléaire et des particules. Elles maîtrisent aussi, à travers des protocoles rigoureux, la radioprotection des personnels du CNRS et la surveillance de l'environnement liée au fonctionnement de grands instruments tels les accélérateurs… 
Historiquement, les mesures radiologiques étaient essen­tiellement le fait de laboratoires d'exploitants du nucléaire, d'organismes de contrôle ou d'associations à caractère mili­tant. « Or dans les débats et controverses autour du nucléaire, 

À voir sur le journal 
en ligne à partir 
du 18 mars : 
un reportage vidéo 
sur le réseau Becquerel. 

©IphC 
n° 271 I mArs-AvrIL 2013 

Actualités |	9 

q Les compétences du réseau Becquerel sontvastes:recherche 

au JaPon, lES citoyEnS S'invEStiSSEnt 	de radioactivité dans l'environnement (01), 
Eux-mêmES DanS l'évaluation 
dansdesproduits 

importés duJapon(02), La catastrophe et du laboratoire mesures de Fukushima a fait naître international associé radiologiques un important mouvement « Protection humaine et à très bas seuil sur de défiance de la réponses au désastre, des matériaux (03), population japonaise soin intensif en sociétés 
contrôle d'anciennes 
mines d'uranium (04), ou évaluation 

envers les acteurs de industrielles ». Ainsi, grâce 
la filière électronucléaire aux mesures effectuées 
du milieu aquatique 

et les autorités. « Dans par les habitants, 
par prélèvement 

ce contexte, les initiatives le professeur Koyama 
de poissons (05). 

citoyennes pour Ryôta, du département l'information d'économie agricole de et la protection la faculté de Fukushima, de la population se sont a élaboré des cartes 

multipliées, notamment en ce qui concerne les mesures indépendantes de radioactivité », observe Cécile Asanuma-Brice, membre du Centre de recherches sur le Japon 

extrêmement précises des zones de radioactivité. Ce mouvement a contraint les autorités à fournir des données fiables de la répartition spatiale de la contamination. 
émetteurs alpha et bêta. L'Institut de physique nucléaire de Lyon dose le car­bone 14. Et la spectrométrie gamma in situ est réalisée par l'Institut pluridisci­plinaire Hubert­Curien, à Strasbourg, détaille Patrick Chardon. Tout cela il­lustre les synergies qui s'opèrent à travers le réseau. » Autres exemples ? La réalisa­tion de contrôles inopinés sur des instal­lations nucléaires pour le compte de l'ASN, ou les mesures radiologiques effec­tuées autour de la centrale du Blayais à la demande d'une association. « De fait, nous avons constaté que la robustesse de nos mesures n'est remise en cause par per­sonne », se félicite Patrick Chardon. 
DES tEchniquES DE PointE 

Si le réseau est expert en mesures de « routine », il propose également ses ser­vices pour des missions nécessitant des 
Patrick Chardon. Et peuvent par exemple déboucher sur la mise en place de thèses, en cotutelle avec des industriels. » 
Mieux : la « force de frappe » déployée par sept laboratoires en réseau permet de participer à des projets plus ambitieux. « Pour répondre à l'appel à projets post­Fukushima de l'ANR, nous avons mobilisé le réseau et les équipes de recherche asso­ciées. Nous avons aussi pu y intégrer un volet dans le domaine des sciences hu­maines et sociales, sur les thématiques de l'acceptation par les populations locales des activités de remédiation », sou­ligne Patrick Chardon. 
Face à l'intérêt du réseau, ses acteurs ont décidé d'étendre son offre. Ils espè­rent ainsi proposer avant la fin de l'année, en plus de l'activité de mesures, un volet analyse et interprétation. Le réseau sera alors en mesure d'instruire l'ensemble 


développements scientifiques et tech-d'un dossier transmis par les autorités de niques de haut vol. Ainsi, fin décembre sûreté. Et pourra devenir un acteur de 2012, plusieurs plateformes du réseau ont premier plan des débats sur le nucléaire 
©IphC 


(mairies, départements, régions…), au­torités de contrôle (Autorité de sûreté nucléaire, Direction des affaires sanitaires et sociales, Direction régionale de l'indus­trie, de la recherche et de l'environnement, Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement…), professionnels utilisant des éléments radioactifs (comme les hôpitaux), ou 
signé un marché-cadre avec EDF pour la réalisation de l'inventaire radiologique précis de toutes ses centrales en démantè­lement. « L'histoire radiologique de l'en­semble des installations concernées est parfois mal connue, et des mesures diffi­ciles devront être réalisées. Ce type de pro­jets qui nécessitent le concours de plusieurs laboratoires et la capacité d'innover font 
dans l'Hexagone. 
1.unitéCNRs/ÉcoledesminesdeNantes/ universitédeNantes. 
REméDiation. 
Processus de réparation mené à l'aide de diverses techniques. 

exploitants (EDF, Andra, Areva…) et tout l'intérêt du réseau », analyse le cher-


associations antinucléaires. «Le recours à la plateforme relève d'un besoin de crédi­bilité », analyse le physicien. 
Le réseau Becquerel opère ainsi le suivi radioécologique à long terme des sept centrales nucléaires d'EDF im­plantées sur les bassins de la Loire et de la Garonne. « Subatech effectue les prélèvements, la spectrométrie gamma, ainsi que les mesures de tritium et des cheur de Subatech. 
Réciproquement, le réseau Becquerel profite aux chercheurs de l'IN2P3. Les contrats passés avec les clients engendrent bien sûr des ressources pour les labora­toires. Mais ils sont aussi une opportunité de développer des collaborations scienti­fiques avec de nouveaux partenaires. « Nos prestations sont autant d'occasions de valoriser nos compétences, indique 
Le site du réseau : > http://reseau-becquerel.in2p3.fr 
cOntActs : 
Laboratoire de physique subatomique et des technologies associées, nantes 
Patrick chardon 
> patrick.chardon@subatech.in2p3.fr Bureau du cnrs à tokyo 

cécile asanuma-Brice > asanuma-brice@cnrs.jp 
physique 

Des nanocubes pour bâtir 
électronique i 
Des filaments d'actine, 
protéine du squelette des cellules 


les matériaux du futur 
PaR vAhé tEr mInAssIAn 
wEn disposant aléatoirement de petits cubes d'argentsurunesurface d'orrecouverted'unsimplefilmpolymère, onobtientunmatériauàmêmed'absor­berlalumière.Cettedécouvertepromet­teuseaétéréaliséeparuneéquipefranco­américaine,associantl'Institutpascal1et lelaboratoiredeDavidR.smith,del'uni­versitédeDuke(États-unis).Danslarevue Nature2,antoineMoreauetsescollègues assurentquecettenouvellestructureest bonmarchéetfacileàfabriquer.ellede­vraitdonnerlieuàdenombreuses applications. 
Lacréationdematériauxcapables d'absorberlalumièredemanièreefficace surunegammedelongueursd'ondedé­cidéeàl'avanceestl'undesgrandschal­lengesactuelsdelaphotonique.Cesma­tériauxpourraientouvrirlavoieàune nouvellegénérationdecapteurshigh­techoudesystèmespourconvertirla chaleurenélectricité.Deladétectionde moléculesàl'élaborationdecellules photovoltaïquesextrêmementperfor­mantes,lesutilisationspotentiellesse déclinentàl'infini. 
problème,expliqueantoineMoreau: « Si, dans le passé, on a déjà mis au point des objets de ce type, leur coût s'est tou­jours avéré prohibitif en raison des procé­dés de fabrication employés, qui ont sou­vent fait appel à des techniques de lithographie onéreuses issues de l'indus­trie de l'électronique. »D'oùl'intérêtdela méthode«purementchimique»imagi­néeparlechercheuretsesconfrères. 
Celle-ciaconsistéàsynthétiseren solutiondes nanocubesd'argentde 75nanomètresdecôté,puisàdéposerce cocktailsurunesurfaced'orpréalable­mentrecouverted'unfilmdiélectrique dequelquesnanomètresd'épaisseur.Les scientifiquesontalorsconstatéqueles cubessecomportaientcommedesnano­antennestrèsefficaces:ilsréagissentà unecertainelongueurd'ondedelalu­mière,etentrentalorsenrésonance.Ces cubessontainsicapablesd'absorberla lumièresurunesurfacecorrespondantà trentefoisleurtaille,dansunegamme 


au microscope : avant d'être déposés sur le film d'or (01), ils sont synthétisés dans une solution (02 ). En fonction de leur taille, ils ont des fréquences de résonance différentes(03 ). 

trèspréciseduspectre.Commelalon­gueurd'ondeàlaquellelescubesréagis­sentdépenddeleurtailleoudel'épais­seurdufilm,l'équipeapuétablirles paramètresnécessairespourqueles cubesabsorbentlacouleurrouge.Ilsont ainsidémontréqu'ilétaitpossiblededon­neràl'oruneapparenceverte! 
« L'avantage, poursuit antoine Moreau, est qu'un infime changement dans l'épaisseurdu film suffit à changer la longueur d'onde absorbée par les cubes. À partir de là, on peut imaginer détecter par cette méthode la présence d'un pol­luant dansl'air.Ledépôtdu polluant surle film modifiera ses propriétés optiques, induisant un changement de la longueur d'onded'absorptiondes cubes.Au final,la couleur de l'or sera modifiée, ce qui nous fourniraunindicateurdelaprésencede la molécule indésirable. » 
1.unitéCNRs/universitéClermont-Ferrand-II/Institut 
françaisdemécaniqueavancée/Écolenationale 
supérieuredechimiedeClermont-Ferrand. 2.Nature,6décembre2012,vol.492,n°7427,pp.86-89. 

DiélEctRiquE. 
Se dit d'un matériau qui ne peut pas conduire le courant électrique. 
vivantes, pourraient bientôt servir de composants électroniques. Des chercheurs du cEa, du cnRS, de l'université Joseph-Fourier et de l'inra ont mis au point une technique qui permet de contrôler l'autoassemblage de ces filaments entre deux plaques de verre. ils les ont ensuite rendu conducteurs grâce à des nanoparticules d'or. 
biologie iune étude clinique sur des patients atteints de lupus érythémateux disséminé, 
maladieauto-immune trèshandicapante,amontré l'efficacitéd'unpeptide synthétiquedéveloppé parl'équipedesylvianeMuller, del'Institutdebiologie moléculaireetcellulaire destrasbourg.Àlaclé:l'espoir d'unmédicamentdébarrassé deseffetsindésirables destraitementsactuels. 
astronomie i on a mesuré l'intensité de la lumière extragalactique diffuse. les chercheurs du laboratoire leprince-Ringuet (cnRS/école polytechnique) ont utilisé le réseau de télescopes hESS auquel contribuent le cnRS et le cEa. 
nanotechnologies i 
un moteur 

composé de seulement deux cents atomes, et dont le sens de rotation peut être inversé à volonté, a été réalisé par des chercheurs du Cemes (CNRS) et de l'université de l'Ohio. Son rotor de deux nanomètres de diamètre est actionné par les électrons délivrés par la pointe d'un microscope à effet tunnel. Ce moteur, le plus petit de ce type, pourrait équiper de futurs nanorobots. 
Plus d'actualités sur www2.cnrs.fr/presse/ 
n° 271 I mArs-AvrIL 2013 

Actualités | 11 

Biologie enréactivantchezdessourisdesséquencesgénétiquesdevirus présentesdansleuraDN,deschercheursontinduitunhépatocarcinome. 
cancer : les chercheurs suspectent 

detrèsvieuxvirus 
PaR khEIrA BEttAyEB 

l
es rétrovirus sont des types de virus capables d'intégrer leur gé­nome à celui de la cellule qu'ils 
infectent, afin d'en détourner les res­
sources et de se multiplier. Depuis des 
millions d'années, les mammifères ont 
accumulé dans leur ADN des milliers de 
séquences génétiques provenant de ces 
virus. Appelés rétrovirus endogènes ou 
rétrotransposons, ces reliquats d'an­
ciennes infections sont maintenus inac­
tifs par nos cellules grâce à de complexes 
mécanismes moléculaires. 
Des chercheurs de l'Institut de géné­
tique et de biologie moléculaire et cellu­
laire (IGBMC)1, à Illkirch, viennent de 
faire une avancée importante concer­
nant des rétrotransposons particuliers, 
de la famille des VL30. Ils ont découvert 
que leur réactivation chez la souris peut 
induire un cancer du foie (hépatocarci­
nome). Mieux : ils ont réussi à décrypter 
le processus moléculaire menant à ce 
dangereux réveil2. 
Ces travaux sont d'une importance 
capitale pour la recherche sur les causes 
des cancers : « Ils montrent qu'il ne faut 
plus sous­estimer la possible implication 
des rétrovirus endogènes », souligne 
Irwin Davidson, à l'IGBMC. 
Le chercheur et ses collègues ont mis en évidence que deux protéines, TRIM24 et TRIM33, sont cruciales pour maintenir inactifs les gènes des VL30. « Normale­ment, ces deux protéines exercent cette "répression" en s'associant entre elles, puis en se fixant sur une troisième molécule, le récepteur de l'acide rétinoïque, lequel contrôle l'activation des gènes des VL30, précise Irwin Davidson. Mais si les gènes codant pour TRIM24 et TRIM33 sont inactivés par une mutation, cette répres­sion est levée. Alors, les éléments VL30 

Acide ribonucléique. 
q cellule cancéreuse du foie en train de se diviser. 

dans le génome sont transcrits en ARN, puis rétrotranscrits en ADN. Cet ADN s'accumule à l'intérieur des cellules du foie. » Ces dernières se mettent alors à fabriquer des molécules immunitaires spéciales, des cytokines inflammatoires, normalement secrétées lors d'une infec­tion virale (alors que ce n'est pas le cas ici). Les cytokines favorisent le déve­loppement d'une réaction immunitaire d'inflammation. Et c'est cette inflamma­tion qui peut finir par favoriser le déve­loppement d'un cancer... 
Pour arriver à décrypter ce méca­nisme, les chercheurs ont utilisé des sou­ris modifiées génétiquement dont les gènes codants pour TRIM24 et TRIM33 sont éteints. Puis grâce à de puissantes techniques de génomique à haut débit permettant l'étude simultanée de l'ensemble des gènes du génome, ils ont évalué les effets de ces mutations sur l'ex­pression des gènes des VL30 et des gènes induisant la production de cytokines. 
Ces travaux font suite à une étude publiée en 2007 par une autre équipe de l'IGBMC, celle de Régine Losson. Celle-ci avait montré que l'inactivation du gène de TRIM24 provoquait un hé­patocarcinome, grâce à un processus impliquant le récepteur de l'acide réti­noïque. En 2011, une seconde étude, publiée par l'équipe d'Irwin Davidson elle-même, avait mis en évidence le même résultat, mais pour TRIM33. Voilà pourquoi dans leur nouvelle étude, les biologistes se sont focalisés dès le départ sur les protéines TRIM24 et TRIM33. L'équipe cherche mainte­nant à savoir si l'inactivation simulta­née de TRIM24 et TRIM33 pourrait favoriser des cancers dans des organes autres que le foie. 
1.
unitéCNRs/Inserm/universitédestrasbourg. 2.«trim24-repressedvL30retrotransposonsregulate 
geneexpressionbyproducingnoncodingRNa», 
Nature Structural & Molecular Biology, 
le3février2013. 



paléobotanique 
les plantes à fleurs, de mystérieuses conquérantes 
PaR vAhé tEr mInAssIAn 
wapparues il y a 130 millions d'an­
nées, les angiospermes ou plantes à 
fleurs représententaujourd'hui90% 
desespècesquinousentourent.Mais 
quelsecretestàl'origineduspectacu­
lairedéveloppementdecettefamillede 
végétauxcaractérisésparunegrainese 
formantdansunfruit1? 
Lesraisonsdesonrapideessordu­
rantlapériodeduCrétacé(de–145à 
–65 millionsd'années)demeurentun « abominable mystère »,commelequali­fiaitCharlesDarwinàlafinduxixesiècle. toutefois,lesrécentstravauxd'une équipeinternationalelivrentquelques indices sur la manière dont cette conquêteapusedéroulersurlevieux Continent2. 
BernardGomez,enseignant-cher­cheuràLyonauLGL-tpe3,etsescollè­guesontconstituéunebanquededon­néesrépertoriantdesinformationssur lesfossilesdeplantesduCrétacédécou­vertsdepuisdeuxsièclesdanslesgise­mentseuropéens.seloneux,laconquête del'europeparlesplantesàfleursapu sedéroulerentroisphasess'étalantsur quarantemillionsd'années! 

pourarriveràcetteconclusion,ces paléobotanistessontallésau-delàdu simpleinventairedel'âgeetdulieudedécouvertedes feuillesfossiliséesd'angiospermes.Laplupartdutemps,en effet,cesfeuillesfossiliséessontmisesaujourencompagnie d'autresvégétaux(conifères,fougères…),dansdessédiments 

àsuivre 


Espace I Les prochaines  couvrant l'ensemble du ciel.  De nombreuses publications  
semaines s'annoncent  celles-ci ont été obtenues  scientifiques sont attendues  
fastes pour les astronomes.  grâce au satellite Planck,  sur les premières découvertes  
rendez-vous d'abord à Paris,  lancé en 2009 dans le but  de Curiosity, le robot martien  
le 21 mars, au siège de l'Agence  d' observer ce rayonnement,  qui vient d'effectuer son  
spatiale européenne, où seront  témoin des débuts  premier forage sur la planète  
dévoilées les toutes premières  de l'Univers. D'autres  rouge. Plusieurs équipes  
images du rayonnement  révélations attendent les  du cnrs sont impliquées dans  
du fond cosmologique  amateurs d'objets célestes.  ces deux missions d'envergure.  


associer à chaque reste de végétal non seulement une date et un lieu, mais éga­lement une abondance, une diversité du milieu ou un type d'environne­ment »,expliqueBernardGomez. 
enexplorantlabanquededonnées àl'aided'outilsstatistiques,l'équipea ainsireconstituéunepartiedel'histoire del'occupationdel'europeparlesan­giospermes.Àencroirelescénariopro­posé,cesvégétauxauraientainsivécu, durantleBarrémien(–130à–125mil­lionsd'années),dansdesespaceshu­mides,liésàdeslacsd'eaudouce,avant deserépandreaucoursdel'aptienetde l'albien(–125à–100millionsd'années) danslessous-boisdesplainesd'inonda­tion, puis de conquérir, lors du Cénomanien-Campanien(de–100à–84 millionsd'années)leslevéesnaturelles desrivièresetleszonescôtièresmaréca­geuses.untelrécitimplique-t-ilqueles premièresplantesàfleurssontappa­ruesdansdeszoneslacustres?passisûr. avantderépondreàcettequestion,bien d'autresétudesserontnécessaires,esti­mentleschercheurs. 
1.paroppositionauxplantesàgrainesnuesou 
gymnospermes(dontfontpartielesconifères). 2.PNAS,18décembre2012,vol.109,n°51, 
pp.20955-20959. 3.LaboratoiredegéologiedeLyon–terre,planètes, 
environnement(unitéCNRs/eNsLyon/université 
Claude-Bernard-Lyon-I). 


Actualités | 13 


santé 
LEs méDIAs En PArLEnt 
©s.FouCaRt/LeMoNDe.FR 

Un espoir de traiter la sclérose en plaques 
©p.FRoesCh/vIsuaLFoReNsIC. ©Nasa/jpL-CaLteCh 
©LaBoRatoIReD'IMaGeRIeetDeNeuRosCIeNCesCoGNItIves(CNRs/uNIveRsItÉDestRasBouRG) 
PaR sEBAstIÁn EscALÓn 

wla sclérose en plaques pourrait un jour être traitée grâceàunemolécule quelecorpshumainproduitnaturelle­ment:latestostérone.C'estlerésultatde travauxpubliésdanslarevueBrainen janvier20131.Ilsontétémenésparune équipeduLaboratoired'imagerieetde neurosciencescognitives(Linc)2,encolla­borationavecuneéquipedel'Inserm. 
Gravemaladiedégénérative,lasclé­roseenplaquessecaractérisepardes troublesmoteursetdelavision.elleest liéeàunedestructiondelamyéline,une substancequiformedesgainesprotec­tricesautourdesfibresnerveuses.sans myéline,lesignalnerveuxnesepropage quetrèslentement. 
Leschercheurssavaientdéjàqueles tauxdetestostéronejouaientunrôle danslamaladie.Ilsavaientmontrél'effet protecteurdecettehormonesurlesoli­godendrocytes,lescellulesqui,dansle cerveau,produisentlamyéline.pouraller plusloin,ilsontinduitunedémyélisation chroniquechezlasouris,similaireàcelle observéedanslascléroseenplaques.Les sourisontensuiteététraitéessoitàlates­tostérone,soitavecunehormonedesyn­thèse(appeléeMeNt)analogueàl'hor­monenaturelle(etdéjàutiliséedansdes traitementshormonauxsubstitutifs). Celle-cial'avantagedenepasinduireun développementdelaprostatesuscep­tiblededébouchersuruncancer.«À la fin d'un traitement de neuf semaines, les souris présentaient une réduction remar­quable de leurs symptômes, et leurs fibres nerveuses étaient à nouveau myéli­nisées »,expliquesaidGhandour,cher­cheurauLinc.LatestostéroneetleMeNt favorisentnonseulementlasynthèsede myélineparlesoligodendrocytes,mais aussilatransformationdes cellules souchesducerveauenoligodendrocytes. 
s'ilresteencoreducheminàparcou­rir,cestravauxouvrentunenouvellevoie autraitementdelascléroseenplaqueset auxautresmaladiesdelamyéline.par ailleurs,ilspourraientêtreutilesaudia­gnosticetausuivimédicaldespatients. « Les taux de testostérone pourraient ser­vir de biomarqueurs pour évaluer la pro­gression des maladies démyélinisantes », affirmesaidGhandour. 
1.«theneuralandrogenreceptor:atherapeutictarget 
formyelinrepairinchronicdemyelination»,Brain, 
janvier2013,vol.136,n°1,pp.132-146. 2.unitéCNRs/universitédestrasbourg. 
cOntActs : 
Laboratoire d'imagerie et de neurosciences cognitives, strasbourg 

Said Ghandour > ghandour@unistra.fr Unité Inserm neuroprotection et neurorégénération : molécules neuroactives de petite taille, Le kremlin-Bicêtre 

michæl Schumacher > michael.schumacher@inserm.fr 
q En haut : vue au microscope d'un cerveau de souris affectée par une démyélinisation chronique. La faible fluorescence est attribuée à la destruction de la myéline. En bas : un cerveau de souris traitée par la testostérone pendant plusieurs semaines. Une récupération importante de la myéline est observée à la suite de ce traitement hormonal. 

w 14 |    En images 
Biologiemarine L'Arctiquedevraitsubirdepleinfouetleseffetsduchangement climatique.LesscientifiquesmènentdesinvestigationsenNorvègepourtenterde prédirel'impactdecesbouleversementssurlefragileécosystèmemarin. 
Ny-Ålesund 

Lavie 
sous la banquise 

 dérivE.  nord-atlantiquE. 
Lent déplacement des eaux du nord de l'océan Atlantique, réchauffées par le Gulf Stream, vers le nord-est et l'océan Arctique. 
 BEnthoS. 
Ensemble des organismes aquatiques enfouis dans les fonds marins ou vivant dans leur voisinage.
01 
Par GréGOry FLéchEt 

B
lottie au fond d'un fjord de l'île norvé­gienne du Spitzberg, Ny-Ålesund est la localité la plus septentrionale de la pla­nète. C'est sous ces latitudes extrêmes, où 
la nuit polaire peut durer plusieurs semaines, que 
les scientifiques du projet international Ecotab1 
(Effect of climate change on the arctic benthos) ont 
choisi de mener leurs investigations. De fait, d'ici 
2050 à 2100, on estime que la température de 
l'océan Arctique tout entier augmentera de 4 °C. 
Sur la même période, l'épaisseur de la banquise, 
le pH et la salinité de l'océan devraient, à l'in­
verse, fortement diminuer. Quel sera l'impact de 
tels bouleversements sur la structure et le fonc­
tionnement des écosystèmes côtiers arctiques ? 
C'est la question que vise à éclaircir Ecotab, lancé 
en novembre 2011. 

« La vaste baie de Kongsfjorden, où est située la base de Ny-Ålesund, est idéale pour étudier les effets du changement climatique en Arctique, explique Nathalie Morata, responsable du projet et cher­cheuse au Laboratoire des sciences de l'environne­ment marin (Lemar)2. En effet,cette baie est placée sous l'influence directe des eaux chaudes transpor­tées par la  dérive nord-atlantique. » Son équipe se concentre sur un objet particulier : « le  benthos,  
02 

c'est-à-dire les organismes qui vivent au fond des mers, dont le comportement face aux changements climatiques qui s'annoncent reste peu étudié. » 
La première phase du projet a commencé par des prélèvements de glace, d'eau de mer et de  sédiments. De mai 2012 à janvier 2013, les scientifiques ont 
En images | 15 



©Photos1-2-3-4:E.AMicE/cNRsPhotothèquE 


01 La base scientifique de ny-Ålesund constitue la localité la plus au nord de la planète. Un site idéal pour étudier les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes arctiques. 
02 vaste comme deux fois la Belgique, l'archipel du svalbard, où est situé le spitzberg, est recouvert à 60 % par des glaciers. 
03 Le navire côtier océanographique Teisten de la base internationale de ny-Ålesund, depuis lequel ont été effectués les prélèvements et les analyses préliminaires du projet Ecotab. 
04 sédiments collectés à proximité des côtes à l'aide d'une benne en acier inoxydable. Leur tri méticuleux permet d'inventorier les organismes benthiques présents. 
05 carotte de sédiments collectée à l'embouchure du fjord par 300 mètres de profondeur. La présence de plusieurs espèces de vers marins témoigne du caractère maritime de cette partie de la baie. 
06 L'observation microscopique des prélèvements d'eau de mer révèle la présence d'un foisonnement de larves de bivalves 


mené quatre campagnes, dans trois secteurs du 
Kongsfjorden. Ces échantillonnages avaient pour 
objectif de mieux cerner les relations, au fil des sai­
qui, une fois adultes, rejoindront le fond 
du fjord pour constituer une part importante 
de la faune benthique. 

sons, entre les organismes qui peuplent trois mi­
07 Avant de pouvoir prélever des algues 
lieux indissociables : la banquise, le fond du fjord et de glace, les scientifiques doivent d'abord la colonne d'eau qui les sépare. forer la banquise de part en part. 
©J.RichARd 



08 09 
©Photos8-9-10:E.AMicE/cNRsPhotothèquE 
PélagiquE. 
Désigne les organismes qui évoluent dans la colonne d'eau, au-dessus des fonds 

« Grâce aux données emmagasinées durant cette première phase du projet, nous serons bien­tôt en mesure de répertorier les espèces clés du benthos arctique », indique la scientifique du Lemar. La seconde phase débutera en 2014 au laboratoire marin de Ny-Ålesund. Elle permet­tra aux chercheurs de mesurer les conséquences, pour ces espèces benthiques, de scénarios où ils feront varier toute une série de paramètres (qua­lité de la nourriture, pH, salinité ou température de l'eau de mer, etc.). 
Cette démarche expérimentale, inédite sous ces latitudes, contribuera à mieux percevoir les effets du changement climatique sur le fragile équilibre établi entre les milieux benthique et pélagique. « En temps normal, le benthos, qui englobe les espèces de mollusques bivalves posés sur le fond du fjord, tire une grande part de sa nourriture des algues de glace qui se détachent de la face interne de la banquise, précise Nathalie 

08 Des scientifiques mesurent le ph de l'eau de mer prélevée dans les profondeurs du Kongsfjorden sitôt les échantillons remontés sur le pont du Teisten. 
09 De retour au laboratoire, l'eau de mer est filtrée afin de mesurer sa concentration en chlorophylle. cette valeur servira à déterminer la quantité de plancton végétal à la base du réseau trophique aquatique. 
10 Les quatre campagnes de terrain réalisées entre 2012 et 2013 ont permis aux chercheurs du projet Ecotab de prélever de nombreux échantillons d'eau de mer et de sédiments. 
11 comme son nom le laisse supposer, Calanus glacialis est un petit crustacé copépode typique des zones maritimes arctiques. À la base de toute la chaîne alimentaire arctique, cette espèce pourrait voir sa population régresser sous l'effet du réchauffement de l'océan Arctique. 

restent en suspens. L'enjeu est crucial, puisqu'en Arctique les organismes benthiques sont à la base de l'alimentation de nombreuses espèces de mammifères marins. 


1.LeprojetEcotabréunitdeschercheursfrançais,allemands, 
À voir sur le journal 

norvégiens,canadiens,espagnolsetpolonais.ilbénéficie 
d'unfinancementdel'Agencenationaledelarecherche(ANR) 

en ligne la suite danslecadreduprogramme«Retourpost-doctorants». du reportage photo sur 2.unitécNRs/universitédeBretagneoccidentale/ifremer/iRd. le programme Ecotab. 
11 
où vit le benthos. 

Morata. Or, la fonte de la banquise entraîne la disparition de ces algues : les bivalves seront donc contraints de se rabattre sur d'autres nutriments, comme les pelotes fécales de petits crustacés copépodes. » 
Ces nutriments de substitution suffiront-ils à 
pallier la disparition des algues de glace ? Dans 
le sillage d'Ecotab, de nombreuses questions 
©A.AuBERt 

N°271Imars-avrIl2013 

Décryptage | 17 

Biologie GérardArnold,quiacosignélepremierrapportapprofondipointantle risquedecertainesmoléculespourlesabeilles,analyselesrécentsavisdel'Efsa. 
Certains insecticides 
nuisentauxabeilles 

Par CharlINe zeItouN 

C
'est désormais établi : certains insecticides utilisés pour traiter les semences créent des risques graves pour les abeilles. Trois avis rendus par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) viennent de le confirmer. Pire : les tests d'homologation de ces pro­duits ne sont pas pertinents. 
Ce que l'on savait 
En 1995, les apiculteurs français consta­tent une surmortalité des abeilles. Très vite, ils soupçonnent le Gaucho, un nou­vel insecticide qui enrobe les graines et diffuse dans la plante tout au long de sa croissance. Alertés par les apiculteurs, des chercheurs du CNRS, de l'Inra et de l'Afs­sa, mesurent des résidus d'imidaclopride (la molécule active du Gaucho) jusque dans le pollen des fleurs et prouvent que cette quantité, même très faible, est toxique pour les abeilles. La firme Bayer, qui vend l'insecticide, le conteste, études d'écotoxicologie à l'appui. « Comme pour d'autres substances chimiques mises sur le marché, ce sont les industriels qui sont of­ficiellement tenus de réaliser ou financer ces études », rappelle Gérard Arnold. Les agences de sécurité comme l'Efsa, elles, se limitent à les évaluer. En 2003, un comité scientifique et tech­nique créé par le ministère de l'Agricul-

Ce que l'on vient De Prouver 
Le groupe de travail, auquel participe là encore Gérard Arnold, examine les failles de ces méthodes. Parmi elles : des risques dits sublétaux (désorientation des abeilles, etc.) non évalués jusque-là, mais également des risques d'intoxica­tion chronique (liée à des petites quanti­tés ingurgitées plusieurs fois), alors que les tests d'homologation tenaient compte surtout des intoxications aiguës. 
« Les tests avaient été mis au point pour des insecticides utilisés en épandage, commente Gérard Arnold. Mais, depuis une vingtaine d'années, ils ne sont plus adaptés aux produits présents pendant toute la durée de la floraison des plantes.» Sur la base de cette opinion scientifique, l'Efsa réévalue donc la toxicité de trois molécules insecticides (imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine) et conclut en janvier 2013 à un risque aigu pour les abeilles1. 
Ce qui va ChanGer 
En mai prochain, l'Efsa publiera les nou­velles méthodes officielles d'évaluation de ces molécules. « Le processus a été long et difficile, souligne Gérard Arnold. Il serait plus efficace d'augmenter le budget alloué à la recherche pour éva­luer les effets sur la santé et l'environne­ment des substances. Aujourd'hui, il est 
q C'estnotamment enéquipantles abeillesdepuces rFIDquelesexperts ontpudémontrer laperted'orientation desabeillesdufait desrésidus d'insecticides(ici, uneApis mellifera). 

De son côté, l'Agence européenne pour l'environnement vient de publier un épais rapport2 sur plusieurs controverses scientifiquesrécentes: leGauchoenFrance, les nanotechnologies, le bisphénol A, etc. Dans ce document, Laura Maxim, cher­cheuse à l'ISCC, relève des problèmes communs à toutes ces polémiques. Le lobbying des industriels, bien sûr, ou les conflits d'intérêts auxquels peuvent être exposés certains experts. Mais surtout : l'évaluation des nouvelles technologies avec des méthodes anciennes. 
1.www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116.htm. 
2.www.eea.europa.eu/publications/late-lessons-2. 

Àvoirsurlejournalenligne: lefilm Cocktail fatal chez les abeilles. 
ture (dont fait partie Gérard Arnold) rend un rapport sur l'imidaclopride. Il estime que nombre de publications ne sont pas pertinentes, et pointe déjà 


l'existence d'un risque pour les abeilles. 
En 2011, la Commission européenne 
mandate l'Efsa pour rédiger une 
opinion scientifique sur les méthodes 
d'évaluation des risques que les produits 
phytosanitaires créent pour les abeilles. 



Sciencessociales SophieDuchesne,chercheuseàl'ISP1,publieuneenquêtesurles citoyensetl'Europe.Celle-ciinaugureunnouveautypedebanquededonnées. 
Voirl'Europe 
sous un autre jour 


EuroBaromètrE. 
Sondage d'opinion mis en place en 1974. Il permet de questionner plusieurs fois par an des milliers d'Européens. 
QuEStion fErmÉE. 
Question pour laquelle la personne sondée se voit proposer un choix parmi des réponses préétablies : « oui », « non », « un peu », « beaucoup », etc. 
EthniCiSation. 
Définir quelque chose d'un point de vue ethnique. 
Par chArLInE ZEItOUn 

Votre enquête2 sur la perception de l'Europe par ses citoyens est sortie fin janvier3. Quelles sont les conclusions auxquelles vous parvenez ? Sophie Duchesne : Notre enquête, menée en France, en Belgique francophone et en Angleterre, a montré que les ci­toyens de milieu populaire sont plus indifférents qu'hostiles en ce qui concerne l'Union européenne (UE). Seuls les gens aisés ou particulièrement militants semblent se soucier de ces questions, affichant soit un « euroscepticisme » soit une « europhilie ». Cette enquête est qualitative : ses données consistent en de longs entretiens collectifs avec des individus soigneusement sélectionnés. 
D'autres enquêtes donnent un résultat différent sur l'euroscepticisme… 
S.D. : En effet, les enquêtes de l' Eurobaromètre laissent pen­ser que, dans leur grande majorité, les citoyens se méfient de plus en plus de l'Europe et que ce scepticisme menace la construction de l'UE. Mais ces enquêtes-là sont quantita­tives : elles reposent sur des questions fermées. Or, des études qualitatives fondées sur des discussions avec les personnes, mises en place depuis la fin des années 1990, conduisent à un résultat différent. En fait, les citoyens ne se méfient pas de l'Europe, ils s'en désintéressent. Sur un tel sujet, il s'avère que les études de l'Eurobaromètre ne sont pas fiables, tout sim­plement parce que les individus interrogés doivent choisir parmi les réponses alors qu'ils ne savent pas quoi répondre ! Et notre enquête montre, de surcroît, que la montée de ce qu'on appelle l'euroscepticisme n'est pas un phénomène po­pulaire comme on a tendance à le penser : en réalité, ce sont les élites qui sont de plus en plus partagées sur le sujet. 
Simultanément à la publication de votre enquête, tous les entretiens dont elle résulte ont été mis à disposition de la communauté scientifique dans une nouvelle banque de données BeQuali4, financée par un appel à projets Équipements d'excellence (Équipex). Quel est l'enjeu ? 
S.D. : Ce type de banque de données qualitatives est un outil encore peu répandu. De plus, publier l'enquête et les entre­tiens en même temps est une première en France, à notre connaissance. Il faut savoir que les chercheurs sont réticents à la publication de leurs entretiens, tandis que les données des études quantitatives sont presque toujours accessibles. L'intérêt de partager les données sera double : d'abord, les collègues pourront discuter l'interprétation que nous avons faite de ces données, puis ils pourront en faire la réanalyse pour en tirer de nouveaux résultats. 
Cette démarche, la réanalyse de données, est pour l'instant peu habituelle en sociologie. Sait-on si elle est pertinente ? 
S.D. : Notre banque de données a justement pour objectif de tester sur un maximum d'exemples l'intérêt de la réanalyse, à condition que notre financement soit maintenu. Toutefois, en 2004, une étude de l'anglais Mike Savage a montré que l'évolution des sciences sociales elle-même justifiait de réa­nalyser les données. Les objets sur lesquels ces disciplines choisissent de s'arrêter évoluent au cours du temps. Or le choix de ce qu'on observe a bien évidemment des répercus­sions sur l'analyse produite. Par exemple, on parle au­jourd'hui beaucoup de l' ethnicisation des rapports sociaux en France, mais ce phénomène n'existait-il pas avant de de­venir un objet d'étude ? Réanalyser d'anciennes enquêtes pourra conduire à de nouvelles interprétations. BeQuali pourrait donc donner une nouvelle dimension à la sociologie qualitative. Cet outil devrait aussi permettre, si c'était encore nécessaire, d'ajouter du crédit à cette branche de notre disci­pline, dont les interprétations sont parfois discutées, notam­ment en raison de l'opacité sur les données. La sociologie qualitative étant ainsi plus ouverte à la critique, ses résultats n'en seront que plus forts. 
Quelles nouvelles pistes la réanalyse de votre enquête sur l'Europe pourrait-elle ouvrir ? 
S.D. : Elle pourrait conduire à d'autres interprétations sur la même thématique, mais aussi ouvrir des études sur d'autres sujets. Les idées exprimées par les personnes interrogées vont bien au-delà de la question européenne. En particulier, parce que dans nos groupes de discussion, chacun était libre de rebondir sur une idée exprimée par un autre participant. Ces 

Plus d'informations sur : > www.bequali.fr 

Le grand entretien | 19 


discussions montrent, par exemple, que les gens se passion­nent pour la globalisation, dont ils ont pourtant assez peur. Et qu'ils n'ont aucune confiance dans leur gouvernement. Voilà qui pourrait amorcer des études sur ces thèmes. Nous avons beaucoup travaillé sur la méthodologie, ce qui a rendu les données particulièrement riches. Nous avons ainsi spéci­fiquement constitué vingt-quatre groupes de six à huit per­sonnes afin que le dialogue soit le plus fluide et le plus ouvert possible. Les groupes devaient être homogènes socialement 
– car les façons de parler diffèrent beaucoup d'un milieu so­cial à l'autre – et comporter des personnes d'avis opposé sur diverses questions politiques, outre celles concernant l'UE. 
Vous dites que les chercheurs sont réticents à diffuser 
leurs entretiens et observations. Pourquoi ? 
Y a-t-il d'autres obstacles à la création d'un outil 
de partage comme BeQuali ? 

S.D. : Les chercheurs évoquent des questions de déontologie, considérant que les personnes se confient à eux et à personne d'autre. Sur le terrain, il semble pourtant que les personnes ont plutôt le sentiment de se confier « à la science ». Or la banque ne sera ouverte qu'aux chercheurs et assimilés, qui s'engageront à respecter l'anonymat des interviewés. L'autre réticence est liée à des questions de méthode. Tout travail de terrain est en effet une interaction entre le chercheur et le milieu où il investigue. Le contexte est capital. C'est pourquoi 
« Les études qualitatives montrent qu'en fait, les citoyens ne se méfient pas de l'Europe, ils s'en désintéressent. » 
dans BeQuali nous réalisons une « enquête sur l'enquête » 
– avec notamment une interview du chercheur qui explique sa démarche – pour rendre compréhensibles les documents archivés. Il existe depuis quinze ans en Angleterre un outil de partage de données qualitatives, mais sans cette approche. Aujourd'hui, les progrès dans le domaine du numérique per­mettent d'innover dans notre discipline. C'est l'occasion pour la France d'être moteur dans ce domaine. 
1.Institutdessciencessocialesdupolitique(unitéCNRS/universitéParis-Ouest­
Nanterre-laDéfense/ENSCachan). 2.RéaliséeenpartenariatentreleCNRS,SciencesPoParis,leFNRS,l'université catholiquedelouvainetl'universitéd'Oxford. 
3.Citizens' Reactions to European Integration Compared : Overlooking Europe, S.Duchesne,E.Frazer,F.HaegeletV.VanIngelgom,éd.PalgraveMacmillan. Àparaîtrel'étéprochain,enfrançais,auxéditionsl'Harmattan. 
4.labanqued'enquêtesqualitativesBeQualiestdéveloppéeausein duCentrededonnéessocio-politiques(CDSP),unitémixtedeserviceCNRSà SciencesPo,parGuillaumeGarcia,AnneBoth,SarahCadoreletSophieDuchesne. 





Pourassurersonaveniretceluidelaplanète,l'humanitédoitpuiser sonénergieàd'autrespuitsqueceuxdepétrole.Maiscettenécessaire transitionverslessourcesrenouvelables,quifaitactuellementl'objet d'undébatnational,nes'opéreraqu'àunecondition:parveniràstockerl'énergie. Eneffet,s'ilestaujourd'huiplusoumoinssimpledeproduiredel'électricité, delachaleuretmêmedel'hydrogène,stockerdurablementcestroisvecteurs d'énergieresteunevéritablegageurescientifiqueettechnologique. UndéfiquelesscientifiquesduCNRSrelèventchaquejour. 
UNE ENqUêtE dE JULIEn BOUrdEt, JEAn-FrAnçOIs HAït Et FABrIcE dEmArtHOn 

renouvelables sont intermittentes, car transports », rappelle Alain Dollet, du sujettes aux aléas du climat, explique laboratoire Procédés, matériaux et éner­Pascal Brault, du Groupe de recherches gie solaire (Promes)3, coanimateur de la sur l'énergétique des milieux ionisés cellule Énergie. (Gremi)2, coanimateur de la cellule C'est l'électricité qui constitue au­Énergie du CNRS. Il faut donc pouvoir jourd'hui le vecteur énergétique le plus stocker l'énergie produite à un moment difficile à gérer. « À part les technologies donné et qui n'est pas immédiatement 
À 
consommée (lors des périodes de fort en­soleillement par exemple, dans le cas du solaire), afin de la restituer lorsque le l'horizon 2020, la part des besoin se présente. » Or aujourd'hui, le énergies renouvelables dans stockage de l'énergie, qu'elle soit sous la consommation finale forme d'électricité, de chaleur ou de gaz d'énergie en France devra at­comme l'hydrogène, constitue un verrou teindre 23 %, contre 9,2 % en 20111. Ce scientifique et technologique important à développement massif des énergies issues l'introduction massive des énergies re­

du soleil, du vent, de l'eau ou de la bio­nouvelables dans le mix énergétique. masse ne se fera qu'à une condition : la « Cet obstacle existe aussi bien pour le stoc­mise en place de solutions de stockage kage stationnaire à grande échelle que efficaces. « Par définition, les énergies pour les applications nomades ou les 
©P.DUREUIL/EDF 
n° 271 I mArs-AVrIL 2013 

L'enquête | 21 


©F.oDDoUx/EDF 
pérer ensuite, il suffit de laisser faire la gravité : ouvrir les vannes du réservoir et laisser l'eau s'écouler à travers des tur­bines qui produiront à nouveau de l'élec­tricité. Il existe actuellement six grandes STEP en activité en France, produisant une puissance installée d'environ 5 giga­watts (5 GW), mais on pourra difficile­ment augmenter leur nombre, pour des raisons géographiques. 
Suivant la même logique, l'eau peut être remplacée par l'air (qui est alors stocké dans le sous­sol) : l'électricité pro­duite à un instant donné permet de com­primer l'air, qui pourra être détendu ulté­rieurement dans des turbines afin de restituer l'électricité quand on le souhai­tera ; c'est la technique CAES (compressed air energy storage). « Pour le stockage à grande échelle, un autre moyen consiste à utiliser des batteries géantes ou des fermes de batteries, donc à transformer l'énergie électrique en énergie chimique et vice versa », ajoute Alain Dollet. La Réunion 


01 02 
PotENtIELLE. 
Énergie interne d'un système soumis à une force (gravitation, force mécanique, moléculaire…) 
tRANSItIoN. ÉNERGÉtIqUE. 
Passage d'un modèle énergétique fondé sur la consommation abondante d'énergies fossiles à un modèle plus sobre et plus écologique. 
L'exploitation massive des énergies renouvelables, issues 

dispose depuis 2010 d'un tel système : une batterie sodium­soufre de haute capacité capable de restituer 1 MW pendant sept heures. Mais l'essor des technologies de stockage électrochimique est entravé par plusieurs problèmes, notamment celui des matériaux utilisés : leur durabilité, leur recyclage… « Il en va de même dans les transports, où l'enjeu consiste à conce­voir des batteries puissantes et légères », indique Pascal Brault. 
dE GRoS vERRoUS tEchNIqUES 

De leur côté, la chaleur et l'hydrogène sont des vecteurs d'énergie un peu plus simples à stocker que l'électricité. Les recherches en cours se concentrent sur la mise au point de matériaux capables d'emmagasi­ner la chaleur à haute température (céra­miques, déchets amiantés vitrifiés…) ou de fixer l'hydrogène (hydrures…). 
Toutefois, « il subsiste de nombreux verrous scientifiques et techniques au sto­ckage de l'énergie. Certaines technologies sont relativement matures, mais d'autres sont encore balbutiantes », notent Alain Dollet et Pascal Brault. Le CNRS s'em­
des hydroliennes (01) ploie à lever ces blocages et transfère ou des éoliennes 
son savoir­faire vers l'industrie. « Notre 
et des panneaux 

organisme, qui est l'un des quatre 
solaires (02) ne se fera 

membres fondateurs de l'Ancre4, est un 
qu'en levant le 
verrou du stockage. acteur majeur de la recherche dans le do­

maine du stockage de l'énergie, souligne Alain Dollet. L'énergie offre en effet un champ d'investigation fortement pluri­disciplinaire qui fait appel aux sciences de l'ingénieur, à la chimie, à la physique, mais aussi aux sciences du vivant, aux sciences humaines et sociales… Fort de ses dix instituts, le CNRS réunit toutes ces compétences et son spectre d'intervention va de la recherche fondamentale à l'innovation. » 
La mission pour l'interdisciplinarité du CNRS vient d'ailleurs de lancer un grand défi sur le thème de la « Transition énergétique » qui vise à explorer de nou­velles voies de recherche en intégrant sys­tématiquement les conséquences sociales, les impacts environnementaux et la dis­ponibilité des ressources5. Et la probléma­tique du stockage sera évidemment cen­trale dans ce défi. F. d. 
1.Source:Servicedel'observationetdesstatistiques, 
Bilan énergétique de la France pour 2011. 2.UnitéCNRS/Universitéd'orléans. 3.UnitéCNRS/UniversitédePerpignan-Via-Domitia. 4.ancre:alliancenationaledecoordinationdela 
recherchepourl'énergie(www.allianceenergie.fr), 
fondéeparleCEa,l'Ifpen,leCNRSetlaCPU. 5.www.cnrs.fr/mi/spip.php?article247. 

magnétiques qui présentent des limita­tions importantes, aucun système ne peut stocker le courant électrique », précise Pascal Brault. À grande échelle, l'une des techniques les plus répandues consiste à utiliser l'excès de production électrique pour pomper l'eau d'un lac ou d'une ri­vière vers un réservoir (un lac de retenue par exemple) situé à une altitude plus éle­vée. Grâce à ces stations de transfert d'énergie par pompage (STEP), l'électri­cité est temporairement stockée sous forme d'énergie potentielle. Pour la récu­

03 Le barrage et le lac 03 du Verney, en savoie, appartiennent à une station de transfert d'énergie par pompage (stEP), permettant de stocker de l'énergie électrique. 

©EyEMatRIx/FotoLIa 


des batteries 
gonfléesàbloc 
E
nviron 160 kilomètres, c'est l'au­tonomie actuelle maximale d'un véhicule électrique. Et 1 %, c'est dENSItÉ d ÉNERGIE. 
Quantité d'énergie 
la part de l'électricité stockée dans les 
délivrée par unité 
réseaux de distribution. Ces deux 
de volume. 

chiffres résument, à eux seuls, l'énorme défi du stockage de l'électricité. Comment augmenter l'autonomie des véhicules électriques afin qu'ils puissent effectuer des trajets autoroutiers sans recharger ? Comment stocker davantage la production des sources d'éner­gie électrique conventionnelles, mais aussi renouvelables (éo­lien, solaire) par nature intermittentes, pour la réinjecter dans le réseau au moment des pics de consommation ? Face à ce défi, les batte­ries d'aujourd'hui ne sont pas assez per­formantes. « L'enjeu est d'augmenter leur densité d'énergie, en garantissant leur sécurité de fonctionnement et en faisant baisser leur coût, le tout dans une optique de développement durable », explique Jean­Marie Tarascon, du Laboratoire de réactivité et chimie des solides (LRCS)1, à Amiens. Une équation qui semble im­possible à résoudre, mais pour laquelle se mobilisent les chercheurs des différents laboratoires qui constituent le réseau RS2E (Réseau sur le stockage électro­chimique de l'énergie), lancé en 2010, et visant à fédérer tous les acteurs du do­maine dont des industriels (lire encadré). 

LA PIStE dES mAtÉRIAUx 

Les batteries actuellement utilisées pour les véhicules électriques sont les lithium­ion (qui contiennent du lithium sous forme ionisée). Pour les améliorer, deux 
04 Production de batteries lithium-ion pour l'automobile dans l'usine saft de nersac (France). 
voies de recherche sont suivies au sein du RS2E. La première consiste à jouer sur le matériau de la batterie lui­même. Soit en augmentant la capacité de ma­tériaux existants, soit en concevant de nouveaux matériaux, comme les fluoro­sulfates et hydroxosulfates, qui rendent les liaisons chimiques plus aptes à former des ions, ce qui permet d'augmenter la densité d'énergie. 
Certains matériaux étudiés, notam­ment au LRCS et à l'Institut des maté­riaux de Nantes, sont aussi plus « verts » : fabriqués l'aide d'enzymes ou de bacté­ries, ou issus de la biomasse… ce qui per­mettrait de les recycler entièrement. 
Deuxième voie suivie pour augmen­ter les performances : explorer des tech­nologies alternatives. C'est le cas de la batterie lithium­air, dans laquelle l'oxy­gène de l'air réagit avec le lithium. « En théorie très efficace, cette solution pose des problèmes complexes, comme la recherche de meilleurs catalyseurs, indispensables pour faire fonctionner l'électrode à oxy­gène. Elle n'est donc pas pour demain », prévient Jean­Marie Tarascon. 
Ces préoccupations ne valent pas seu­lement pour les batteries de voiture. Pour 
©P.PSaïLa 


n° 271 I mArs-AVrIL 2013 

L'enquête | 23 
LE StockAGE mAGNÉtIqUE 

Fournir une puissance de 100 mégawatts à des températures plus élevées parkilo,soitl'équivalentdedixTGV (20kelvins),cequiallègebeaucoup lancés à pleine vitesse... mais pendant le dispositif de refroidissement quelques millisecondes seulement : telle et améliore nettement les 

est la mission dévolue aux systèmes de 
certains cas ces couches sont bénéfiques, 

performances. 
d'un courant électrique dans une bobine bien supérieure à celle qu'autorise la 
©D.MoREL 
sance fine des espèces chimiques impli­

court-circuitée. Afin que cette énergie propulsion chimique classique. ne se dissipe pas, la bobine est réalisée Cela pourrait être utile pour 
en matériau supraconducteur. On placer un microsatellite sur orbite 
quées dans le phénomène, essentielle 

05 Bobine pour mieux comprendre les mécanismes 
décharge la bobine quand on le souhaite basse, aussi bien que pour lancer 
supraconductrice de vieillissement afin de les retarder. 
en la connectant au réseau. un obus. 
Cependant, pour être opérationnel, le Enfin, cette recherche vise, plus 
qui permet de Autre problème posé aux déve­
stocker l'énergie 
loppeurs : les utilisateurs finaux peuvent 

SMES doit être refroidi à environ 4 kelvins généralement, à concevoir des aimants 
sous forme d'un 


stockage appelés SMES (superconducting magnetic energy storage). 
Leur principe est simple : l'énergie est stockée sous forme d'un champ magnétique généré par la circulation À la clé, des applications qui intéressent les domaines civil et militaire. Ainsi, un lanceur électromagnétique serait capable de propulser des charges à une vitesse 

dans d'autres elles dégradent les perfor­mances. En utilisant des méthodes de pointe comme la spectroscopie photo­électronique à rayonnement X (XPS), le laboratoire palois accède à une connais­

(– 269 °C) avec les supraconducteurs supraconducteurs beaucoup plus 
champ magnétique. 
conventionnels. Cette technologie met performants et durables. 
donc en jeu des dispositifs volumineux 
et coûteux, ce qui limite sa diffusion. 

cOntAct : 
À Grenoble, l'Institut Néel et le G2Elab 

Pascal tixador 
conçoivent des SMES fonctionnant > pascal.tixador@g2Elab.grenoble-inp.fr 
le « stockage de masse », celui destiné à alimenter le réseau élec­trique, il existe à l'heure actuelle d'énormes batteries au sodium­soufre. Mais elles fonctionnent à 300 °C, ce qui pose des pro­blèmes de sécurité. C'est pourquoi le RS2E explore activement la piste de batteries au sodium­ion, qui fonctionnent à tempéra­ture ambiante, et surtout la technologie dite de redox flow (voir schéma). Dans celle­ci, les électrodes sont formées par deux liquides en mouvement, séparés par une membrane à travers laquelle se produit le transport d'ions. Cette méthode est peu coûteuse, mais elle ne délivre pas une énergie suffisante. Les cher­cheurs du RS2E planchent sur la formulation et les propriétés d'« encres » (des liquides contenant non plus des ions libres mais des particules en suspension), qui permettraient une plus grande concentration en ions, donc une plus grande densité d'énergie. 
coNSERvER LA PUISSANcE 

Un autre problème posé par les batteries, notamment lithium­ion, est leur vieillis­sement, qui se traduit par des pertes de capacité et de puissance. « C'est le résultat de réactions chimiques aux interfaces entre les électrodes et l'électrolyte », ex­plique Danielle Gonbeau, de l'Institut des sciences analytiques et de physicochimie pour l'environnement et les matériaux (Iprem)2, à Pau. Des couches de quelques nanomètres, composées de molécules is­sues de la dégradation des solvants et des sels contenus dans l'électrolyte de la bat­terie, se forment aux interfaces. Si dans 
06 Banc de test des matériaux de stockage électrochimique au Laboratoire de réactivité et chimie des solides (Lrcs), à Amiens. 07 Principe de fonctionnement d'une batterie à redox flow. Les électrodes sont formées de liquides en mouvement, les électrolytes, séparés par une membrane perméable aux ions. 
avoir besoin de systèmes capables de dé­livrer une puissance importante pendant quelques secondes seulement. Par exemple : pour l'ouverture d'urgence des portes de l'Airbus A380, pour redémarrer les véhicules dotés d'un système « stop and start » qui coupe le moteur au feu rouge, ou pour actionner une visseuse­dévisseuse sans fil. Or, les batteries détes­tent être sollicitées de manière intermit­tente ou intense. 
La solution ? Les supercondensateurs. Ces dispositifs (qui pèsent de quelques grammes à plusieurs centaines de kilos) consistent en deux électrodes de carbone poreux, séparées par une membrane et baignant dans un liquide (l'électrolyte) contenant des ions positifs et négatifs. Ces ions s'accumulent de part et d'autre dans les pores du carbone, ce qui crée une dif­férence de potentiel donc un courant élec­trique. « Comme pour les batteries, l'enjeu est d'augmenter la densité d'énergie des supercondensateurs. Si on y parvient, ils pourraient par exemple, dans les véhicules hybrides et électriques, prendre le relais de la batterie pour récupérer l'énergie issue du freinage ou fournir l'énergie nécessaire 
©C.FRESILLoN/CNRSPhotothèqUE


mIcRo tAILLE, mAxI PERFoRmANcES 
L'électronique d'aujourd'hui est « nomade » : elle repose sur de minuscules capteurs communicants pouvant enregistrer quantité de paramètres, à l'image des puces RFID (identification par 

à une accélération. Cela permettrait de électrolytes, colloïdes et sciences analy­
radiofréquence) utilisées pour 

prolonger la durée de vie de la batterie », tiques (Pecsa)5, à Paris, et l'IFP Énergies 
marquer toutes sortes d'objets. 
Mais comment alimenter explique Patrice Simon, du Centre inter­nouvelles (ex­Institut français du pétrole). 


08 ce micro-

universitaire de recherche et d'ingénierie Car la force du réseau réside dans la 
des matériaux (Cirimat), à Toulouse3. multiplicité des compétences. « Sur les 
thématiques porteuses, comme les batte­

LES myStèRES dE LA mAtIèRE ries sodium­ion ou redox flow, RS2E nous 
Mais, pour les supercondendateurs, là en­permet de réaliser un continuum entre les 
ces microdispositifs ? La solution, c'est tout d'abord de récupérer de l'énergie dans 
©h.DURoU/LaaS-CNRS 
l'environnement ambiant : 
solaire, vibrations mécaniques 
ou différentiels de température 

core, tout le problème réside au cœur du chercheurs CNRS, les EPIC et les utilisa­
supercondensateur 
de l'électricité. Mais cette énergie est 
intermittente. Il faut donc la stocker. 

matériau employé. En effet, le procédé teurs industriels, avec des thèses et post­
encapsulé est 

actuellement utilisé pour fabriquer le car­doctorats en cotutelle », souligne Jean­
un dispositif très 
C'est dans ce but qu'une équipe du 
Laboratoire d'analyse et d'architecture 

prometteur. bone poreux génère des pores de taille Marie Tarascon. Anne de Guibert, 
variable, supérieurs à 50 nanomètres directrice de la recherche du fabricant 
des systèmes (LAAS) de Toulouse1 a conçu 
français de batteries Saft, confirme : « À

un « micro-supercondensateur », en déposant pour les plus grands et mesurant moins 
sur une puce en silicium des structures en or, ensuite recouvertes de matière active et d'un électrolyte (solution conductrice). Le matériau usuel des supercondensateurs du commerce, lecharbon actif, est ici remplacé par des nanoparticules de carbone constituées decouches concentriques de graphite produites à l'université Drexel de Philadelphie (États-Unis). Les ions de l'électrolyte s'y adsorbent beaucoup plus facilement. Le dispositif, testé au Centre interuniversitaire de recherche et d'ingénierie des matériaux à Toulouse, a alors montré un temps de charge et de décharge 50 fois plus rapide que celui des supercondensateurs conventionnels, et une densité d'énergie multipliée par 10. De telles performances permettront d'alimenter des capteurs devant fournir très régulièrement et rapidement des données. 
1.UnitéCNRS/UniversitéPaul-Sabatier-toulouse-III/ Insatoulouse/INPtoulouse. 

cOntAct : magali Brunet > mbrunet@laas.fr de 2 nanomètres pour les plus petits. Allant à l'encontre du dogme en vigueur qui voulait que les pores de taille moyenne (2 à 5 nanomètres) soient les plus adaptés pour recevoir des ions, les chercheurs du Cirimat ont entrepris, avec l'aide d'un chercheur américain spécialiste des céra­miques, de synthétiser un carbone po­reux dont tous les pores ont une taille de moins de 2 nanomètres parfaitement contrôlée. Surprise : l'énergie délivrée par le nouveau matériau est deux fois supé­rieure à toutes les données de la littéra­ture. Il faut désormais déterminer les mécanismes en jeu, notamment la ma­nière dont les ions pénètrent dans des pores aussi petits. 
Ce travail a été mené conjointement avec les laboratoires du groupe « stockage capacitif »4 du RS2E, tandis que la modé­lisation des pores de ce carbone est assu­rée par le laboratoire Physicochimie des travers RS2E, nous soutenons cette re­cherche sur les nouveaux matériaux qui nous intéresse sur le long terme ». Une re­cherche de qualité qui constitue l'atout de la France, alors que les pays asiatiques dominent aujourd'hui le marché des batteries. J.-F. h. 
1.UnitéCNRS/UniversitédePicardie-jules-Verne. 2.UnitéCNRS/UniversitédePauetdesPaysdel'adour. 3.UnitéCNRS/UniversitéPaul-Sabatier-toulouse-III/ 
INPtoulouse. 4.IMN(Nantes),ICG-aIME(Montpellier),Cirimat 
(toulouse),ICMCB(Bordeaux),IS2M(Mulhouse), 
LCMCP(ChimieParistech). 5.UnitéCNRS/UniversitéPierre-et-Marie-Curie/ESPCI 
Paristech. 




©PhotoS11-12:P.PSaïLa 
Maîtriserlechaud 

P
our faire bouillir de l'eau, les pre­miers hommes ont mis au point une technique imparable : chauf­
fer une pierre dans le feu, puis la plon­
ger dans l'eau contenue dans une peau, 
et répéter l'opération jusqu'à ébullition. Le 
principe du stockage de la chaleur venait 
d'être inventé. Une idée qu'on retrouve 
aujourd'hui dans nos ballons d'eau chaude 
ou tout simplement dans une bouillotte et 
qui nous permet de disposer plus long­
temps d'une source de chaleur et de l'utili­
ser en fonction de nos besoins. 
Avec l'intérêt porté aux énergies re­
nouvelables, intermittentes par nature, ce 
principe est plus que jamais remis au goût 
du jour. Par exemple, dans les centrales 
solaires à concentration, en plein déve­
loppement. Grâce au stockage de la cha­
leur, celles­ci peuvent produire de l'élec­
tricité de jour comme de nuit. Le principe 
est simple. Dans ces installations, la lu­
mière du soleil, concentrée par une mul­
titude de miroirs, permet de chauffer à 

et le froid 

11 Les centrales solaires à concentration (ici l'usine Gemasolar, en Espagne) focalisent la chaleur du soleil en un point situé au sommet d'une tour. 12 ces sels (nitrates de potassium et de sodium), ici sous forme solide, sont liquéfiés puis stockés dans la centrale solaire. Ils permettent de faire tourner la turbine de Gemasolar pendant quinze heures après le coucher du soleil. 

plus de 400 °C un fluide, constitué la plu­part du temps de sels de nitrate fondus (qui ont l'avantage de rester liquides même à haute température). Ce fluide circule alors jusqu'à un générateur de va­peur d'eau qui alimente une turbine afin de produire de l'électricité. À ce stade, le stockage thermique joue un rôle clé. 
REStItUER LA chALEUR cAPtÉE 

En effet, une partie du fluide utilisé dans la centrale sert, de son côté, à chauffer un immense réservoir, contenant lui aussi des sels fondus. Ces sels, durant la nuit, se refroidissent et, par ce processus, resti­tuent à la centrale toute la chaleur qu'ils ont accumulée pendant la journée. Elle peut ainsi fonctionner sans interruption. 
Si cette technique est aujourd'hui bien maîtrisée, elle pose toutefois un problème. « Une centrale électrosolaire de 50 mégawatts nécessite pas moins de 28 000 tonnes de sels pour stocker la cha­leur, indique Xavier Py, du laboratoire 
Procédés, matériaux et énergie solaire (Promes), à Perpignan. Pour atteindre les objectifs affichés pour 20501 dans le so­laire à concentration, il faudrait utiliser chaque année environ dix fois la produc­tion mondiale de sels de nitrate ! » 
Pour surmonter cet obstacle, le cher­cheur français et ses collègues dévelop­pent actuellement un nouveau matériau de stockage de la chaleur, solide cette fois. 




©PhotoS13-14-15:CNRS-PRoMES 

le constituant des bougies, qui fond à tournent vers un stockage de la chaleur 70 °C environ. L'idée est de récupérer la qui fait appel à une réaction chimique. chaleur libérée quand le corps repasse à Parmi les réactifs envisagés, la chaux. 
Lorsqu'elle est humidifiée, celle­ci dégage de la chaleur. L'idée est donc d'utiliser l'air chaud en été pour l'assécher et de l'humidifier à nouveau en hiver, notam­ment pour chauffer l'habitat. Entre les deux, la chaux, conservée à l'abri de l'hu­midité, peut être stockée sans aucune perte de chaleur. 
Le stockage thermochimique est assez compliqué parce qu'il faut contrôler très finement la réaction en jeu. Mais il présente de nombreux avantages : stocker plus de chaleur qu'avec les autres mé­thodes et délivrer l'énergie à une tempé­rature plus élevée que celle qui a servi à 
ces réacteurs solaires (13) permettent de vitrifier des cendres de déchets industriels dangereux. cela produit des céramiques (14) capables de stocker la chaleur à très 

l'état solide. Cette propriété est déjà ex­ploitée dans certains bâtiments : des microcapsules de paraffine dispersées dans les murs absorbent la chaleur de la pièce le jour et la restituent la nuit. 
Le gros atout des matériaux à chan­gement de phase est leur capacité de stockage : à volume égal, ils peuvent ab­sorber plus de chaleur que les autres. Autre avantage : ils libèrent la chaleur à une température constante (celle de leur changement d'état). 
dES LImItES À dÉPASSER 

Malheureusement, ces matériaux ne sont 

15 Éléments de 

pas toujours adaptés à la température souhaitée pour une application. De plus, ils conduisent souvent très mal la chaleur, ce qui les empêche de la stocker ou de la restituer rapidement. « D'un côté, les re­stabiliser le réactif chimique. 
De surcroît, avec ce procédé, on peut tirer parti de la réaction pour produire non seulement de la chaleur, mais aussi du froid. Les chercheurs du laboratoire 

stockage de chaleur cherches se focalisent donc sur la mise au Promes ont ainsi mis au point un dispo­élaborés à partir point de nouveaux matériaux pour élargir sitif capable de générer des températures 
de déchets amiantés. 

la panoplie des températures accessibles, allant de – 30 °C à 300 °C. Dans leur sys­explique Xavier Py. On voit apparaître tème, on trouve d'un côté de l'ammoniac notamment certains polymères capables liquide et de l'autre un sel réactif. De de stocker la chaleur entre 20 °C et 200 °C façon spontanée, une petite quantité 
Ce matériau est une céramique obtenue en faisant fondre à 1 400 °C des déchets industriels dangereux comme l'amiante, les cendres d'usines d'incinération ou encore les déchets mé­tallurgiques. Ainsi recyclés, ces déchets deviennent totalement inertes. « Nous avons calculé que la facture énergétique pour fabriquer ces matériaux serait remboursée en moins d'un an en les utilisant dans une centrale solaire, précise Xavier Py. Qui plus est, nos céramiques sont capables d'absorber de la chaleur jusqu'à 1 000 °C, contrairement aux sels de nitrate qui se détériorent au­delà de 600 °C. » Un avantage considé­rable quand on sait que les futures centrales solaires de­vraient générer des températures plus élevées encore qu'au­jourd'hui, aux environs de 900 °C. 
dES mURS AUtochAUFFANtS 

L'utilisation de ces céramiques ne s'arrête pas là… On pourrait bientôt les retrouver au cœur même de nos habitations. Insérées directement dans les murs, elles permettraient de 
collecter (mais à des températures bien plus basses cette fois) 
la chaleur environnante au cours de la journée pour la libérer 
pendant la nuit. 

Il faut dire que dans l'habitat, où l'heure est aux écono­mies d'énergie, réussir à stocker la chaleur devient une prio­


rité. Outil de prédilection employé ? Les matériaux à chan­
gement de phase, dont la chaleur entraîne le passage de l'état 
thermochimique de la société coldway, 
fondée par des chercheurs du cnrs, permet 

solide à l'état liquide. C'est le cas par exemple de la paraffine, de conserver les produits sensibles. 
De l'autre, les chercheurs tentent d'amé­liorer la conductivité thermique de ces matériaux en y ajoutant par exemple du graphite, extrêmement efficace pour transporter la chaleur. » 
Stocker la chaleur le jour pour en profiter la nuit, c'est bien. Mais à l'avenir, il faudra aussi être capable de stocker le surplus d'énergie thermique produit en été pour l'utiliser pendant l'hiver. Pour atteindre cet objectif, les recherches se d'ammoniac s'évapore et réagit avec le sel : cela produit de la chaleur. Sous l'effet de la chaleur, l'ammoniac s'évapore de plus en plus, et cette évaporation produit alors du froid. « L'avantage, c'est qu'en jouant sur le type de sel réactif utilisé et sur le niveau de pression, on peut contrôler très finement la température, contraire­ment à de nombreuses autres sources », souligne Xavier Py. 

Aujourd'hui, ce dispositif est utilisé 
notamment pour réfrigérer des caissons 
de transport du sang, climatiser des bâ­
timents, et même, sur un plateau­repas, 
pour réchauffer un plat d'un côté, tout en 
gardant au frais le fromage et le dessert 
de l'autre. Le stockage thermique n'a pas 
fini d'apporter plus de confort à notre vie 
quotidienne. J. B. 
1.Selonl'agenceinternationaledel'énergie,lesolaire àconcentrationreprésenterait10%delaproduction 
mondialed'électricitéen2050. 


n° 271 I mArs-AVrIL 2013 

L'enquête | 27 

de l'hydrogène 
àlapompe 
L
'hydrogène possède de sérieux ce gaz stocké à la pression atmosphé­atouts pour devenir un vecteur rique ! Dès lors, il est nécessaire de com­d'énergie majeur dans le futur. primer l'hydrogène pour qu'il occupe 
©CEaPLatEFoRMEaLhyaNCEINNoVatIoN,LERIPaULt,37 
Trois fois plus énergétique que le pé­trole, ce gaz est capable de produire de l'électricité de manière totalement propre lorsqu'il est utilisé dans une pile à combustible. La réaction ne libère en effet que de la vapeur d'eau. 
Mais il possède un sérieux handi­cap : stocker l'hydrogène, notamment dans des systèmes embarqués comme les voitures, est très difficile. Pourquoi ? Parce qu'il est le plus léger de tous les gaz. Imaginez un véhicule qui embarque 4 kilos d'hydrogène, soit suffisamment pour parcourir 400 kilomètres. Son ré­servoir devrait contenir 45 000 litres de 
PILE À comBUStIBLE. 
Système dans lequel l'électricité est produite par l'association d'un gaz combustible et d'oxygène. La réaction ne rejette que de l'eau et de la chaleur. 

moins d'espace. C'est d'ailleurs le sys­tème utilisé dans la majorité des véhi­cules équipés d'un moteur électrique alimenté à l'hydrogène. La méthode em­ployée est la même que celle qui permet de stocker les autres gaz à usage énergé­tique tels que le méthane. Mais dans le cas de l'hydrogène, la pression à at­teindre (environ 700 bars) est beaucoup plus élevée. Qui plus est, le procédé est relativement énergivore. 
Les recherches s'orientent actuelle­ment vers une autre méthode de stockage : le stockage sous forme solide. Dans ce sys­tème, l'hydrogène vient se fixer par des 
fonctionnement d'une pile à combustible. Elle produit de l'électricité à partir d'hydrogène et d'oxygène et ne rejette que de la vapeur d'eau. 18 ce robot permet de fabriquer un réservoir à hydrogène composite capable de résister à une pression interne de 700 bars et aux agressions externes (chute, entaille, produits chimiques, incendie...). 



pressée sous la forme d'une galette. 
19 Fusion de divers 

liaisons chimiques à un matériau solide. l'une des plus élevées (7,6 grammes d'hy­
Plusieurs galettes sont ensuite empilées 
éléments (terres 
« On peut ainsi stocker dans un volume 

drogène pour 100 grammes d'hydrure). dans un réservoir. »
rares, magnésium, 
donné autant d'hydrogène qu'en le com­primant, mais à des pressions plus raison­nables, de l'ordre de quelques dizaines de bars », précise Gérald Pourcelly, de l'Ins­titut européen des membranes, à Montpellier1. 
dES SoLIdES qUI PIèGENt LE GAz 
Première piste étudiée par les cher­cheurs : l'utilisation de matériaux po­reux à base de carbone, tels les charbons actifs, les nanotubes de carbone, le gra­phène ou encore les MOF. « Sur ces so­
nickel…) pour réaliser un alliage massif employé pour stocker l'hydrogène. 20 ce matériau hybride « Pd@carbone », qui contient des nanoparticules de palladium (taches sombres), est aussi étudié pour stocker l'hydrogène. 


Le procédé est aujourd'hui parfaite­Entre 2006 et 2008, la chimiste et ses ment au point. « Pour que l'hydrogène, collègues ont pu concevoir un premier une fois mis en contact avec le magnésium, réservoir d'une capacité de stockage 

lides dont la surface collectrice est très grande, l'hydrogène vient se déposer un peu comme la vapeur d'eau se condense sur une vitre, explique Michel Latroche, directeur de l'Institut de chimie et des matériaux de Paris­Est, à Thiais2. Il est alors assez facile, en réchauffant le ma­tériau, de libérer à nouveau l'hydrogène pour l'utiliser dans la pile à combus­tible. » Seul problème, mais de taille : le mécanisme a lieu à des températures très basses, de l'ordre de – 190 °C. Si bien que pour le moment, même si les physicochimistes tentent d'augmenter la température de condensation de l'hy­drogène avec quelque succès, cette ap­proche n'en est encore qu'au stade de la recherche. 
Une seconde piste semble bien plus prometteuse : le stockage dans des mé­taux. Cette fois, l'hydrogène est absorbé par le métal avec lequel il forme des com­posés appelés hydrures. Ces matériaux découverts dans les années 1970 ont reçu le surnom d'« éponges à hydrogène » tant ils sont capables d'en stocker de grands volumes. Parmi eux, l'hydrure de ma­gnésium fait figure de vedette. Non seulement le magnésium est un métal abondant, peu cher et non toxique, mais sa capacité à stocker l'hydrogène est 
Sigle issu de l'anglais 
Metal Organic Frameworks. Il désigne des solides composés de carbone et de métaux capables de piéger l'hydrogène dans des pores nanométriques. 
21 ce disque élaboré par mcPhy Energy contient 600 litres d'hydrogène. 22 réservoir développé pour stocker l'hydrogène sous forme solide. Il permet d'absorber 7 000 litres d'hydrogène. 
©PhotoS:19-21-22:C.FRéSILLoN/CNRSPhotothèqUE 

L'enquête | 29 




©PhotoS23-24:E.PERRIN/CNRSPhotothèqUE 

n° 271 I mArs-AVrIL 2013 

23 À l'Institut  
européen des  
membranes,  
les chercheurs  
étudient les hydrures  
de bore pour  
stocker l'hydrogène.  
de 110 grammes3. Capacité qu'ils ont  24 synthèse  
multipliée par 10 en 2010. Entre­temps  d'un nouvel hydrure  
est née la société McPhy Energy qui fa­ de bore.  
brique et commercialise les réservoirs.  
Principal débouché de ces produits :  
le stockage des énergies renouvelables.  
Dans le solaire par exemple, une partie  
de l'électricité produite par des pan­ 
neaux photovoltaïques est employée  
pour fabriquer de l'hydrogène avant de  
le stocker. Ainsi, la nuit ou lors des pé­ 
riodes nuageuses, cet hydrogène peut à  
nouveau être utilisé et, grâce à une pile à  
combustible, générer de l'électricité  
lorsque le soleil n'est plus là.  
Cette année, McPhy Energy va four­ 
nir un réservoir de 24 kg d'hydrogène  
(équivalent à une énergie de 800 kilo­ 
wattheures) à la plateforme de recherche  
Myrte (Mission hydrogène renouvelable  
pour l'intégration au réseau électrique),  
installée en Corse, à laquelle participent  
les chercheurs du laboratoire Sciences  

pour l'environnement4. Ce projet porte sur le déploiement d'une centrale photovoltaïque reliée au réseau électrique. Objectif : démontrer, justement, qu'il est possible d'utiliser l'hydrogène pour pallier la nature intermittente des énergies renouvelables. 
Dans les réservoirs d'hydrogène, il faut chauffer l'hydrure de magnésium à 300 °C pour qu'il puisse libérer le précieux gaz. Cette étape est complexe à mettre en place et relativement gourmande en énergie. C'est ce qui empêche aujourd'hui le système d'être utilisé dans des dispositifs embarqués et qui le cantonne à des applications fixes. Dans les laboratoires, les chercheurs se sont donc mis en quête de nouveaux hydrures métalliques capables de fonctionner à des températures plus modérées. Il y a par exemple ceux à base d'aluminium, qui relâchent l'hydrogène à environ 100 °C. Malheureusement, la réaction chimique en jeu est délicate, et la capacité de sto­ckage modeste. 
Autres candidats : les alliages de terres rares et de nickel, ou ceux à base de titane et de vanadium, qui possèdent l'énorme avantage d'être utilisables à la température ambiante. Inconvénient ma­jeur : le rapport entre leur masse et la quantité d'hydrogène est très faible. « Dans un véhicule, le réservoir d'hydro­gène construit avec ces métaux pèserait 500 kg au bas mot, commente Michel Latroche. En revanche, grâce à leur tem­pérature de fonctionnement idéale, on peut imaginer les utiliser dans des petits systèmes nomades, comme un téléphone ou un ordinateur portable. » 
mINIAtURISER LES SyStèmES 

Pour aller plus loin encore, certains cher­cheurs tentent même de développer des hydrures fonctionnant à une température négative. « Nous travaillons à la mise au point d'un réservoir de la taille d'une ca­nette de soda, qu'on puisse emporter dans son sac à dos et qui soit utilisable jusqu'à 
– 20 °C, ce que les batteries portables ne permettent pas actuellement, raconte Salvatore Miraglia, de l'Institut Néel. 
Nous avons déjà identifié quelques com­posés prometteurs, tel celui fait de titane, de chrome et de manganèse. » 
Quant à la voiture de monsieur Tout­le­monde dotée d'un réservoir en hy­drures métalliques, peut­on espérer la voir bientôt sur les routes ? « Le cahier des charges est très contraignant, résume Gérald Pourcelly. Le matériau devra être capable de stocker une grande quantité d'hydrogène tout en étant peu massif et compact. Il devra pouvoir fonctionner pendant plusieurs milliers de cycles stockage­déstockage. Enfin, il devra être réactif pour restituer la puissance très vite, en cas d'accélération par exemple ». Dans cette course de longue haleine, beaucoup de candidats sont en lice, mais peu arri­veront jusqu'au bout. J. B. 
1.UnitéCNRS/UniversitéMontpellier-II/ écolenationalesupérieuredechimiedeMontpellier. 2.UnitéCNRS/UniversitéParis-Est-Créteil- Val-de-Marne. 
3.EncollaborationavecleConsortiumderecherches pourl'émergencedestechnologiesavancées etleLaboratoiredesécoulementsgéophysiques etindustriels. 
4.UnitéCNRS/UniversitédeCorse. 




Inauguration LeCollègedeFranceouvresonnouvelInstitutdephysique. SergeHaroche1,PrixNobeldephysique2012,nousprésentecevivierdetalents. 
Prestigieusepépinière 

accueille jeunes physiciens 

ProPoS recueilliS Par LAUrE cAILLOcE 
Dès l'été, une nouvelle structure va voir le jour au collège de France : l'institut de physique du collège de France (iPcF). De quoi s'agit-il exactement ? 
La création de l'IPCF répond à la vo­lonté du Collège de France de redevenir un acteur à part entière de la recherche en physique, en accueillant dans ses la­boratoires des chaires de recherche ex­périmentale. Cela fait plusieurs années 
– depuis la période de Pierre-Gilles de Gennes et Marcel Froissart –, qu'on n'y faisait plus d'expériences pour cause d'installations trop vétustes. La rénova­tion du site historique de Marcelin-Berthelot dans le Ve arrondissement à 

Paris, décidée il y a quelques années, a été l'occasion de construire des laboratoires flambant neufs pouvant ac­cueillir plusieurs centaines de chercheurs. Trois chaires existantes seront réunies au sein de l'Institut de physique : la chaire théorique d'Antoine Georges, qui traite de la phy­sique de la matière condensée, et les chaires expérimentales de Jean Dalibard et de moi-même, qui portent sur les atomes et le rayonnement et sur la physique quantique. Mais pas question pour Jean et moi de nous couper du Laboratoire Kastler-Brossel2 auquel nous resterons ratta­chés. Nous en constituerons une autre antenne, comme il en existe déjà une à Jussieu. 
l'iPcF présente une originalité de taille : il accueille un incubateur pour jeunes chercheurs, développé en partenariat avec le cNrS… 
La convention de partenariat entre le Collège de France et le CNRS a été signée le 4 février, donc notre « hôtel à projets », selon le terme consacré, a désormais une existence officielle ! L'objet de cette unité de service et de recherche (USR), dirigée par Michel Brune, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Kastler-Brossel, est simple : permettre à des jeunes chercheurs de développer des recherches nouvelles, originales et indépen­dantes. Pour cela, nous allons mettre à leur disposition les moyens humains et techniques nécessaires. 
01 Façade du 01 bâtiment accueillant le nouvel Institut de physique. 02 serge Haroche devant un bureau témoin, en cours d'aménagement. 
À quoi ressemblera cette structure ? 

Nous envisageons d'accueillir cinq jeunes chercheurs, mais pas nécessaire­ment dans nos domaines de prédilec­tion que sont la physique quantique et la matière condensée, car nous restons ouverts aux autres secteurs de la phy­sique, en particulier à ceux qui sont aux interfaces avec la chimie et la biologie. Chaque chercheur bénéficiera d'une équipe de trois personnes, composée d'un post-doc et de deux étudiants en thèse. Il aura accès aux ingénieurs et techniciens et aux ateliers de l'IPCF : atelier de mécanique, d'électronique et service informatique. S'il s'agit d'un projet expérimental, il bénéficiera en plus d'un budget de démarrage de plu­sieurs centaines de milliers d'euros des­tiné à acheter les équipements qui lui seront nécessaires. Le contrat sera de quatre ans, renouvelable une fois. Mais nous espérons bien que nos recrues nous quitteront avant, preuve que leurs recherches auront intéressé des 
02 
laboratoires ! Le succès d'une entre­prise comme la nôtre se mesurera à son « taux d'évaporation », si l'on peut dire. 
Pourquoi cet effort particulier en direction des jeunes chercheurs ? 
En France, il est aujourd'hui assez dif­ficile pour les jeunes scientifiques de faire leurs preuves. Il y a ceux qui en­chaînent les post-doc et les contrats courts, et ceux qui trouvent un poste stable et bénéficient de la sécurité de l'emploi, mais qui doivent patienter des années avant de pouvoir travailler sur leur propre thème de recherche. Nous proposons de créer une situation intermédiaire, qui leur permette de voler rapidement de leurs propres ailes et de libérer leur créativité. Avec cette structure, nous rapprochons la re­cherche française de ce qui se fait déjà à l'international : les « junior scien­tists » de la Société Max-Planck à Munich, notamment, ou du Weizmann Institute en Israël… 
©P.Imbert/CoLLègedeFraNCe 




télécommunications 

les fibres optiques montent en puissance 

Par JEAn-pHILIppE BrALy 
w Depuis les années 1980, les indus­triels des télécommunicationsn'ont cesséd'augmenterledébitdesdonnées transmisessousformedelumièrepar fibresoptiques.Pouryparvenir,l'astucea consistéàmultiplier,auseindelafibre,les canauxdetransmission:donnéestrans­misesenplusieurslongueursd'onde,en modulantl'amplitudeoulaphasede l'ondelumineuse…résultat,lessystèmes lesplusperformants affichent au­jourd'huiundébitde30térabits
parse­condesurplusde6000kilomètres! 
« Mais pour éviter la saturation des réseaux prévue à l'horizon 2020, il faut dé­velopper des fibres encore plus perfor­mantes sur ces longues distances », sou­ligne Laurent bigot, chercheur au Laboratoiredephysiquedeslasers, atomes et molécules (Phlam)1 de Villeneuve-d'ascq.danscebut,descher­cheursduPhlamontparticipéauprojet Strade2.objectif:accroîtreledébitenuti­lisantdenouvellesfibresduconstructeur Prysmiangroup,capablesdedispatcher lesdonnéessurdifférentsmodesd'inten­sitélumineuse,autrementditenrépartis­santl'énergielumineusededifférentes façonsaucœurdelafibre. 

1 térabit équivaut à 1012 bits. 

L'undesverroustechnologiquesré­sidaitdansl'amplificationdusignallu­mineux.eneffet,pourquelesystème fonctionnesurdesmilliersdekilo­mètres,ilfautquelesignalsoitrégulière­mentamplifié,demanièreégalepour chacundesmodes.Pourrelevercechal­lenge,leschercheursduPhlamontmis aupointunnouveautypedefibresam­plificatricesàbased'ions erbium, connectablesauxfibresdePrysmian. « En plaçant ces ions en anneaux à la pé­riphérie du cœur de la fibre, puis en les excitant grâce à un laser, ils se sont avé­rés capables de transmettre assez d'énergie pour obtenir l'amplification souhaitée dans plusieurs modes »,ex­pliqueLaurentbigot. 
Leprojetafinalementdémontré qu'ilestpossibled'utiliserjusqu'àcinq modesd'intensitélumineuseenmême temps,autrementditdequintuplerle débit.Pourl'heure,alcatel-Lucentteste lesystèmeenconditionsréellesdetrans­mission,avecuneambitionparticulière: atteindreles150tb/ssurplusieursmilliers dekilomètres! 
1.UnitéCNrS/UniversitédeLille-I. 
2.LeprojetStrade(Slightly multimodal 
transmission and detection)estunprojetaNr 
pilotéparalcatel-Lucent. 

cOntAct : 

Laboratoire de physique des lasers, 
atomes et molécules, villeneuve-d'Ascq laurent Bigot > laurent.bigot@univ-lille1.fr q Banc de test des fibres amplificatrices du phlam. 


Vaste ensemble d'étoiles, de poussières et de gaz interstellaires, isolé dans l'espace et dont la cohésion est assurée par la gravitation. 
SecoNDe D arc. 
Mesure utilisée pour les très petits angles. 
Équipement Installéau Chili,alma,lepluspuissant radiotélescopedumonde, estinaugurémi-mars.Il permetauxastrophysiciens desexplorationsjusque-là impossibles. 
alma 

Par mAtHIEU GrOUssOn 
lma (Atacama large millimeter/ 
submillimeter array), le plusagrand radiotélescope jamais conçu, sera inauguré le 13 mars. De l'autre côté de la Terre, au cœur des Andes chiliennes, l'engin installé à plus de 5000 mètres d'altitude tournera officiel­lement ses yeux vers le ciel. Soit, plus précisément, un réseau de 66 antennes mobiles de 7 et 12 mètres de diamètre, disséminées sur 200 km2 et fonctionnant toutes en phase. 
Construit par un consortium rassem­blant les treize pays de l'Observatoire austral européen (ESO), les États-Unis, le Canada, le Japon et Taïwan, cet appareil hors normes permet d'observer avec une précision inégalée la naissance des étoiles et des systèmes planétaires ou encore la formation des toutes premières galaxies. « Alma n'a aucun équivalent. En matière de sensibilité et de résolution, c'est une véritable révolution », s'enthousiasme Laurent Vigroux, directeur de l'Institut d'astrophysique de Paris1. Lorsque les an­tennes seront placées en configuration compacte, l'instrument, d'une surface totale de 7000 m2, sera presque dix fois plus sensible que le radiotélescope qui est actuellement le plus puissant au monde : celui du plateau de Bure dans les Hautes-Alpes. Et en configuration éten­due, alors que certaines antennes se­ront distantes de seize kilomètres l'une de l'autre, la résolution des images attein­dra 0,01 seconde d'arc, contre 0,3 à Bure ! 
Alma ouvre une extraordinaire fe­nêtre aux astrophysiciens dans le do­maine des rayonnements millimétriques 
n° 271 I mArs-AvrIL 2013 

Stratégie | 33 


al'œilsurlesétoiles 


et submillimétriques, autrement dit, l'infrarouge lointain : une partie du spectre de la lumière correspondant aux phénomènes froids de l'Univers. 
Cet équipement exceptionnel va aussi permettre aux scientifiques d'ex­plorer la chimie du milieu interstellaire où se forment des molécules organiques complexes, notamment précurseurs des acides aminés qui servent de briques de base au vivant. Les yeux du radiotéles­cope seront également précieux pour distinguer les plus anciennes galaxies, apparues alors que l'Univers n'était âgé que d'un milliard d'années. « Les pro-

physicien. Il souligne : « On a encore du mal à imaginer le potentiel de décou­verte d'Alma. On sait juste que c'est quelque chose de fantastique. » Et ça commence maintenant ! 
1.UnitéCNrS/UPmC. 


01 Alma se compose d'un réseau de 66 antennes mobiles. 02 Le radiotélescope a déjà commencé à livrer des images. celle qui figure ci-dessous révèle une structure en spirale inédite dans la matière environnant la vieille étoile R Sculptoris. 
cessus d'apparition des galaxies sont encore très mal connus. Alma aidera à les comprendre », précise Laurent Vigroux. Enfin, l'instrument géant n'au­ra pas son pareil pour percer les nuages de gaz et de poussière, opaques à la lu­mière visible, dans lesquels naissent les étoiles et les systèmes planétaires. 
À dire vrai, la moisson d'Alma a déjà commencé. Ainsi, en n'utilisant que seize antennes parmi la cinquantaine déjà en place sur le plateau, les astrophysiciens ont déjà pu établir la carte la plus précise jamais obtenue de la dynamique du gaz au sein d'une galaxie : « et en particulier de la région centrale de celle-ci, où l'on peut observer comment le gaz s'effondre versletrounoir»,expliqueLaurentVigroux. 
Les spécialistes ont aussi quantifié le contenu en gaz, l'âge et le taux de forma­tion d'étoiles dans une vingtaine de ga­laxies, telles qu'elles étaient moins d'un milliard d'années après le Big Bang. « Il y a eu également d'intéressants résultats sur l'éjection de matière froide par des étoiles vieillissantes », précise l'astro­



Sécurité Philippegasnotestlefonctionnairesécuritédéfense(FSd)duCNrS. 
Chargédeprotégerlepotentielscientifique,ilévoquel'évolutiondelaréglementation. 

Larecherche 
sous bonne garde 

ProPoS recueilliS Par érIc dUmOULIn 

le dispositif de protection du potentiel scientifique et technique de la nation a été modifié par un décret de novembre 2011. Que change-t-il ? 
Depuis vingt ans, aucun changement de réglementation n'était intervenu en ce domaine. Or, avec la chute du mur de Berlin, l'explosion des NTIC, pour ne citer que cela, l'environnement et des lieux. Quatre risques principaux ont été identifiés : les atteintes aux inté­rêts économiques, les atteintes aux ca­pacités de défense, la prolifération des armes de destruction massive (nu­cléaires, chimiques, biologiques et de leurs vecteurs de dissémination) et enfin le terrorisme. 
Quelles sont les principales mesures adoptées ? 
L'objectif du décret est de mieux proté­ger notre potentiel scientifique (notre savoir) et technique (notre savoir-faire), indispensable aux intérêts fondamen­taux de l'État. Il s'agit d'anticiper le spectre des dangers possibles et de ren­forcer l'arsenal juridique existant. Ce décret s'applique à tous les chercheurs, quelle que soit leur nationalité. Il prévoit la mise en place de « secteurs scienti­fiques et techniques protégés » en raison de leur intérêt pour la nation. Il définit les spécialités sensibles susceptibles d'être détournées pour terrorisme ou fabrication d'armes de destruction mas­sive. De surcroît, il organise une dé­marche de maîtrise de risque pouvant conduire à la création de « zones à régime restrictif ». 
Que sont exactement les zones à régime restrictif (Zrr) ? 
Chaque laboratoire a été évalué sur une échelle de « sensibilité » allant de 0 à 3. Au-dessus de 0, il est éligible à devenir une ZRR, statut qui permet d'instituer légalement des restrictions à la circula­tion. Très concrètement, il est interdit de pénétrer dans une ZRR sans autori­sation préalable. Je parle ici d'accès phy­sique comme virtuel, via l'informatique notamment ! Ainsi, pour toute de­mande de stage, de doctorat, de forma­tion, ou d'embauche dans une ZRR, le 

©F.JUeryPoUrCNrSLeJoUrNaL 
a énormément changé et de nouvelles menaces ont émergé, comme la cyber­criminalité ou les réseaux mafieux par exemple. Il convenait donc de prendre en compte les évolutions scientifiques, so­ciales, économiques et géopolitiques ré­centes. Ce décret vise une triple protec­tion : celle des activités, des informations 
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Stratégie | 35 

q Le ballon de paris est amarré dans le parc André-citroën, (Xvearrondissement). 
ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, via le FSD, doit délivrer une autorisation, comme cela se fait déjà dans certains établissements. En revanche, ce qui chan­gera dans les ZRR, c'est que pour les simples demandes de visite, ce sera désormais le directeur de l'unité de recherche qui délivrera l'autorisation. Le challenge est de garder l'es­pace de recherche ouvert tout en écartant les éventuels « pré­dateurs » et d'homogénéiser des zones de coopération dites zones « de confiance ». 
Quelles sont les conséquences concrètes pour la communauté des chercheurs ? 
Toute politique de sécurité passe par la confiance, l'adhésion et la responsabilisation de l'ensemble des acteurs concernés. Nous opérons avec pragmatisme, en totale coopération avec nos partenaires institutionnels (écoles, universités, etc.). Nous définissons avec les différentes unités des objectifs per­sonnalisés, réalistes et évolutifs en fonction de leurs spécifi­cités et des moyens mobilisables. Nous leur apportons toute l'aide voulue : boîte à outils, définition de bonnes pratiques, sessions d'information. Il leur faut intégrer ces bonnes pra­tiques et faire preuve d'une certaine vigilance au quotidien : cryptage des ordinateurs portables, protection des données, attention portée à des comportements étranges. Sans oublier un souci d'anticipation pour toute demande de coopération, de recrutement d'un doctorant ou de déplacement dans un pays sensible par exemple, l'étude de leurs requêtes par nos soins et le ministère nécessitant un délai minimum. 
De façon plus générale, comment concevez-vous votre mission ? 
Elle relève avant tout de l'échange et du dialogue en amont. Mon objectif est d'obtenir l'aval du ministère de tutelle aux demandes des chercheurs, en dégageant une solution viable et sécurisée en étroite coopération avec les responsables d'uni­té, après une évaluation des dangers potentiels. Autrement dit, je suis au service des chercheurs pour qu'ils fassent leur métier en toute quiétude. Mon bureau leur est toujours ouvert. 



Événement 

La ville intelligente en débat à Futurapolis 

q Le forum, auquel étaient présents Franz-Olivier Giesbert (à g.), patron du Point, et pierre cohen (à d.), maire de toulouse, a attiré 4000 visiteurs en 2012. 
Par FABrIcE ImpérIALI 

wla seconde édition de Futurapolis, proposée par l'hebdomadaire Le Point, se tiendra à toulouse les 11, 12 et 13 avril prochains auCentredescongrès Pierre-baudis.«Cette année, nous avons placé la barre haut, commenteFranz­oliviergiesbert, lepatrondumagazine. Nous avons l'ambition de faire une sorte de Davos de l'innovation dans la Ville rose et une étape vers ce grand rendez­vous européen de la science et de ses ap­plications a été franchie.» 

Centtrenteinvités,issusdumonde industriel,académiqueetpolitique, desmairesdegrandesvillesfrançaises etétrangères,desNobel,plusieurs médaillesd'orduCNrSconfronteront leursopinionsetleursexpérienceslors d'unetrentainedetablesrondesautour d'unthèmephare:lavilleintelligente. 
«Le thème de la ville de demain per­met aux consommateurs que nous sommes tous d'appréhender les évolu­tions concrètes en termes de logement, detransport,desanté…»,expliquegérard desportes,journalisteauPoint etrespon­sabledel'organisationduforum. 
maisilpermetaussideréfléchirà l'évolutiondumonde.eneffet,onestime aujourd'huique60%delapopulation mondialehabitedanslesvilles.Lapropor­tionatteindra75%en2050,pour9mil­liardsd'habitants.« C'est dire l'impor­tance de la question,poursuit-il. Nos invités parleront mobilité, Internet, télé­communications, transport, sécurité, nouveaux matériaux, urbanisme, mais ils n'oublieront pas les grands enjeux en termes de politique et d'éthique. Comme on le voit, le forum se veut donc à la fois expert et citoyen. » 
Futurapolisproposeraégalement d'autrestempsforts:l'unsurlarobo­tique,avecleLaboratoired'analyseet d'architecturedessystèmes2,etunautre surlesneurosciences. 
ducôtéduCNrS,partenairedece forum3,unequinzainedechercheurs ferontledéplacementàtoulouse.« La wikiradio du CNRS y prendra également ses quartiers ; plusieurs débats seront organisés et diffusés en direct sur le Web via cette radio participative »,annonce Jean-Louisbuscaylet,directeuradjoint deladircomduCNrS. 
Pourrappel,lapremièreéditionde Futurapolisavaitattiréplusde4000visi-teurssurunejournée.«Cette année nous espérons plus de 15 000 visiteurs sur trois jours. L'entrée est gratuite et ou­verte à tous »,conclutgérarddesportes. 
1.PréinscriptionobligatoiresurlesitedeFuturapolis.fr. 2.UnitéCNrS/UniversitéPaul-Sabatier-toulouse-III/ 
Insatoulouse/INPtoulouse. 3.LesautrespartenairesduforumsontleCea,leCnes, 
eadS,FranceInfo,l'Inca,l'Inra,Inria,l'Inserm,m6, 
lamairiedetoulouse,rte,laSNCF,larégion 
midi-Pyrénéesettotal. 
cOntAct : 
Futurapolis 
> futurapolis@lepoint.fr 

©L.LeCarPeNtIer/rea 

N°271Imars-avrIl2013 

Un jour avec… | 37 


Par GaëlleForNet 
6h00 réveillé Par les singes 
Réveillé par le chant guttural des singes hurleurs, Philippe Gaucher quitte son hamac. Au cœur de la forêt guyanaise, sa journée commence tôt sur le camp Inselberg de la station de recherche des Nouragues. Dans l'édi­fice en bois recouvert d'un simple toit qui sert de pièce à vivre, deux collè­gues qui travaillent de nuit sur les chauves-souris, préparent le petit dé­jeuner. Autour de la table s'échangent les dernières nouvelles : cette fois-ci, ils sont parvenus à capturer une es­pèce rare, un Vampirum spectrum, prélevé dans le cadre d'un programme de suivi de populations. Le directeur technique de la station des Nouragues enrage ! Il ne pourra pas le contem­pler : après avoir été mesuré, le spéci­men a déjà été relâché. 

8h00 installer Une noUvelle Plateforme 
Remis de sa déception, Philippe Gaucher attaque son pre­mier dossier de la journée. Aujourd'hui, il escorte Élodie Courtois, jeune ingénieure de recherche, à quelques cen­taines de mètres du camp, pour installer une station d'ac­quisition de données climatiques. Elle travaille sur le projet d'ANAEE-services qui met en réseau, au niveau national, des plateformes expérimentales afin d'étudier la biologie des écosystèmes continentaux. 
10h00 relever les données 

Le scientifique rejoint maintenant une grotte où nichent les chauves-souris. Il vient effectuer des relevés de capteurs environnementaux et prélever les dé­jections. Des données destinées à une étude pilote dirigée par le chercheur Pierre Taberlet1, qui s'intéresse à l'iden­tification de la biodiversité à travers les fragments d'ADN contenus dans le mi­lieu naturel. Grâce à deux missions déjà réalisées dans la réserve naturelle des Nouragues, l'équipe française est en effet leader mondial sur cette approche. 
12h00 PaUse déjeUner 

C'est la collation de midi. « Les tâches ménagères font l'objet d'un tableau de ser­vice tournant entre ceux qui séjournent sur le camp, quel que soit leur statut », 
précise Philippe Gaucher. Ensuite, petite sieste : « quelques minutes, précise-t-il, pour compenser les effets des nuits courtes et de la chaleur écrasante en journée ». 
14h00 dans le nid d'Un raPace 
Appel radio de Saut Pararé, le deuxième site de la station des Nouragues, distant de 8 km (trois heures de marche !). Philippe Gaucher est appelé « pour ins­taller une caméra sur le nid d'un rapace, afin de suivre la nidification ». Il est en effet un expert du tir à l'arbalète, atout précieux pour arrimer aux arbres le ma­tériel de grimpe. Quand l'opération se termine, il a juste le temps de rentrer, car il est attendu ce soir à Cayenne. Au-dessus de la forêt, le vrombissement de l'hélicoptère se fait déjà entendre. 
19h00 accUeillirles noUveaUx 
Après une demi-heure de vol, Philippe Gaucher replonge au cœur de la civilisa­tion. Il dîne avec des « missionnaires » (chercheurs en mission) arrivés de mé­tropole. Demain, ils rejoindront les Nouragues. Lui restera à Cayenne, pour une réunion avec des industriels et un expert de l'Insu venu de Brest, sur l'équi­pement Copas2. Ensemble, ils vont étu­dier le déploiement sur site d'un système de câbles reliant trois pylônes de 45 mètres de haut. Une nouvelle mission où l'on pourra compter sur l'expérience de Philippe Gaucher, récompensé en 2012 par le Cristal du CNRS. 
1. 
Ce chercheur du Laboratoire d'écologie alpine (CNRS/Université Joseph-Fourier/Université de Savoie) mène cette étude dans le cadre du programme Metabar financé par l'ANR. 

2. 
Le dispositif Copas (Canopy Operating Permanent Acces System) offrira un accès aérien permanent à la canopée. 


CoNtaCt: 
CNrsGuyane,Cayenne 
Philippe gaucher 
>philippe.gaucher@cnrs-dir.fr 



La Terre tourne autour des mathématiques 
d'Orléansetl'Adecum(Associationpour  Oberwolfach(MFO),aveclesoutiendela  
ledéveloppementdelaculturemathé­ FondationKlausTschira.« Ce musée vir­ 
matique),avecl'appuideplusieurscher­ tuelpermetde partager tous les contenus  
cheurs,dontMireilleChaleyat-Maurelet  des expositions mis en ligne, en accord  
ChristianeRousseau.  avec les auteurs qui les fournissent sous  
Itinérante,cette exposition sera  licenceopensource,préciseAndreas  
égalementvisibledepuissonordinateur, àtraversunmuséeenligne :laplate­formeopen sourceImaginary,déve­ q cette représentation de quasi-cristaux, signée Uli Gaenshirt,  DanielMatt,chercheurauMFO.Il permet aux expositions d'être présentées par­tout dans le monde et d'évoluer au fil du  
loppéeaucentreallemandderecherche  est présentée  temps. » Danscemuséevirtuelfigureront  
Mathematisches Forschungsinstitut  sur le musée virtuel Imaginary.  égalementlesoutilsdepopularisation  


©U.GAENShIRT 





desmathématiquesinventéspardes scientifiques,etquifontl'objetd'une compétitiondontlesrésultatsserontan­noncésle5mars,àl'Unesco. 
IlvasansdirequeleWebestunformi­dableoutildediffusiondesconnais­sances.Àl'initiativedeMartinAndler,du Laboratoire de mathématiques de Versailles2,leconsortiumCap'maths,l'as­sociationAnimath,leCNRS,Inriaettrois sociétéssavantesfrançaisesontlancé l'opération«Unjour,unebrève».Ledéfi estdepubliersurunblogunbilletparjour toutaulongdel'année.« Nous avons réuni plus d'une centaine d'auteurs de tous horizons pour rédiger 250 textes au total en 2013,indiqueSylvieBenzoni,de l'InstitutCamille-Jordan3. L'objectif est simple: montrer aupublic quedes mathé­matiques belles et utiles sont dévelop­péespour lesrecherches liéesàlaplanète Terre. »Lesbilletssontégalementrepris surlesiteImagesdesmaths,hébergépar leCNRS. 
Cettedémonstration,lesscienti­fiquesaurontàcœurdelafaire,enparti­culierauprèsdujeunepublic.Àcettefin, leCNRS,l'universitéParis-XIIIetl'associa­tionScienceouverteorganiserontaussi les 21 et 22 mars les quatrièmes RencontresCNRS«Jeunes,sciencesetci­toyens»d'Île-de-France.Uneconférence inauguraledumathématicienCédric Villani,desateliers-débats,desprojec­tionsdefilmspermettrontdesusciter l'intérêtdesjeunespourlesmathéma­tiqueset,pourquoipas,desvocations. histoired'assurerlarelèvepourquela Terrepuisseencoreêtreécriteenfor­mulesmathématiques. 
 F. D. 
1.UnitéCNRS/UniversitéParis-Descartes. 2.UnitéCNRS/UniversitédeVersailles-Saint-Quentin. 3.UnitéCNRS/UniversitéClaude-Bernard-Lyon-I/École 
centraledeLyon/InsaLyon/UniversitéJean-Monnet­
Saint-Étienne. 
livre i 
L'Enfant et les Écrans Un avis de l'Académie des sciences 
Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna et Serge Tisseron, Éditions Le Pommier, 272 p. – 17 € 
wDe la télévision à l'ordinateur en passant par les tablettes tactiles 
ou les smartphones, les écrans numériques ont envahi notre société. Quelles sont les conséquences de cette exposition, parfois très précoce, sur les enfants, les avantages, les dangers ? 


Rédigé sous l'égide de l'Académie des sciences, en collaboration avec l'association La main à la pâte et avec le concours de très nombreux spécialistes, cet ouvrage passionnant décrypte dans un langage simple les travaux les plus récents en neurobiologie, en psychologie, en sciences cognitives et en pédagogie. Il guide les éducateurs pour faire bon usage des écrans auprès des enfants. 
manifestation i 
La Semaine 
du cerveau 

Du 11 au 17 mars, partout en France. Le programme complet sur www.semaineducerveau.fr 
wComme chaque année, la Société des neurosciences organise la Semaine du cerveau, en partenariat avec le CNRS, l'Inserm, l'Inra et la Fédération pour la recherche sur le cerveau. Dans 25 villes françaises sont ainsi proposées plus de 300 manifestations (expositions, conférences, débats, projections…) qui permettront au public de découvrir les dernières avancées de la recherche en neurosciences. 


À voir sur le journal 

en ligne : un film 

sur la maladie 

de Parkinson. 


w 40 | Culture 

livre i 
Séthi Ier et le début de la XIXe dynastie 
Julie Masquelier-Loorius, Pygmalion, coll. « Les grands pharaons », 490 p. – 24,90 € 
wFils de Ramsès Ier , le pharaon Séthi a régné près d'une décennie, autour des années 1290 à 1280 av. J.-C. Son pouvoir fort rend le pays stable et prospère, préparant l'extraordinaire éclat du règne de son fils : Ramsès II. L'ouvrage vise les égyptophiles, érudits ou novices, et embrasse tous les aspects de cette période : exploitation de l'or, relations avec la Nubie, protocole royal, image du souverain, pratiques religieuses, innovations culturelles, etc. Un livre captivant, écrit d'une plume limpide qui ne sacrifie rien de la précision scientifique. 
q Des expositions et des ateliers sont proposés au public, notamment aux plus 
manifestation i 

Forum des sciences cognitives 
Le 30 mars, campus des Cordeliers, 15 rue de l'École-de-médecine, Paris (75). 
wL'association Cognivence, association des étudiants en sciences cognitives de l'ENS-Ulm, a récemment rejoint la liste des clubs CNRS « Jeunes, sciences et citoyens », chargés de rapprocher les citoyens et la science. Elle présente la 12e édition du Forum des sciences cognitives, sur le thème « Quand la conscience fait science ». Au menu : des conférences de tous niveaux et des ateliers animés par les étudiants. 
livre i 

Le Travail pornographique Enquête sur la production de fantasmes 
Mathieu Trachman, La Découverte, coll. « Genre et sexualité », 292 p. – 22 € 

©COGNIVENCE 

wDocteur en sociologie, Mathieu Trachman aborde ici la pornographie avec rigueur et pertinence.Plutôtquede s'interrogersurseseffets,ilpose desquestionsplusinattenduessur l'activitééconomiquequiconsiste àvendredufantasmeetquiérige ainsi« la sexualité en domaine d'expertise ». Ilplongeàl'intérieur dumétierdepornographe pourendémonterlesressorts profonds,grâceàunvasteéventail d'interviewsdontilponctue sonpropos.Commentles pornographessesont-ilsfait uneplacedansl'espacepublic? 


Quellessontlesrelations 
detravaildansl'univers 
delasexualitéprofessionnelle? 
Commentsepartagent 
lesrôlesentreleshommes 
etlesfemmes,etentre 
l'homosexualitéet 

l'hétérosexualité?Ancrédans 
leréel,MathieuTrachmanrépond 
parcetteenquêteaucaractère 
profondémenthumain,au-delà 
desonintérêtconceptuelet 
scientifique.Uneanalysesérieuse 

del'activitépornographique 
etdesonidéologie. 
manifestation i 

Semaine du développement durable 2013 
Du 1er au 7 avril 2013, partout en France. www.agissons.developpement-durable.gouv.fr. Les opérations du CNRS sur : www2.cnrs.fr/manifestations 
wLa Semaine du développement durable sera consacrée 

jeunes. 
©B.SUARD/METL-MEDDE

à la transition énergétique et comme chaque année, le CNRS organisera des conférences, des projections de films, des expositions, des rencontres avec les chercheurs… Les autres thèmes forts du développement durable comme la ville, l'habitat, les transports, l'eau et le tourisme ne seront pas oubliés. 

livre i 

ADN superstar ou superflic ? Les citoyens face à une molécule envahissante 
Catherine Bourgain et Pierre Darlu, 

livre i 
Seuil, coll. « Science ouverte », 
Partager 
167 p. – 19 € 
la science 

Berre, un étang dans l'État 


©CNRSIMAGES 

wDepuis sa caractérisation en 1953 par les biologistes Watson et Crick, l'ADN, ou acide désoxyribonucléique, 
est devenue la molécule phare de notre société. Cette sorte de code-barres propre à chaque individu, longtemps l'apanage des laboratoires de biologie, a envahi nombre de domaines comme la justice ou la médecine. S'il permet de mieux comprendre nos origines, les maladies qui nous touchent et offre la promesse d'une médecine personnalisée, 

il est aussi décrié pour les dérives que son utilisation pourrait susciter. Les auteurs, spécialistes en génétique humaine, les auteurs explorent avec finesse les deux versants de l'ADN. 
dvd i 
Réalisé par Marcel Dalaise, 
produit par CNRS Images, 49 min. 
Conseiller scientifique : Olivier 
Radakovitch, du Centre européen 
de recherche et d'enseignement 
des géosciences de l'environnement 
(CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/ 
Collège de France). 
20 € + frais d'expédition. 
http://videotheque.cnrs.fr 


wSitué aux portes de Marseille, l'étang de Berre est un des plus grands étangs d'eau saumâtre d'Europe. Il constitue aujourd'hui une des lagunes les plus étudiées du pourtour méditerranéen. Des intervenants de différentes disciplines évoquent l'histoire industrielle de ce lieu, montrant comment il est devenu un espace à la fois menacé et menaçant. Ils tentent de trouver des solutions pour réhabiliter cet étang et son écosystème, afin qu'il redevienne un lieu de vie pour les riverains. 

L'Illettrisme scientifique en question 
Collectif, Actes Sud/IHEST, coll. « Questions vives », 336 p. – 27,95 € 
wAlors que certains citoyens remettent aujourd'hui en cause la vaccination ou la théorie de l'évolution,celivreposelaquestion dupartagedesconnaissances scientifiques.Commentfairedelascience unobjetquechaquecitoyens'approprie? Commentmieuxladiffuserpourque chacunpuisseparticiperauxdébatsde sociétéqu'ellesoulève,avecleminimum deconnaissancesnécessaire?Vingt-deux auteursparticipentàcetteréflexion surlascience.L'ouvragepointeledanger del'«illetrismescientifique»,entendu commel'absenced'unsocleminimum deconnaissances.Ilexplorelesmoyens d'yremédier,notammentàtravers l'éducationetlesmédias. 
À voir sur le journal en ligne : le film. 42 | Culture 
exposition i marseille-provence 2013 
©FORAFUTUREEXPLORATIONOFDARKMATTERIII,DÉTAIL2012-B.SAMSON/ADAGP 
La Fabrique des possibles 
Du 23 mars jusqu'au 26 mai 2013 – www.fracpaca.org 
wÉvénement phare de Marseille-Provence 2013, capitale de la culture européenne, l'exposition, qui inaugure le nouveau bâtiment du Fonds régional d'art contemporain Provence-Alpes-Côte d'Azur, réunit des œuvres de jeunes artistes ayant effectué des résidences au sein de laboratoires scientifiques de la région. On y retrouvera notamment des œuvres de l'artiste Bettina Samson, inspirées des travaux de Frédéric Zamkotsian, chercheur CNRS au Laboratoire d'astrophysique de Marseille (LAM), sur les micromiroirs. Seront également présentées les réalisations du plasticien Raphaël Zarka, de Katinka Bock, de Roman Signer, ainsi qu'un ensemble d'œuvres « historiques » qui ont marqué des générations d'artistes, à l'instar de celles de Stanley Brouwn, Yves Klein, Claude Parent et Richard Baquié. 
q Détail du travail de l'artiste Bettina samson Pour une observation future de la matière noire, qui fait partie des œuvres présentées. 

livre i livre i 
Refaire la cité Atlas des Français L'avenir des banlieues Pratiques, passions, idées, Michel Kokoreff et Didier Lapeyronnie, Seuil/La République préjugés des idées, 128 p., 11,80 € Laurence Duboys Fresney, wEn France, 8 à 10 millions de personnes habitent des Éditions Autrement, 96 p. – 19 € quartiers populairesetlamoitié,environ4,5millions,vivent wÀ quoi ressemblent les familles françaises ? dansdeszonesurbainesditessensibles,en Qui travaille dans l'Hexagone ? Combien y a-t-il de clairlesbanlieuesdifficiles.Violences, syndiqués ? Combien les Français dépensent-ils pour délinquance,ségrégation,chômage…Leurs leur santé ? Quels sont leurs loisirs ? Leurs passions ? mauxsontnombreux.Maispourlesdeux En 125 cartes et infographies, cet atlas trace un auteurs,l'imagequerévèlentlesstatistiques portrait détaillé et parfois insolite de la société esttronquée.Posantundiagnosticfinet française. Et comme l'écrit si justement le sociologue documentédecesquartiers,MichelKokoreff François de Singly dans sa préface : « C'est à chaque etDidierLapeyronniedressentuntableautout lectrice ou lecteur de revoir des cartes connues, ennuancesdeleursituation,mettentenlumière pour une révision toujours nécessaire ; de découvrir leurrichesseetproposentdespistespour des cartes surprises, celles auxquelles on n'aurait pas unenouvellepolitiquedesbanlieues. pensé ; d'imaginer les cartes manquantes. » 
Rédaction : 1,placeAristide-Briand–92195MeudonCedex Téléphone :0145075375Télécopie : 0145075668Mél. :journal-du-cnrs@cnrs-dir.fr Le journal en ligne :www2.cnrs.fr/journal/ CNRS (siège) : 3,rueMichel-Ange–75794ParisCedex16 
Directeur de la publication : AlainFuchsDirectrice de la rédaction : BrigittePerucca
le
journal 
Directeur adjoint de la rédaction : FabriceImpériali 
Rédacteur en chef : MatthieuRavaudChefs de rubrique : FabriceDemarthon,CharlineZeitoun Assistante de la rédaction et fabrication : LaurenceWinterOnt participé à ce numéro : StéphanieArc,ÉmilieBadin,KheiraBettayeb, JulienBourdet,Jean-PhilippeBraly,MarilèneBurlot,LaureCailloce,ÉricDumoulin,SebastiánEscalón,MathieuGrousson,GaëlleFornet, GrégoryFléchet,Jean-Françoishaït,VahéTerMinassian. 
Secrétaires de rédaction : AlexandraDejean,IsabelleGrandrieuxConception graphique : CélineheinIconographe : StéphanieTritz Couverture : AndySmithpourCNRSleJournal;Ilbusca/Stockbyte/GettyImagesPhotogravure : ScoopCommunication Impression : GroupeMorault,ImprimeriedeCompiègne–2,avenueBerthelot–ZacdeMercières–BP60524–60205CompiègneCedex ISSN 0994-7647AIP0001309Dépôt légal : àparution 
Photos CNRS disponibles à :phototheque@cnrs-bellevue.fr;http://phototheque.cnrs.fr/ Lareproductionintégraleoupartielledestextesetdesillustrationsdoitfaireobligatoirementl'objetd'unedemandeauprèsdelarédaction. 
N°271Imars-avrIl2013 

Sur le vif | 43 


Àvoirsurlejournalenligne: lasuitedureportagephoto danscelaboratoire,etlefilm Un matériau innovant. 


©F TourNIlhac/cNrsPhoToThèque 




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    <title>JDC271</title>
	
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