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Soutenance de thèse en Géosciences marines par Sibelle Maksoud

Redéfinition de la formation crétacée de Blanche au Liban par une étude taxinomique micropaléontologique. Cette soutenance aura lieu le mercredi 15 juillet à 15h en amphi A.

Les calcaires du Crétacé inférieur de la "Falaise de Blanche" affleurent sur une grande partie du territoire libanais. Ils apparaissent dans le paysage sous forme d'escarpements linéaires saillants constituant autant de points d'ancrage remarquables pour tout recalage stratigraphique. Toutefois, jusqu'à très récemment, cette unité était piètrement caractérisée : il lui manquait notamment une définition rigoureuse. Nous introduisons ici l'Étage régional Jezzinien, dont la localité-type est sise à Jezzine. Il s'agit également d'une unité stratigraphique particulière, une "unconformity-bounded unit" (souvent désignée par l’acronyme U.B.U.), une unité qui, par définition, est encadrée par deux discontinuités. Parce que nous avons identifié une limite de séquence supplémentaire, en position médiane, peu exprimée dans la section-type, mais beaucoup mieux à Aazour, à 4,5 km à peine à l'ouest de Jezzine, le nouvel étage régional devrait implicitement couvrir deux séquences. Le canevas lithostratigraphique étant clairement redéfini, nous avons pu étudier les associations micropaléontologiques, constituées essentiellement de foraminifères benthiques et d'algues calcaires, associations dorénavant relativement bien contraintes du point de vue de leur âge. Typiquement sud-téthysiennes, elles facilitent les corrélations holostratigraphiques à haute résolution avec la région du Golfe persique, sur le côté oriental de la Plaque arabique. L'intervalle Jezzinien correspond ainsi à la partie supérieure de l'Étage régional Kharaïbien (aussi connu comme unité réservoir "Thamama II" dans l'industrie pétrolière). À son tour, le Jezzinien est indirectement corrélé avec les unités stratigraphiques urgoniennes nord-téthysiennes où il correspond à un intervalle relativement court comprenant la limite des étages standards (internationaux) Barrémien et Bédoulien. Localement la discontinuité sommitale est associée à un hiatus intra-Bédoulien significatif. Les associations macropaléontologiques reconnues dans le Jezzinien (échinides) et au-dessus de cette unité (ammonites) viennent à l'appui de notre datation micropaléontologique ou tout au moins ne la contredisent pas.

Douze coupes réparties sur l’ensemble du Liban permettent de visualiser les variations d'épaisseur et les changements latéraux de faciès (depuis les faciès boueux du lagon jusqu'aux faciès grenus de la barrière) au sein de l'intervalle Jezzinien. Une esquisse de carte isopaque permet d'identifier trois domaines fondés sur les seules épaisseurs (moins de 30 m, de 30 à 60 m, plus de 60 m -avec un maximum relevé d'environ 70 m). Au sein du domaine de plus grande épaisseur, on identifie un sous-domaine distal où les faciès grenus représentent plus de 90% de la colonne sédimentaire et un sous-domaine proximal où ils représentent moins de 10% ; le sous-domaine intermédiaire relativement étroit correspond approximativement à une bande de faciès où sont présents les Offneria, un type particulier de rudistes.

L'inventaire micropaléontologique qui porte essentiellement sur les "algues vertes calcaires" et les foraminifères benthiques a permis d'identifier au niveau générique ou spécifique : seize foraminifères à test agglutiné, parmi lesquels des orbitolinidés ; deux foraminifères à test originellement aragonitique, des foraminifères à test hyalin (qui n'ont pas été déterminé spécifiquement), des foraminifères à test porcelanés (les Milioles), des restes (?) possibles de Diploporacées (Carpathoporella), une Polyphysacée, deux Dasycladacées, sept Triploporellacées, parmi lesquelles une espèce nouvelle, deux Bornetellacées et une Solenoporacée (Marinella).Les foraminifères identifiés peuvent en théorie être répartis en trois morphogroupes chacun potentiellement spécifique d’un "microhabitat" avec, par exemple, Palorbitolina et Choffatella pour les épibiontes et les foraminifères à agglutinat grossier (Buccicrenata, Lituola et Flabellammina) pour les endobiontes. Les foraminifères à test porcelané rencontrés dans les faciès boueux vont caractériser le lagon. Concernant les Orbitolinidae, Palorbitolina est présente depuis la barrière jusque dans la partie distale du lagon alors que Montseciella, identifiée dans une seule localité, pourrait être restreinte à la seule partie proximale du lagon. Les Choffatella spp. ont une répartition singulière : elles peuvent se retrouver dans les faciès de lagon très peu profond associées aux algues vertes ou, à l'opposé, dans les faciès distaux (au-delà de la barrière), c’est-à-dire dans les deux cas dans des environnements de faible énergie, ou encore dans les faciès d'ennoiement de la plate-forme. Choffatella et Palorbitolina ne semblent pas cohabiter (confirmant des observations antérieures) : on trouve cependant ces deux formes associés dans les faciès de transgression où ce sera la marque de remaniements.

Parmi les algues calcaires, deux Triploporellacées, Suppiluliumaella sp. et Cylindroporella lyrata, et l'algue rouge Marinella sont associées aux Offneria et aux faciès grenus. Deux autres algues vertes, Montiella sp. et Salpingoporella (Hensonella) dinarica, sont présentes dans tous les faciès, boueux ou grenus, donc depuis la barrière jusque dans le lagon ; S. (H.) dinarica est également rencontrée dans des faciès de lagune, associée à des restes de Charophytes ( gyrogonites) à Batha/Ghosta. Les autres Dasycladales sont rencontrées exclusivement dans les faciès boueux du lagon qu'elles caractérisent.

Photo du mois

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(C) Pascale Lherminier / Ifremer